17 novembre 2016

Les hommes sont des cons

J'aimerais attirer votre attention sur deux articles qui traitent d'un sujet qui me tient à coeur: la perception des hommes dans la société.

Le premier est de Joseph Facal:

L’homme québécois: un con, une brute, un perdant

(...) nos médias véhiculent depuis longtemps des représentations lamen­tables du mâle québécois. Très majoritairement, on y voit une triste galerie de cons, de brutes, de perdants, d’insécures, de lâches et de «bonasses».

Prenons la publicité.

Vous avez l’idiot qui est incapable de construire une étagère droite, qui se déguise en brosse à dents, qui porte un Speedo moulant fluo, qui est totalement dominé par sa conjointe devant leur conseiller financier et j’en passe.

Voyez aussi ce minable qui veut impres­sionner un Français avec son érudition, mais se trompe quand il mentionne le nom des fromages.

Quand l’homme n’est pas dépeint comme une lavette, il est dépeint comme un primitif qui n’aime que son gros pick-up, les scies à chaîne, les perceuses ou les ponceuses.

Et ce n’est pas d’hier. Souvenez-vous de Monsieur B, le benêt joué par Benoît Brière ou, si on remonte encore plus loin, du réparateur Maytag qui ne foutait rien de ses journées.

Dans les séries télévisées, ce n’est guère mieux.

Unité 9, écrit par une femme, est une des rares séries avec des personnages masculins à la fois forts et nuancés.

Voyez le cinéma ou le théâtre.

De chefs-d’œuvre comme le Déclin de l’empire américain à des navets comme Les Boys, en passant par Broue, les hommes y sont presque invariablement ridicules et médiocres.

Dans les films supposément géniaux­­ de Xavier Dolan, le personnage masculin type est un jeune homme confus, souvent gai, fragilisé par l’absence du père et l’instabilité de sa mère, et qui ne s’exprime qu’en criant.

Je ne plaide pas pour des super­héros ridicules à la Stallone, mais pour des représentations moins stéréotypées­­ et moins uniformément négatives.

Il me semble que ça ne nuirait pas aux garçons.

Le second est de Jean-Jacques Stréliski:

Questions d'image - Tu seras cornichon, mon fils

(...) Le sujet interpelle. De plus en plus de médias notent, comme je le fais depuis des années, que la place faite aux hommes et aux garçons dans la publicité se réduit — hélas — à un rôle de benêt, de niais, de maladroit, d'insouciant au volant, quand ce n'est pas de poltron ou de lâche, purement et simplement

(...) L'humour s'est avéré de longue date une stratégie efficace pour attirer la sympathie des consommateurs sur des marques ou des produits. (...) Alors, rions! Mais de qui? Mais des hommes, pardi! Puisque, après tout, ils sont bien les seuls aujourd'hui à ne pas élever la voix quand on les ridiculise, les seuls à ne rien dire lorsque l'on circonscrit leur territoire à celui de la cour arrière, chargés du BBQ, responsables de la bière et de l'entretien des conversations touchant au football ou au hockey. 

Poser une étagère de guingois, faire exploser la salle de bain, faire le chat capricieux ronronnant autour de sa maîtresse, se déguiser en flacon de détersif, de grosse brosse à dents ou de liquide rince-bouche, ne pas savoir plier une poussette d'enfant, ne plus jamais conduire une voiture en présence de sa conjointe, plonger en slip fluo moulant dans la piscine, toujours avoir l'air con en toutes circonstances, etc. Nos écrans font défiler à longueur de journée ces facéties d'imbéciles heureux. Pris un par un, il n'y a pas grand-chose à redire. Mais, au cumul, l'effet est désastreux.

(...) la publicité n'est pas seulement le miroir de la société. Elle est également une influenceuse riche et privilégiée de l'opinion, capable de projeter des images auxquelles bien des consommateurs s'identifient — sciemment ou inconsciemment. En perpétuant la ridiculisation des hommes, on stimule une perversion d'image tout aussi nocive que le fut l'atteinte à celles des femmes. Ou bien l'homme s'identifie, et c'est dommageable. Ou bien, en pratiquant l'évitement d'identité, il se réfugie dans le silence ou dans l'isolement en se tournant vers d'autres supports (jeux vidéo, avatars, etc.) afin d'y trouver d'autres modèles. Cela étant particulièrement remarqué chez les plus jeunes.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si, de plus, les garçons et les hommes n'éprouvaient pas les difficultés que l'on connaît pour trouver leur place dans la société. Et je ne suis, bien entendu, pas le seul à m'en inquiéter. Des pédagogues, des professeurs, des psychologues, des médecins, mais aussi des parents constatent avec une certaine impuissance que ces phénomènes contribuent à une déstabilisation du rôle de l'homme en général, et des jeunes garçons en particulier

(...) Je devine cependant que le cumul de ces brouillages d'identité est probablement fort préjudiciable pour le bien-être mental des hommes dans leur quête nécessaire d'identification à des héros ou à des modèles masculins.



