26 novembre 2016

Leonard Cohen, le Québécois...

J'aime bien la musique de Leonard Cohen, mais je ne dirais pas que je suis un fan fini. J'écoute certaines de ses chansons occasionnellement. Et comme à mon habitude, je m'intéresse peu à la vie privée des artistes, chanteurs et acteurs dont j'apprécie le travail. Je sais donc très peu de choses à propos de Cohen.

Je dois vous avouer que j'avais pris pour acquis qu'il était, comme la plupart des anglophones du Québec, complètement ignorant et désintéressé des enjeux des francophones.

Je me trompais.

Extrait de cet article de Vice:

En 1969, Leonard Cohen a refusé le prix du Gouverneur général pour la poésie en déclarant que « la poésie elle-même l'interdit absolument ». Le Conseil canadien des arts lui avait décerné le plus prestigieux prix littéraire au pays pour sa collection Selected Poems 1956-1968. En le refusant, Cohen posait un geste aussi noble que porteur d'une vérité bien plus profonde - et politique - que ce qu'elle peut laisser entendre.

Seuls cinq auteurs - tous québécois - ont refusé la distinction, dont Hubert Aquin, qui, comme Cohen, a lui aussi tourné le dos au Prix du GG de 1968. Aquin et Cohen ont été les premiers à faire ainsi, et Cohen demeure le seul anglophone parmi les contestataires. En mai 1969, pour justifier son refus, Cohen déclarait au Globe and Mail que « le monde est sans pitié et je n'accepterai pas de cadeau de celui-ci. »

L'insolence de Cohen lui aurait toutefois valu une solide réprimande de la part de Mordecai Richler, honoré la même année pour son roman Cocksure. Dans sa biographie de Cohen intitulée Various Positions – A Life Of Leonard Cohen, Ira Nadel raconte que Richler aurait carrément menacé Cohen:

« À la surprise des autres invités, Cohen s'est pointé à une fête organisée par Jack McClelland au Château Laurier pour honorer les récipiendaires des Prix du Gouverneur général accompagné de la romancière québécoise Diane Giguère. Mordecai Richler l'accueilla en lui disant, "Viens ici, je veux te parler", sommant Cohen de le rejoindre dans la salle de bain. Furieux, Richler ferma la porte et demanda à Cohen pourquoi il avait refusé un tel honneur. "Je ne sais pas," protesta Cohen. "Si tu m'avais donné une autre réponse, je t'aurais donné un coup de poing au visage," lui répondit Richler. Cohen croyait qu'il n'était pas nécessaire pour lui de se "ranger derrière le Canada à ce moment-là". Il expliquera plus tard qu'à l'époque, le pays ne lui donnait pas l'impression d'avoir besoin de son soutien. Et d'accepter un prix remis par le gouvernement fédéral alors que les séparatistes québécois se battaient pour être reconnus était, pour un Québécois comme lui, maladroit. Cohen comptait des amis parmi les séparatistes, et il ne pouvait se divorcer si facilement du mouvement. "Je n'ai aucune idée pourquoi il est venu à la fête," remarqua McClelland. »

Le geste de Cohen caractérise très certainement l'homme et l'artiste dans son identité, à la fois cosmopolite et résolument montréalaise.





2 commentaires:

PJ a dit…

Pour donner un exemple concret, Leonard Cohen a chanté La Manic. (version en spectacle à Bruxelles ici, il y a la version au Colisée de Québec, mais la foule y est plus bruyante). Pas sûr que Mordecai Richler ait jamais entendu parler de Georges Dor.

Prof Solitaire a dit…

Wow... merci, je l'ai ajouté au billet. Génial.