25 novembre 2016

Avalanche

Mon récent billet à propos de l'interdiction de construire des forts de neige pour les garçons (dont le dénouement est ici) a attiré un très grand nombre de visiteurs.

Je tenais à le mentionner d'abord et avant tout pour souhaiter la bienvenue à de potentiels nouveaux venus, mais également parce que j'aime tenir mes lecteurs plus réguliers au courant de ce qui se passe.

Comme vous pouvez le constater, le billet en question a généré un tantinet plus de visites qu'à l'habitude (et ça, c'est seulement en une journée):


J'ai depuis réalisé que mon billet a été partagé par Richard Martineau sur Facebook. Ceci explique donc cela.

Les lecteurs de très longue date se souviendront peut-être qu'un phénomène semblable s'était produit en 2010 lorsque Patrick Lagacé avait parlé de moi sur son blogue. C'était à la suite de ce billet, si je me souviens bien. Mais cette fois-ci, l'avalanche de visiteurs est encore plus importante. Je parle d'environ 5000 visiteurs pour ce seul billet.

Et, ce qui m'étonne, c'est que beaucoup de ces visiteurs sont de France (notez que les stats ci-dessous ne comptabilisent pas les visites pour une seule journée, mais bien pour les 8 derniers jours):


Habituellement, mes billets enregistrent une cinquantaine de visites environ. Parfois quelques centaines. J'ignore toutefois si ces chiffres sont représentatifs de la réalité. En effet, un lecteur qui arrive sur la page principale du blogue et qui le parcoure en glissant vers le bas compte-t-il comme une seule visite sur le premier billet du haut? Si c'est le cas, alors le nombre de gens qui lisent les billets doit être un peu plus élevé.

Cette fois-ci, en tout cas, l'augmentation est vertigineuse:


Mais au-delà des statistiques, je suis vraiment très heureux de l'intérêt que suscite cette question.

M. Martineau m'a également contacté pour m'inviter à parler sur les ondes de son émission de radio. Je sais que je décevrai plusieurs d'entre vous, mais j'ai refusé. Je l'ai remercié pour son intérêt et pour l'offre, mais je lui ai expliqué qu'il me serait malheureusement impossible d'aborder l'incident spécifique des forts de neige sans être immédiatement identifié. En effet, tout le monde dans mon milieu, y compris ma directrice, sait que je suis à l'origine de cette contestation. Je prends déjà de gros risques simplement en parlant de ce problème sur ce blogue, me faire aller la gueule à la radio à propos de cet incident serait suicidaire.

Comme je l'ai déjà mentionné, ma commission scolaire a adopté une clause de loyauté et je serais sévèrement sanctionné si je venais à être identifié.

Je sais que plusieurs d'entre vous ne ressentirez que du mépris face à ma couardise. Je vous comprends et, dans une certaine mesure, je suis d'accord.

Toutefois, l'expérience m'a démontré qu'il y a un prix à payer pour briser le silence et celui-ci est très élevé.

En guise de prix de consolation, j'ai pensé que je pourrais répondre à certains des commentaires qui ont été publiés sur FB par les lecteurs et les lectrices de Martineau:


Entièrement d'accord. Et ce qu'il faut comprendre, c'est que ce que vivent les garçons à l'école est souvent beaucoup plus subtil que ce coup d'éclat. C'est à tous les jours que les garçons sont réprimandés plus souvent et plus sévèrement que les filles. C'est à tous les jours qu'ils sont plus souvent mis à la porte des classes. C'est à tous les jours qu'ils consomment des médicaments en plus grand nombre pour être fonctionnel dans un système rigide qui ne répond pas à leurs besoins. C'est à tous les jours qu'ils voient leurs intérêts rabaissés et ceux des filles célébrés (quand je suis arrivé dans la classe que j'occupe présentement, il y avait plusieurs romans, mais AUCUNE bande dessinée). C'est à tous les jours qu'ils reçoivent des notes plus basses que leurs camarades féminines. C'est à tous les jours qu'ils sont stéréotypés comme des "VRAIS p'tits gars" qui sont supposés être turbulents, aimer le sport, jouer aux durs et ne jamais montrer leurs émotions.

C'est à tous les jours que leur intelligence créative, leur originalité, leur humour et leur fantaisie sont réprimés au profit de l'obéissance et du conformisme. Ça, les filles le subissent aussi, mais pour des raisons que j'ignore, la plupart d'entre elles semble ressentir un moins grand sentiment de rébellion face à cela. Et ce sont surtout eux qui, en bout de ligne, en ont marre et claquent la porte de cette école étouffante qui n'a jamais eu pour eux qu'un profond mépris quotidien.

Et ce n'est pas seulement moi qui le dit.


Je comprends parfaitement l'indignation de ce Monsieur. Et je partage sa colère envers les dérapages des féministes. Mais comme je connais les gens impliqués, je tiens à spécifier que dans ce cas-ci, je ne crois pas que mes collègues soient des féministes enragées. Comme je l'ai indiqué dans mon second billet, ma directrice a trouvé ce règlement complètement inacceptable lorsque je lui en ai parlé. Pour ce qui est de la TES, je ne crois pas qu'elle soit une idéologue féministe. Je crois que c'était le chaos dans la cour d'école lundi matin, qu'elle a été inondée de plaintes d'enseignantes obsédées par le "contrôle" et que, complètement dépassée par les événements, elle a décrété cette directive sans trop réfléchir pour tenter de mettre fin à "la crise".