8 commentaires:

Sébastien a dit…

Je suis d'accord avec ces textes, mais à la fin, je me dis qu'il serait bien d'avoir des données pour appuyer ce genre de propos. Sinon, on risque la même critique que tu fais souvent au groupe féministe qui lance des affirmations sans les subtancier.

Remarque que ce genre de critique serait peut-être mieux que l'absence de réaction à de telle chronique.

Anonyme a dit…

Euh... parce les médias et la pub dépeignent une image positive des femmes?

Prof Solitaire a dit…

@ Sébastien: Entièrement d'accord, une étude sérieuse serait bienvenue. Mais je crois que les nombreux exemples qui sont cités dans les articles illustrent bien la situation. Et c'est un phénomène très présent. Je ne compte plus le nombre de dessins animés que j'ai regardé avec mes fils dans lesquels les filles sont idéalisées et les garçons de parfaits abrutis. Ce n'est même pas subtil, au point où je l'ai fait remarqué à mes fils dans l'espoir qu'ils n'absorbent pas le message qu'ils sont supposés être des idiots heureux. Si tu crois que j'exagère, regarde n'importe quel épisode de Johnny Test... même le chien est plus intelligent que le p'tit gars...

@ Anonyme: C'est vrai que ce n'est pas toujours très édifiant, surtout à l'extérieur du Québec, mais remarque que dans les pubs humoristiques, le rire est invariablement aux dépends du gars. Les compagnies savent qu'ils doivent marcher sur des oeufs avec les femmes mais qu'ils peuvent ridiculiser les hommes à souhaits sans que personne ne s'en offusque...



Anonyme a dit…

Entre ce que tu crois remarquer et la réalité, peut-il y avoir une différence? Ta sensibilité d'homme t'empêche-t-elle aussi peut-être de voir ce qui peut heurter la sensibilité d'une femme? «Invariablement» est peut-être un peu trop fort. Pour le reste, les hommes ont tou le loisir de se plaindre à un annonceur, crois-moi.

Anonyme a dit…

Salut Prof,

Je n'ai pas le temps présentement de lire tes derniers textes, particulièrement celui-ci qui risque fortement de m'intéresser, mais je voulais te dire un petit coucou et te dire, en ce beau samedi 19 novembre... Bonne journée internationale de l'homme!

Être une femme n'est pas toujours facile au quotidien, mais je constate régulièrement que ce n'est pas nécessairement facile pour les hommes non plus. Tes articles à ce sujet, bien que parfois vraiment trop intenses, me permettent de réfléchir à ma façon de voir la vie, celle des femmes, celle des hommes et la nôtre, tous ensemble.

Bref, merci de m'aider à me questionner, réfléchir, me positionner, m'exprimer sur ce sujet qui me tient à coeur.

A. :)

Prof Solitaire a dit…

@ Ano1: Tu as raison de le souligner, il y a évidemment une différence entre mes perceptions et la réalité objective, d'où mon intérêt pour des études sérieuses là-dessus. Du reste, je pense avoir été amplement exposé à l'idéologie féministe pour savoir ce qui heurte leurs sensibilités. Et ce n'est pas tant qu'on heurte mes sensibilités qui me dérange, mais plutôt le dommage social qui est potentiellement causé aux petits garçons dans un contexte où l'on les ridiculise constamment dans les médias. Pour ce qui est de se plaindre aux annonceurs, cela soulève la question suivante: le féminisme est-il vraiment un exemple à suivre? Devons-nous faire comme eux? Je n'ai pas la réponse à cette question... j'y réfléchis...

@ Ano2: C'est bien la première fois qu'on me souhaite ça, merci! ;-) Tes commentaires sont toujours les bienvenus et n'hésite pas à me rappeler à l'ordre quand je suis trop intense!

Anonyme a dit…

«Et ce n'est pas tant qu'on heurte mes sensibilités qui me dérange, mais plutôt le dommage social qui est potentiellement causé aux petits garçons dans un contexte où l'on les ridiculise constamment dans les médias»

Constamment. Encore une perception.

Prof Solitaire a dit…

La considères-tu fausse?

Ce n'est pas impossible. Hier, j'ai vu une pub dans laquelle une femme avait une feuille d'épinard coincée dans les dents. Une FEMME! ;-)