11 novembre 2016

De moins en moins de profs masculins

C'est en effet le sujet de ce récent article du JdM:

Les hommes se font de plus en plus rares dans les écoles primaires et secondaires du Québec depuis les 10 dernières années. En effet, la proportion d’enseignants masculins au secondaire est passée de 40 % à 36 % entre 2005 et 2015, selon des chiffres rendus publics par le ministère de l’Éducation mardi. Sur un total d’environ 30 000 professeurs, plus de 2600 hommes ont quitté les écoles secondaires depuis 2005.

Tout d'abord, je félicite la journaliste qui a écrit cet article car elle a au moins le mérite de s'intéresser au phénomène. C'est déjà ça.

Au niveau primaire où les hommes sont encore moins présents, 719 enseignants ont quitté les écoles entre les années 2005-2006 et 2014-2015 sur un total d’environ 40 000 enseignants. Au Québec, un enseignant sur dix au niveau primaire est un homme. 

Un sur dix? Aux dernières nouvelles, c'était encore moins que ça. Mais peu importe que ce soit 8% ou 10%... le résultat est le même. Les hommes sont presque complètement absents de nos écoles primaires. Au point où, régulièrement, des gens s'étonnent de ma présence! Ils sursautent presque en me voyant! Hier, j'ai croisé une remplaçante qui m'a dit: "C'est vous le prof homme dont j'ai entendu parler!" Ouais... on est presque rendus des créatures mythologiques. Vous trouvez ça normal, vous?

C’est le cas de François Chalut, professeur en 5e année à l’école Laurendeau-Dunton de LaSalle, qui fait ainsi figure d’exception. «On dit toujours qu’on a besoin de plus d’hommes dans les écoles pour les garçons tannants qui n’ont pas de modèle masculin, mais la fille tranquille qui ne voit jamais son père, ça peut être bon pour elle aussi. Sauf qu'on n’y pense jamais», dit-il.

M. Chalut donne ici la réponse classique. Celle qui s'évoque bien devant une caméra. Celle qui est politiquement correcte. On aurait besoin de plus d'hommes en enseignement parce que nos enfants n'ont plus de modèles masculins.

Cette réponse est jugée socialement acceptable dans notre société féministe parce qu'elle affirme essentiellement que les hommes ne jouent pas leur rôle de père. Et tout ce qui plante les hommes est toujours bien vu.

Je ne blâme pas M. Chalut. Je sais que la vérité ne se dit pas à visage découvert devant une caméra ou un micro.

Mais la réalité c'est que les hommes représentent une richesse dans nos écoles qui va bien au-delà d'un simple rôle de "pseudo-père de remplacement" pour les enfants qui n'en ont pas. Lorsque je repense aux 20 dernières années, c'est certain que j'ai joué un rôle important dans la vie d'enfants qui n'avaient pas de père, mais pas seulement avec eux. Et l'impact que j'ai eu auprès de mes élèves n'est pas nécessairement proportionnel au degré d'implication du père!

Un prof de primaire, ce n'est pas qu'une simple figure parentale, qu'il soit homme ou femme. L'affirmer est une simplification exagérée de notre véritable rôle. On considérerait insultant le fait d'affirmer que les enseignantes de primaire jouent simplement à la maman, et avec raison. Or, il est tout aussi inacceptable d'affirmer que leurs collègues masculins jouent au papa. C'est même assez condescendant.

Si je me fie à mes vingt années dans ce métier, je crois que les hommes sont nécessaires au primaire parce qu'ils apportent une expérience de vie, des valeurs et une vision différentes. Par exemple, beaucoup de femmes voient souvent les comportements typiquement masculins comme étant non-souhaitables. Pour plusieurs d'entre elles, les petits garçons sont perçus comme agressifs, impolis, agités, perturbateurs, paresseux et cancres. S'il y avait plus d'hommes, il y aurait plus de voix pour rappeler à tout le monde qu'un petit gars ce n'est pas une petite fille. Que nos écoles sont beaucoup mieux adaptées à ces dernières qu'à leurs petits camarades masculins. Qu'il y a d'autres façons d'intervenir avec un p'tit gars que de sévir, de punir et de réprimander.

