5 octobre 2017

Luc Lavoie aimerait pouvoir me tuer

Comment vous appelleriez ça, vous, un type qui affirme en direct à la télé qu'il aimerait descendre des gens qui ne pensent pas comme lui?

Dans quel univers est-ce qu'une telle affirmation pourrait être considérée amusante ou drôle?

Tu sais quoi mon P'tit Lulu? À mes yeux à moi, tu es une raclure.

Tu es un vendu, un assimilé, un collabo, un colonisé, un lèche-bottes, un opportuniste égoïste, un enculé et un traître.

Mais je ne voudrais pas te descendre pour autant. Je ne le dirais même pas à la blague. C'est ça la plus grande différence entre toi et moi, Lulu.

Pauvre con...




Trouvé ici.


3 octobre 2017

Écouter les parents

Les enseignants devraient écouter davantage les parents.

Ceci peut sembler être une banale évidence, mais pour la vaste majorité de mes collègues, ça ne l'est pas.

Lorsqu'un parent formule une critique à propos de ce qui se passe à l'école, la plupart des enseignantes de primaire que j'ai connues (j'utilise le féminin parce qu'elles sont très majoritairement - mais pas exclusivement - des femmes) ont ces deux réactions viscérales:

1- Elles se sentent immédiatement attaquées. Comme si le commentaire du parent était une accusation d'incompétence. Elles sont insultées et pestent contre le parent qu'elles décrivent comme une espèce d'agresseur complètement déraisonnable.

2- Elles sont immédiatement sur la défensive. Elles diront habituellement des trucs du genre "Elle ne viendra pas me dire comment faire ma job celle-là" ou "Ce n'est pas parce qu'elle a élevé une paire d'enfant qu'elle connait quoi que ce soit à la pédagogie."

Ce que ces réactions révèlent, au fond, c'est une très profonde insécurité, une absence totale de souplesse et un cruel manque d'imagination.

Et, évidemment, ce qui est tragique, c'est que dans ces réactions exagérément émotives, le contenu du commentaire du parent n'est jamais regardé et évalué posément. C'est très malheureux parce que les parents ont souvent des suggestions qui mériteraient d'être entendues.

Pas toujours, mais souvent.

Les enseignantes reprochent souvent aux parents de ne s'intéresser qu'à leurs enfants à eux et de ne pas prendre en considération l'intérêt des autres enfants du groupe. C'est parfois vrai, mais c'est également parfaitement compréhensible. Le parent n'a pas à se soucier d'enfants qu'il ne connait pas, c'est le rôle du prof, ça. Le parent est d'abord et avant tout présent pour le bien de son propre enfant. C'est son rôle et sa responsabilité. Et c'est justement ce qui fait toute la pertinence de son intervention.

Parce que les enseignants vont souvent pécher à l'autre extrême: ils tendent à demeurer insensibles aux besoins des individus pour voir le groupe comme une entité homogène. Il n'est pas rare d'entendre un prof parler du "groupe" et de lui assigner des qualificatifs comme si tous les membres qui le constituent sont semblables ou pareils.

Le parent vient rectifier cette vision. Le point de vue individualiste du parent est nécessaire pour contrebalancer la vision collectiviste du prof. Le bien-être du groupe et des individus qui le composent se trouve dans une saine négociation entre des considérations individualistes et collectivistes. La voix du parent mérite donc d'être entendue.

Et c'est toujours ce que j'essaie de faire. Et je le dis aux parents lors de la première rencontre de l'année. Je ne suis pas omniscient, je peux me tromper ou ne pas apercevoir tout ce qui se passe. Je dis aux parents que j'ai besoin de leurs commentaires et que je ne prendrai pas leurs critiques comme des attaques personnelles.

Permettez-moi de vous raconter un anecdote qui m'est arrivé pas plus tard que la semaine dernière.

Comme je l'expliquais dans ce billet, j'utilise le système Classcraft en classe. Essentiellement, il transforme le fonctionnement de ma classe en jeu de rôle. Les jeunes ont chacun un avatar, ils sont regroupés en clans et les exercices de français et de maths deviennent des combats contre des monstres. Les élèves adorent ça.

