23 novembre 2016

Forts de neige... la suite

Merci à tout le monde qui a manifesté de l'intérêt à propos de mon dernier billet. Les messages de soutien sont particulièrement appréciés. Comme plusieurs lecteurs semblent intéressés, je vous raconte la suite.

Ce matin, avant le début des classes, je suis allé voir ma directrice pour lui dire que je trouvais cette idée d'interdire les forts de neige seulement aux garçons "discriminatoire et sexiste". Je lui ai dit que plusieurs règlements m'horripilaient et que je choisissais toujours de me taire, mais que cette fois-ci, "ça dépasse toutes les bornes".

Elle a semblé étonnée. Elle m'a dit que j'avais peut-être mal compris le message. J'ai répondu que j'avais soulevé la question avec mes collègues au dîner hier et que tout le monde semblait avoir compris la même chose que moi. Elle m'a dit que la TES s'était peut-être mal exprimée, que ce règlement est inacceptable et que si cela avait effectivement été dit, elle allait "péter sa coche".

J'étais rassuré en entendant sa réaction mais en même temps, l'idée que j'avais peut-être mal compris le message me chicotait et me faisait douter, alors quand les élèves sont arrivés en classe, je leur ai demandé quelle était la directive qui avait été donnée hier à propos des forts. La vaste majorité était d'accord: l'accès aux forts est interdit aux garçons. Je n'ai donc pas la berlue.

J'ai alors eu une conversation avec les élèves. Je leur ai dit qu'un règlement comme celui-là n'était pas acceptable et qu'on ne peut pas interdire à des gens de participer à une activité à cause de leur sexe, de la couleur de leur peau ou de tout autre caractéristique qu'ils n'ont pas choisie. Je leur ai dit que, si des surveillants leur interdisaient d'aller dans les forts, de demeurer respectueux et d'obtempérer, mais de venir me voir ensuite et que je réglerais le problème.

Entretemps, la TES est arrivée et a été rencontrée par la directrice. Je ne sais pas comment s'est déroulée cette conversation.

Tout ce que je sais, c'est qu'au dîner, elle me regardait de travers en esti. Elle et plusieurs surveillants de dîner, en fait. Puis, la directrice a envoyé un courriel à tout le personnel. Malheureusement, le ton était très différent de celui qu'elle avait eu avec moi quelques heures plus tôt. Cette fois-ci, il m'a semblé très hostile. Essentiellement, sans nommer personne, elle disait que le message de la TES avait été mal compris, qu'il n'y avait pas de discrimination, qu'elle n'avait pas de temps à perdre avec des "niaiseries" et qu'elle ne voulait plus en entendre parler.

Ça m'a semblé être une façon assez malhabile de régler la situation. Comme tout le monde sait que je suis celui qui trouvait ce règlement inacceptable hier, j'imagine que toutes les enseignantes déduisent assez facilement que je suis celui qui est châtié par ce courriel. Mais évidemment, personne ne m'en a parlé, comme d'habitude.

Je dois vous avouer que j'ai été assez ébranlé par ce courriel et que je ne peux m'empêcher de m'inquiéter pour la suite des choses. Après tout ce qui m'est arrivé, j'anticipe toujours le pire maintenant. J'espère que je m'inquiète pour rien.

Du reste, j'ai pris les devants et je suis allé voir la TES. Je lui ai dit que j'étais celui qui avait parlé à la directrice, que je ne souhaitais pas m'en prendre à elle personnellement, que je trouvais simplement cette directive inacceptable et que je souhaitais manifester mon désaccord. L'idée n'était donc pas de l'attaquer elle ou de lui planter une dague entre les omoplates. Si je me suis adressé à la directrice et pas à elle, c'est tout simplement parce que c'est elle la patronne et que je croyais que la directive émanait d'elle. La TES semblait assez hostile au début, mais l'atmosphère s'est un peu détendue. Je pense qu'elle a apprécié ma franchise.

Ou peut-être que j'ai gaffé et que je viens de me peindre une cible sur le front, je ne sais plus... dans le passé, des collègues ont voulu ma peau pour moins que ça.

Alors voilà, après tout ce psychodrame, les garçons peuvent de nouveau jouer dans les forts.

Ou plutôt, selon le courriel de la directrice, ils n'en ont jamais été privés et tout est dans ma tête.

J'imagine que c'est une victoire?



5 commentaires:

Anonyme a dit…

Parfois, tu devrais laisser les parents se plaindre...

Prof Solitaire a dit…

Pas une mauvaise idée, ça...

Anonyme a dit…

Tu te mets trop rapidement la tête sur le bûcher, tsé.

Parfois, il faut laisser aux autres la sale job. Savoir déléguer.

Par ailleurs, dans ce dossier, tu as été à la limite de l'insubordination pour une direction. Je ne dis pas que sur le fond, tu aies tort, mais trouve une façon de ne te faire ramasser à chaque école!

Guillaume a dit…

Une mauvaise décision qui aurait pu coûter cher à l'école. Imagine si un parent s'était plaint. Il ne l'aurait pas fait discrètement.

Prof Solitaire a dit…

@ Ano: De sages paroles...

@ Guillaume: C'était les rencontres de parents de la 1ère étape cette semaine et deux parents m'ont dit qu'ils étaient vraiment furieux de ce règlement et reconnaissants que je l'aie fait tomber dès le lendemain. Si ça n'avait pas été le cas, ils se seraient plaints...