Encore une fois, ce n'est pas politiquement correct de l'affirmer, mais j'ai toujours observé que la majorité des enseignantes préfère l'approche autoritaire. Or, je suis convaincu que cette dernière joue un rôle majeur dans la révolte et le décrochage des garçons. La plupart des hommes que j'ai connus adoptent une autre approche plus collaborative et plus respectueuse. Cela est extrêmement bénéfique pour tous les enfants et spécialement pour les p'tits gars.

On a placé de nombreux garçons jugés "difficiles" dans ma classe au cour des années et dans la vaste majorité des cas, les mauvais comportements se sont volatilisés. L'explication qui est généralement offerte est que l'enfants "a besoin d'un homme." Or, cela est très réducteur. C'est comme dire que quiconque est doté de couilles aurait aussi bien fait l'affaire. C'est faux. Ce qui fait vraiment la différence, ce n'est pas mon chromosome XY, c'est mon approche, ma façon d'être, d'enseigner et d'entrer en relation avec les jeunes, c'est l'atmosphère que je crée dans ma classe, c'est mon anticonformisme et mon désir de trouver des solutions originales et de fonctionner autrement, c'est mon empathie pour les enfants qui s'emmerdent à l'école et qui trouvent ça plate à mort.

J'ai connu des enseignantes qui étaient comme ça et elles connaissaient les mêmes succès que moi. Et j'ai connu quelques hommes qui enseignaient de manière autoritaire comme la plupart des enseignantes et ils frappaient les mêmes écueils et commettaient les mêmes erreurs que ces dernières.

Toutefois, dans mon expérience, la plupart des enseignantes aiment l'approche autoritaire et la plupart des hommes la rejettent. Si vous avez lu mon livre, vous avez vu que cet argument est évoqué dans des études universitaires très sérieuses. C'est en bonne partie (mais pas exclusivement) pour cette raison qu'on a besoin de plus d'hommes au primaire.

Parmi les raisons qui peuvent expliquer que de moins en moins d’hommes s’intéressent au métier d’enseignant, il y a la perte de prestige de la profession, le salaire qui est légèrement inférieur à celui que peuvent espérer des universitaires et les conditions de travail qui sont plus difficiles qu’avant, énumère Christian Maroy de l’Université de Montréal.

Si vous avez lu mon livre, vous devez penser que j'ai des dons de devin.

En effet, dans les premières pages, j'explique qu'à chaque fois que les médias abordent la question de l'absence d'enseignants masculins, on évoque toujours les mêmes justifications et que celles-ci postulent toutes une faille dans le caractère des hommes. Et c'est exactement ce que fait cet article.

Regardons ces arguments de plus près.

1- Les hommes ne s'intéresseraient pas à l'enseignement parce que la profession a perdu son "prestige". Faut-il comprendre que seuls les hommes s'intéressent au "prestige"? Qu'ils en sont obsédés à ce point? Alors pourquoi les emplois dans la construction sont-ils surtout occupés par des hommes? Pourquoi les employés d'usine sont-ils surtout des hommes? Pourquoi la plupart des camionneurs sont-ils des hommes? Pourquoi les concierges dans les écoles sont-ils presque exclusivement des hommes? Où est le prestige dans ces jobs-là? Sur quoi se base-t-on pour affirmer que les hommes sont davantage intéressés par le "prestige" que les femmes? Pourtant, dans mon expérience, les femmes sont généralement beaucoup plus préoccupées par l'opinion d'autrui que les hommes. Bref, cette explication n'est pas satisfaisante.

2- Les hommes ne s'intéresseraient pas à l'enseignement parce que le salaire est "légèrement" inférieur à celui des universitaires? Premièrement, le salaire est plus que légèrement inférieur, il est risible. Deuxièmement, pourquoi ce salaire pitoyable repousserait-il les hommes et pas les femmes? Les hommes seraient-ils plus matérialistes que les femmes? Pourtant, ce ne sont pas eux que je vois majoritairement dépenser frénétiquement dans les centres d'achats. Faut-il comprendre que les femmes sont si dévouées, altruistes et maternelles qu'elles sont prêtes à s'engager malgré le salaire bas, mais que les hommes, eux, dépourvus de ces qualités, tournent les talons? À moins d'être profondément sexiste, cette explication n'est pas satisfaisante.

3- Les hommes ne s'intéresseraient pas à l'enseignement parce que les conditions sont plus difficiles qu'avant. Pourquoi cela affecterait les hommes et pas les femmes?