Depuis que j'utilise ce système, j'ai remarqué qu'ils coopèrent davantage et ceci renforce grandement les liens entre eux, ainsi que leurs habiletés sociales. L’isolement de certains élèves est brisé et tout le monde devient un joueur actif et important pour les autres. L’implication et la motivation des élèves sont grandement rehaussées. Les élèves habituellement passifs décuplent leurs efforts afin de ne pas pénaliser leurs coéquipiers.

De mon point de vue collectiviste de prof, tout est absolument génial.

Toutefois, pour certains élèves, ce système peut être une source de frustration. C'était le cas de Fritz, un petit gars dans ma classe qui a eu le malheur de se retrouver en équipe avec Luc. Fritz est toujours à son affaire, il fait minutieusement le travail demandé, tout est impeccable. Luc, lui, est tout le contraire. Il ne s'applique pas, ses devoirs ne sont presque jamais faits, son comportement en classe est très perturbateur et il doit être régulièrement rappelé à l'ordre.

Luc perd donc des points dans le jeu Classcraft. Et lorsque son personnage n'a plus de points et qu'il "tombe au combat", ses coéquipiers en subissent également les conséquences. Ça les fait chier. Et c'est très compréhensible. Luc a eu la possibilité de se reprendre en main, mais il choisit de ne pas le faire et ses coéquipiers sont de plus en plus exaspérés.

La mère de Fritz m'a donc écrit pour critiquer le fonctionnement du jeu et me dire qu'il avait des conséquences négatives sur la motivation de son fils. Elle voulait carrément que les équipes soient abolies afin que son fils ne soit pas pénalisé pour les mauvais comportements des autres.

Au lieu de m'offusquer et de me sentir attaqué, j'ai lu le message de la mère, J'y ai réfléchi. Et j'ai trouvé qu'il y avait du vrai dans ses propos. Je comprends que son fils puisse être démotivé par ce qui se passe. Toutefois, j'ai trouvé qu'elle allait trop loin en demandant l'abolition des équipes. J'y vois plus d'avantages que de désavantages.

J'ai donc réévalué et modifié mon fonctionnement. J'ai discuté du jeu avec les élèves et tous ensemble, nous avons mis en place un protocole de congédiement. Ainsi, lorsqu'un membre du clan fait subir des conséquences négatives à ses coéquipiers trois fois, ces derniers peuvent voter pour décider s'ils lui donnent une autre chance ou s'ils l'expulsent. Dans ce second cas, l'élève se retrouvera donc seul et dépourvu de la protection d'un clan.

J'ai également modifié les conséquences qui surviennent lorsqu'un élève "tombe au combat". J'ai éliminé les conséquences "dans le vrai monde" pour privilégier celles qui sont virtuelles et qui restent à l'intérieur du jeu.

Bref, j'étais sincèrement reconnaissant que cette mère prenne le temps de m'écrire puisque, grâce à elle, j'ai la conviction que mon fonctionnement de classe est amélioré. En bout de ligne, tout le monde est gagnant.

Je lui ai répondu poliment et je l'ai remerciée de son commentaire. Je lui ai expliqué quelles étaient les modifications qui étaient mises en place. Je lui ai expliqué l'effet très positif de l'existence des équipes.

Elle était tout à fait emballée de ma réponse et ravie de voir que j'avais modifié le fonctionnement de la classe à la lumière de ses commentaires.

Tout ça parce que j'ai pris le temps d'écouter une mère à la place de me refermer comme une huître et de jouer à la victime.

Ça vaut la peine, vous ne trouvez pas?



L'argument du "discours haineux"

Le fameux argument du "discours haineux" (hate speech) est démantelé avec brio par le Youtubeur Counter Arguments:



D'autres vidéos du même auteur:

La religion est une langue?

L'argument-clé de Resa Aslan



Trump expliqué par Victor Davis Hanson




Alan Watts

H.P. Lovecraft à propos de la religion

2 octobre 2017

L'autre violence conjugale

Dans cet épisode de TQIYADH, Olivier Kaestlé s'entretient avec le psychologue Yvon Dallaire et les idées préconçues à propos de la violence conjugale passent un très mauvais moment.

Une femme qui parle de la violence qu'elle subit reçoit aide et soutien. Un homme qui fait la même chose perd son statut d'homme.

Absolument fascinant.