Évidemment, cela en dit long sur le contexte social dans lequel nous vivons. Jamais un règlement qui prive spécifiquement les filles d'une activité n'aurait été jugé acceptable, pas même une seconde. Mais cette TES n'est pas responsable de tous les maux du système. C'est pour cela qu'il faut en parler, qu'il faut nommer le problème, qu'il faut faire de la sensibilisation et qu'il faut changer la culture elle-même.

Ce n'est pas en crucifiant cette TES qu'on va accomplir quoi que ce soit.


En fait, comme je le démontre dans mon livre, la discrimination que vivent les garçons et les hommes en milieu scolaire n'est pas exclusive au Québec. Je dirais même qu'à bien des égards, c'est encore pire ailleurs.


Quel bonheur de lire ces mots de la part d'une femme. Elle a tout compris. Les intervenantes scolaires  doivent cesser de voir les garçons comme des stéréotypes interchangeables et monolithiques qui sont tous pareils. C'est extrêmement réducteur et déshumanisant. Les gars ne sont pas tous les mêmes. Qu'on intervienne auprès de ceux qui se comportent "mal" et qu'on fiche la paix aux autres qui n'ont pas à subir des conséquences sous prétexte qu'ils sont du même sexe.

En passant, je place le mot "mal" entre guillemets parce que je crois que plusieurs des gestes qui sont reprochés aux garçons n'ont rien de mal et devraient être tolérés ou mieux, célébrés.


J'aimerais répondre à ce Monsieur qu'il exagère. Malheureusement, je repense à ma mère, aux femmes de ma famille, à de nombreuses journalistes et chroniqueuses, à plusieurs de mes collègues et patronnes ainsi qu'à de nombreuses mères d'élèves et... je ne suis pas convaincu qu'il ait tort.


J'applaudis le scepticisme de ce Monsieur et je suis très reconnaissant envers Olivier pour ce geste de soutien. J'ai longuement discuté avec lui ces derniers mois et c'est vraiment un chic type.

Tout ce que je veux dire, c'est que j'ai raconté ce qui m'est arrivé le plus fidèlement possible. Mon objectif de blogueur n'a jamais été d'exagérer ou de dire des énormités pour me donner en spectacle ou pour attirer des lecteurs. Je ne souhaite diaboliser ou idéaliser personne. Je raconte ce que je vois et ce que je vis en toute franchise, de mon point de vue, sans viser le sensationnalisme.

Mais comme il ne me connaît pas, il n'a effectivement aucune raison de me croire.


Encore une fois, je respecte le scepticisme de ce lecteur.

J'aurais effectivement pu fermer ma gueule et provoquer une fuite dans les médias afin de dénoncer cette décision.

Je ne l'ai pas fait pour plusieurs raisons.

Premièrement, comme je l'ai déjà raconté ici et plus en détails dans mon livre, des anciens collègues à moi l'ont déjà fait et ça n'a absolument rien donné. Les commissions scolaires emploient des spécialistes de relations publiques pour gérer ce genre de crise et tout nier. Et, une fois la crise passée et les spotlights des médias détournés, ils multiplient les efforts pour débusquer et punir le "rat" qui a parlé.

Deuxièmement, il se trouve que je suis heureux à l'école où j'enseigne, beaucoup plus heureux que je ne l'ai jamais été en vingt ans de métier. J'aime bien ma directrice. Elle n'est pas parfaite, mais je l'apprécie. J'aime bien cette TES également. Je n'ai pas envie d'en faire un bouc-émissaire et de lui faire perdre sa job. Je ne la blâme pas pour le climat qui existe dans notre société et qui fait en sorte qu'une telle directive lui ait momentanément semblé raisonnable. Je pense que, si elle n'avait pas été débordée de toutes parts et si elle avait eu le temps d'y réfléchir, elle n'aurait pas pris la même décision.

Troisièmement, si je suis démasqué, je ne serai probablement pas automatiquement foutu à la porte, mais je serai sévèrement réprimandé pour avoir violé la clause de loyauté de la commission scolaire. Je serai ostracisé par mes collègues. Les pires rumeurs circuleront sur mon compte. Il ne fait aucun doute à mon esprit que je serai ensuite la cible du même acharnement que j'ai déjà connu à mon ancienne commission solaire. Le système me harcèlera et me diffamera jusqu'à ce que je sois foutu à la porte ou que je quitte. La dernière fois, cela m'a coûté une dépression majeure. J'ai déjà goûté à tout ça et je n'ai aucune envie de repasser par là.


L'empathie de ces femmes me remplit d'espoir.

Bon, j'arrête ici, je manque de temps. Si vous souhaitez que je continue l'exercice, faites-moi signe.




2 commentaires:

Guillaume a dit…

Je me rappelle d'ailleurs que c'est sur le blogue de Patrick Lagacé que j'ai découvert le tien.

Prof Solitaire a dit…

Et ta vie ne fut plus jamais la même... ;-)