Remarquez bien que la même logique sous-jacente se dégage de tous ces arguments: l'enseignement est une profession de moins en moins attrayante et cela repousse les hommes qui ont comme priorité l'argent, le prestige et la facilité. On déduit donc que les femmes, elles, sont le contraire puisque rien de cela ne les repousse. On doit comprendre qu'elles sont moins matérialistes, moins paresseuses et moins égocentriques. Elles continuent héroïquement à choisir des carrières dans l'enseignement malgré tout! Mais on ne peut pas s'attendre à ce que de misérables hommes fassent de même.

C'est le sexisme de ces théories qui les disqualifie complètement. Elles ne valent pas mieux que les arguments ouvertement misandres qui affirment que les femmes aiment plus les enfants, qu'elles sont plus patientes, plus aimantes, plus douces, etc.

La vérité est ailleurs. Cet article réussira-t-il à mettre le doigt dessus? Poursuivons notre lecture afin de le découvrir.

Pour Martin Bibeau, enseignant au secondaire et vice-président à l’Alliance des professeurs de Montréal, c’est ce dernier point qui prime. «La profession n’est pas attirante parce que notre expertise n’est pas reconnue. On a peu d’aide, mais une multitude de pédagocrates au-dessus de notre épaule qui pensent savoir ce qu’ils feraient à notre place.»

Pourquoi la présence des pédagocrates repousserait-elle les hommes et pas les femmes? Faut-il comprendre que l'engagement des femmes est plus profond que celui des hommes? Que leurs convictions sont plus fortes? Que ce qui est pour elles une vocation n'en est pas une pour les hommes?

On est toujours à côté de la plaque.

Reste que la baisse du nombre de professeurs masculins dans la dernière décennie est somme toute légère, relativise M. Maroy. Pour des raisons culturelles, les femmes ont toujours été plus nombreuses à être attirées par ce métier.

La baisse est légère? Euh... quand on est déjà dans la cave, il est assez difficile de descendre drastiquement plus bas!

Les femmes ont TOUJOURS été plus nombreuses? Faux. Il fut une époque où il y avait autant d'instituteurs que d'institutrices. À l'époque des écoles séparées, les gens qui enseignaient aux garçons étaient presque exclusivement des hommes.

Toutefois, l'article s'approche de la vérité lorsqu'il aborde la question de raisons CULTURELLES. Réussira-t-il à identifier le vrai problème ou se contentera-t-il de tourner autour du pot?

«À tort ou à raison, les qualités qu’on associe à ce métier sont perçues comme plus féminines que masculines dans notre société», ajoute-t-il.  

On a notre réponse: l'article se contente de tourner autour du pot. Si près et pourtant si loin...

Comme je le démontre dans mon livre, il n'y a pas 1000 raisons pour expliquer l'absence des hommes en éducation primaire. Il y a une raison principale.

C'est la même qui explique l'absence presque totale des hommes dans les services de garde.

Notre société dépeint les hommes comme des prédateurs potentiels dont il faut se méfier. Elle diabolise les hommes. Alors lorsque les gens voient des hommes avec des enfants, l'alarme sonne. Une femme avec des enfants évoque l'admiration, un homme avec des enfants éveille les soupçons. On remet en question ses raisons d'être là. On juge ses marques d'affection sinistres et inquiétantes. On voit d'un mauvais oeil le temps qu'il investit auprès des petits. On soupçonne qu'il a un agenda caché. On se questionne à propos de sa sexualité: est-il homosexuel? Pédophile? On est toujours prêt à lui assigner les intentions les plus malveillantes à la première allégation. Une simple rumeur est suffisante pour l'anéantir.

Les hommes savent cela. Ils le savent très bien. Ils comprennent très tôt ce malaise qui émerge de toute part lorsqu'ils interagissent avec des enfants. Ils savent que c'est mal vu. Alors ils choisissent de se diriger vers des professions plus accueillantes et moins dangereuses pour eux. Des jobs où le premier être malveillant venu ne sera pas en mesure de les détruire avec les allégations les plus frivoles.

C'est ça la vérité.

Je crois que je l'illustre assez bien dans mon livre, multiples études et témoignages à l'appui.

Le Journal indiquait le 29 octobre dernier que l'écart entre les notes des garçons et des filles continue de se creuser, un sujet que certains associent à la faible présence d’hommes à l'école. Les trois experts consultés par Le Journal s’entendent pour dire que rien ne prouve qu’une plus grande présence masculine mènerait à une plus grande réussite des garçons. C’est plutôt la qualité de l’enseignement qui a le plus d’effet sur leurs notes.