À lire également sur ce sujet:

La vérité sur la violence conjugale

La violence conjugale contre les hommes est en hausse

La violence contre les hommes explose

"Les hommes sont tout aussi nombreux à être victimes"



Elles se vantent d'avoir agressé leur conjoint

La violence des femmes

La violence des filles

Le silence des victimes masculines

Jagmeet Singh

L'élection de M. Singh à la tête du NPD soulève plusieurs questions qui méritent d'être explorées. C'est ce que fait Robin Philpot dans cette entrevue avec Jooneed Khan.

Quelle est l'origine de cet engouement des Canadiens anglais pour les Sikhs? La réponse à cette question trouve ses racines dans la collaboration active des Sikhs au projet colonial britannique en Inde.

M. Singh et les quatre ministres sikhs du gouvernement Trudeau sont-ils en faveur de l'établissement du Khalistan, un état théiste indépendant en Inde? Et si c'est le cas, comment peuvent-ils réconcilier ce désir de voir émerger une théocratie sikhe avec leur rôle dans le gouvernement d'un état laïque? Sont-ils des alliés ou des opposants de la laïcité?

M. Singh s'opposerait-il à une charte de la laïcité québécoise? Souhaite-t-il que le kirpan soit admis encore plus qu'il ne l'est déjà?

Pourquoi le premier ministre du Punjab refuse-t-il obstinément de rencontrer les quatre ministres sikhs du gouvernement Trudeau?

Pourquoi Jagmeet Singh est-il interdit de séjour en Inde?

Comme le mentionne Olivier Kaestlé dans ce billet, le problème n'est pas du tout l'origine ethnique de ces politiciens, mais bien l'idéologie très militante à laquelle ils souscrivent.



1 octobre 2017

Richard Poulin versus le patriarcat

Cet article me rappelle subitement pourquoi j'ai arrêté de lire Le Devoir.


En voici quelques indigestes extraits:

Le meurtre de Véronique Barbe n’était ni un drame conjugal ni un drame passionnel. Son conjoint Ugo Fredette a été formellement accusé de meurtre non prémédité lundi dernier. « C’est une violence masculine, il ne s’agit pas du tout de violences égales entre un homme et une femme dans un couple », statue sans détour Richard Poulin.

Une violence MASCULINE. Wow. Voyons voir.

Cette affirmation peut être interprétée de deux façons.

Premièrement, on pourrait comprendre que le meurtre d'un(e) conjoint(e) est une "violence masculine" parce qu'elle est exclusivement masculine et que seuls les hommes la commettent. Or, c'est faux. Des femmes qui agressent et qui tuent, tant leurs conjoints que leurs enfants, ça existe. On sous-estime toujours la violence des femmes et le nombre de victimes masculines. Vous voulez des exemples? Cliquez sur les liens ci-dessous:

CriminELLES
CriminELLES II
La violence contre les hommes explose
Elles se vantent d'avoir agressé leur conjoint
La violence des filles
Le silence des victimes masculines

La deuxième interprétation possible est que cette violence est "masculine" parce qu'elle se retrouve au coeur de ce qu'est un homme. Si c'est ce qu'affirme M. Poulin, alors il nage en plein délire. Est-il vraiment nécessaire de rappeler que la vaste majorité des hommes n'agressent personne et n'ont jamais tué qui que ce soit? Apparemment, oui.

Bref, interprétez-la comme vous voulez, cette affirmation de "violence masculine" demeure gratuite et tient davantage de la diabolisation que de la réalité.

En passant, ceci est devenu une tradition médiatique. À chaque fois qu'un homme tue sa conjointe, on trouve toujours un pignouf pour venir faire porter le blâme du monstrueux geste à tous les hommes. L'exemple de Lise Payette me vient à l'esprit.

Le meurtre n’était donc pas « intime », et encore moins « familial », ces deux mots occultant les rapports sociaux de sexe. Pourquoi alors gommer le fait que la violence dans les couples est presque toujours subie par des femmes et perpétrée par des hommes ? La violence masculine doit être énoncée, pour être dénoncée.

La violence elle-même doit être énoncée et dénoncée, point final. Le sexe de la personne qui agresse est d'intérêt secondaire. Les hommes et les femmes sont capables d'agresser, de violenter et de tuer. Faire comme si le problème est uniquement masculin est contre-productif. Cela isole les victimes masculines, exacerbe la détresse de certains hommes et fait passer les femmes agresseuses sous le radar. C'est complètement inacceptable.

« Nous avons été si bien socialisés, conditionnés, qu’on pense à un crime passionnel. Mais quand un homme tue sa femme, c’est l’inverse. C’est l’expression d’une jalousie pathologique liée au fait que sa femme lui appartenait. » Et que, par conséquent, le quitter était inacceptable, poursuit M. Poulin, patiemment.

Méfiez-vous des gens qui croient pouvoir lire les pensées des autres. C'est ce que fait M. Poulin ici. A-t-il rencontré l'assassin? Lui a-t-il parlé? Comment peut-il connaître ses motivations? Je n'ai certainement pas ses prétentions.

Ce que je sais, par contre, c'est que la problématique qui est décrite ici n'est pas exclusivement masculine. Des femmes possessives et pathologiquement jalouses qui croient que leur conjoint leur appartient et qui n'acceptent pas une rupture, ça existe. Je sais malheureusement de quoi je parle.

Tout le monde doit apprendre que l'autre n'est pas une possession, pas seulement les hommes.

Aussi patiemment qu’il déshabille le patriarcat de ce genre d’habits de camouflage dans son dernier livre. Une culture d’agression éclaire ces angles morts de la domination masculine. Il est le résultat de trois décennies de recherche du professeur émérite de sociologie à l’Université d’Ottawa et à l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM.

Patriarcat? Domination masculine? Culture d'agression?

Sur quoi se base-t-il pour affirmer une chose aussi grossière? Sur le fait que les médias parlent de crime "passionnel", "familial" ou "intime" au lieu de violence "masculine"? L'utilisation d'un adjectif à la place d'un autre serait-il suffisant pour accuser toute une société d'être un patriarcat sexiste?

Quiconque conserve un lien avec la réalité voit bien que les accusations sont grossières et exagérées. La vaste majorité des hommes n'agressent ni ne tuent personne. La vaste majorité des hommes voient d'un très mauvais oeil leurs congénères qui sont violents. Ils les qualifieraient sans hésiter de brutes et de monstres. Les hommes violents sont une déviance, ils ne sont pas la norme.

C'est hallucinant que je sois obligé de dire des choses aussi évidentes.

Le sociologue retisse ainsi un fil d’Ariane entre la prostitution, la pornographie et les tueries. Celui de l’envie des hommes d’exercer un pouvoir sur les femmes, un désir d’ « appropriation patriarcale de l’autre » qui constitue un élément fondamental de cette dynamique.

Wow. Il y a un lien entre la prostitution, la porno et les tueries? Fascinant... par où commencer pour déconstruire ça?

Commençons avec la prostitution. Pour M. Poulin, ce n'est rien d'autre qu'un désir masculin d'exercer un pouvoir sur les femmes et de s'approprier l'autre. I say bullshit! Je n'ai jamais moi-même fréquenté de prostitués, mais plusieurs lectures m'ont fait réaliser que beaucoup d'hommes qui le font souhaitent simplement goûter à un peu de cette tendresse et de cette intimité qui sont absentes de leur vie. Ils essaient de briser leur isolement et de connecter avec un autre être humain de la manière la plus (physiquement) intime qui soit. Bref, ce ne sont pas des monstres, mais des hommes souffrants, seuls, malheureux et isolés qui vivent de la détresse. Si M. Poulin n'était pas si occupé à les diaboliser, il se surprendrait peut-être à réaliser qu'ils ont besoin d'aide.

Évidemment, je ne dis pas que TOUS les hommes qui fréquentent des prostitués correspondent au profil que je dresse ici. Contrairement à M. Poulin, je ne suis pas un absolutiste qui met tous les hommes dans le même panier. La psychologie explique mieux que moi que les motivations de ces hommes sont très diverses.

Vient ensuite la porno qui serait, encore une fois, une manifestation de ce désir masculin d'exercer un pouvoir sur les femmes et de s'approprier l'autre. Rien d'original ici. Tout comme le faisait Miss Me il y a quelques jours, l'objectif est clairement de diaboliser la sexualité des hommes et de la dépeindre comme quelque chose de malsain et de dangereux. Or, c'est idiot pour plusieurs raisons. Premièrement, les femmes consomment de la porno aussi. Deuxièmement, la masturbation est une activité tout à fait normale, n'en déplaise à nos nouveaux curés féministes. En fait, une étude vient de nous apprendre que cette occupation est même très saine et qu'elle permettrait de réduire les chances d'avoir le cancer de la prostate. Troisièmement, si certains hommes regardent peut-être de la porno afin d'assouvir un fantasme de "pouvoir", sur quoi s'appuie-t-il pour affirmer que c'est le fait de tous les hommes ou même d'un majorité significative d'entre eux?