Apparemment, ces trois "experts" n'ont pas pris connaissance de ces études qui démontrent que les enseignantes accordent systématiquement des notes plus basses aux garçons:

Discrimination des élèves masculins

Les enseignantes évaluent-elles injustement les garçons?

Les notes des garçons

«Tant les gouvernements que les syndicats au Québec ont des réserves à composer avec la sous-scolarité des garçons et des hommes. Il y a quelque chose de malsain», affirme M. Royer.

Absolument. Très, très malsain. C'est vrai. J'en ai déjà parlé dans de nombreux billets, dont ceux-ci:

Prioriser les filles!?!

Syndicat féministe

Une société qui ne se soucie que du sort des filles et qui tourne le dos à l'autre moitié des citoyens sans leur accorder la moindre empathie est profondément malade.

Leur quasi-absence en éducation n’est d’ailleurs pas étrangère selon lui au fait qu’il faille faire 4 ans de baccalauréat pour être enseignant, alors que seulement 25 % des hommes passent sur les bancs des universités contre 41 % des femmes, souligne-t-il. «Il y a plusieurs programmes qui existent pour encourager les filles à opter pour des métiers non traditionnels, mais rien pour l’inverse», observe M. Royer.

C'est effectivement un des symptômes de la maladie qu'on appelle le féminisme.

Et celle-ci perdurera tant qu'on accordera plus de valeur aux filles et aux femmes qu'aux garçons et aux hommes. Tant qu'on associera les plus belles qualités à celles-ci et les plus vils défauts à ceux-là.

La journaliste qui a écrit cet article est entré en contact avec moi il y a quelques jours, via mon éditeur. Elle souhaitait m'interviewer pour un second article sur le sujet, mais finalement, son texte a été écourté pour faire place à la couverture des élections américaines. Elle m'a dit qu'elle avait mon livre en main et qu'elle avait l'intention de le lire et de me recontacter. Si elle le fait, je vous en donnerai des nouvelles.



4 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut prof, je te partage quelques expériences, dont une récente.

Au secondaire, on penserait que nous sommes peut-être un peu moins l'objet de ce genre de suspicions. Mais bon, j'en suis à un deuxième événement en carrière. La première fois, j'aurais mis la main aux fesses d'une jeune dans un escalier avec plein de gens autour qui n'auraient rien vu. Bon, personne n'a trop cru à cette blague d'un jeune garçon très probablement, mais la mère a tout de même déposé une plainte à la police, qui n'a pas paru crédible quand un juge (ou un procureur?)l'a examiné des mois plus tard. Personne n'est jamais vraiment venu me demander mon point de vue sur cette affaire en passant. J'ai su tout ce qui s'est déroulé au loin par l'intermédiaire de ma direction. La présence de ma conjointe qui enseignait dans la même équipe et de collègues qui me connaissaient bien depuis des années ont fait que je n'ai pas trop été emmerdé. Mais la jeune a été retirée de mes cours pour le reste de l'année. J'ai fait une deuxième année dans ce milieu, la jeune a été réintégrée dans mes cours.

Cette année, dans un autre milieu, lorsque j'ai expliqué le code de vie aux jeunes, j'ai peut-être mal choisi mes mots, mais bon j'ai dit quelque chose comme il était difficile de se concentrer quand un décolleté était trop plongeant pour expliquer que les décolletés plongeants n'étaient pas une tenue convenable. Remarque que ma directrice peut bien parler carrément de craque dans la fourche et on ne va pas la soupçonner de pédophilie. Enfin, si mon choix de mots avaient marqué les esprits, il n'avait tout d'abord pas eu d'effet immédiat, car, pendant les premières semaines, j'avais beaucoup de visites des adolescentes dans mes périodes de récupération. Et même, elles venaient simplement faire leurs devoirs, car, à la fin des cours, je suis toujours disponible même si je n'ai pas de récupération officielle. J'aide souvent des jeunes en difficulté de cette manière.

Non, le trouble a commencé passé ce qu'on appelle la lune-de-miel dans le milieu. Après un bon mois, quand les jeunes commencent à nous connaitre et à développer un discours sur leur prof et je dirai que c'est la période où les adolescents expérimentent les limites du cadre qu'on a mis en place. Évidemment, il arrive dans cette période quelques incidents, quelques interventions, quelques impatiences, etc. Cette année en plus, on a mis dans nos pattes un cas de trouble de comportement sans vraiment prévoir que ça chierait évidemment un moment donné. Bon, il y a tout un contexte: petit village, tout le monde se connait, je suis de l'extérieur, je travaille en région éloignée, le cadre ici est autoritaire, les retenues se distribuent comme des bonbons, les facebook, etc.

Toujours est-il que les jeunes hommes ont commencé à répéter que j'étais un pédophile, un disait carrément que j'avais dit que je bandais quand je voyais un décolleté trop plongeant. Mon jeune en trouble de comportement s'est mis une semaine à me poser des questions: si je savais ce qu'était la pédophilie. Le lendemain, si j'en connaissais et, dans la classe d'une collègue, il a carrément demandé si j'en étais un. Puis à la fin d'un après-midi de cette joyeuse semaine, la directrice est venue m'annoncer qu'elle allait rencontrer une mère qu'elle avait d'abord voulu m'envoyer pour régler son problème me concernant. La mère ne voulait pas et avait déclaré que si elle me parlait, c'est probablement la SQ qu'elle appellerait après. Puis, la rumeur disait que je sacrais dans mes cours (Une femme enseignante, c'est comique, un homme, c'est dangereux).

Jonathan Livingston a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

(suite)
Évidemment, on dort mal la nuit suivante. Je me suis souvenu avoir parlé en une occasion des différences culturelles dans l'emploi des jurons, ce qui m'a valu la réputation de sacrer dans mes cours. Je me suis levé avec deux œufs qui avaient été lancés sur ma voiture la veille. Toujours est-il que j'ai rencontré la mère qui finalement se plaignait en fin de compte que sa fille ne savait plus quoi se mettre la matin quand elle s'habillait pour venir à l'école à cause de ma tirade du début d'année.

Bref, ça s'est un peu tassé depuis. Les jeunes et les parents s'étaient faits une vision perverse de ma personne les quelques indices que j'ai eu parce que tout ce beau monde ne vient jamais te parler directement...évidemment. Je sais que quelques parents trouvent mes corrections et mes exigences trop difficiles pour leur charmant enfant. Mais bon, j'ai repris un programme en le mettant à ma main qui existent ici avec ce niveau d'exigences depuis plus d'une décennie. Je suis sur la même longueur d'onde que mon prédécesseur, nous essayons de remettre à niveau des jeunes qui n'ont pas trop mis en mémoire ce qu'ils ont fait et ce qu'ils n'ont pas fait au primaire. L'étude est le bas qui blessent. Une grosse moitié du groupe se plante magistralement dans mes revues de cycle en grammaire. Sans rien dans la tête, il n'est pas possible de parler des complexités de la langue quand il faut sans cesse revenir sur les bases.

Le point commun est simplement que, lorsque je commence à serrer la gestion de classe parce que les jeunes veulent prendre leur aise en classe et aussi voir comment ils peuvent me faire baisser mes exigences, ce genre d'attaque est un levier facile à utiliser contre un homme. J'ai encore la chance d'être un enseignant dans les bonnes grâces de sa direction et d'en être à ma troisième année ici. Mais évidemment, ça gâte un peu la sauce. Les hypocrisies sapent pas mal le moral. C'est un des facteurs qui fait que je compte faire mes valises en cette fin d'année scolaire.

Je me souviens que le premier conseil que j'ai eu en entrant dans la profession par l'enseignant qui me supervisait a été celui-ci: on ne ferme jamais la porte de sa classe quand on travaille avec une adolescente.

Jo Living

Prof Solitaire a dit…

Salut Jo, merci d'avoir pris le temps d'écrire.

Je me reconnais parfaitement dans ton commentaire et je suis prêt à parier que ce serait également le cas de la vaste majorité de nos collègues masculins. On est constamment sur la corde raide. Tu es chanceux d'avoir des collègues et une direction qui ont une tête sur les épaules. Malheureusement, mon expérience m'a appris que cela peut changer subitement du jour au lendemain.

À mon humble avis, les rumeurs qui circulent à ton égard ne disparaîtront pas. Elles vont se perpétuer d'une année à l'autre. Alors soit tu les confrontes ouvertement pour mettre les gens face à leur propre hypocrisie, soit tu décampes. Malheureusement, la seconde solution est probablement plus réaliste.

En tous cas, merci encore et tes commentaires sont toujours les bienvenus ici.