Finalement, le lien entre prostitution, porno et tueries est totalement gratuit. M. Poulin peut-il établir une corrélation entre la fréquentation de prostitués, la consommation de porno et les meurtres? Bien sûr que non. La quasi-totalité des hommes qui s'adonnent à ces activités ne tuent jamais qui que ce soit de leur vie. On n'est pas en science ici, on nage dans les perceptions misandres de M. Poulin.

Le fil conducteur tourne aussi autour de la femme-objet, ce faire-valoir soumis aux fantaisies des hommes, à qui s’adressent au premier chef — et de loin — les productions pornographiques actuelles. Mais pas seulement. Objectifier les femmes permet tantôt de les échanger comme des commodités « dans une économie vaginale industrialisée et mondialisée », au coin de la rue ou en ligne, tantôt de violenter, voire tuer, « une chose qui nous appartient ».

Nous vivons dans une "économie vaginale industrialisée"? Non mais sans blague, là! Suis-je le seul qui se rend compte que le bonhomme délire complètement?

Nous vivons dans une société où les femmes bénéficient de tous les mêmes droits que les hommes. De plus, je soupçonne que le recours à la prostitution demeure un phénomène très marginal dans notre société. J'utilise le verbe "soupçonner" parce que je ne trouve pas de chiffres fiables sur ce phénomène. C'est souvent le cas pour des activités illégales.

Bref, tout ça pour dire que la description de M. Poulin serait peut-être appropriée pour certaines sociétés ou certaines époques, mais elle est totalement inadéquate pour décrire le Québec contemporain.

Finalement, n'en déplaise à nos ardents féministes, il est parfaitement possible d'admirer l'apparence d'une femme ou même de ressentir du désir pour elle sans nécessairement "l'objectifier", c'est-à-dire la réduire au statut d'objet inanimé. Cette adéquation misandre vise, encore une fois, à diaboliser injustement la sexualité masculine.

Tirer à boulets rouges sur tous les flancs du patriarcat n’est pas une mince entreprise. 

J'imagine. La chasse aux licornes et aux yétis n'est pas de tout repos, elle non plus.

La grande force du professeur Poulin est cependant de mettre en évidence le système qui sous-tend la « culture d’agression » envers les femmes. Une expression utilisée ici dans un sens plus large que « culture du viol », idée discutée dans la foulée d’une vague de dénonciations d’agressions sexuelles l’automne dernier.

C'est ça sa "grande force"?

Lancer des affirmations gratuites qui sont incompatibles avec la réalité est une grande force?

Bienvenue dans le merveilleux monde des sciences sociales en 2017!

En passant, permettez-moi de vous rappeler brièvement que la soi-disant "culture du viol" est un mythe ridicule:

Un vent de raison et d'espoir
"Les boys, on a besoin de se parler"
Enseignons aux petits garçons à ne pas violer!
Quelle culture du viol?
La vraie culture du viol

Que voulez-vous, je suis incapable de faire fi de la réalité comme le fait M. Poulin. C'est ma grande faiblesse. C'est sans doute pour cette raison que mes propos ne sont pas les bienvenus dans Le Devoir.

Les femmes, construites socialement « en objets de désir, non en sujet de parole », écrit-il, à qui l’on demande par exemple si la prostitution est une activité comme une autre. « Je ne sais pas pourquoi on dit que les femmes ont choisi librement et rationnellement la prostitution, alors qu’on ne dit jamais qu’une personne a choisi d’être un homme de ménage. La majorité de la population n’a pas un travail gratifiant. Est-ce qu’on se demande si les autres personnes ont choisi leur travail, qu’il soit plate, harassant ou pénible ? » La question est tout simplement hors de propos.

Premièrement, des prostitués qui aiment leur job, ça existe. Je ne dis pas que c'est le cas de tout le monde, évidemment. Je dis simplement que, une fois de plus, M. Poulin tombe dans la généralisation abusive.

Deuxièmement, ce n'est pas parce que M. Poulin juge tel ou tel métier "plate, harassant ou pénible" que tout le monde pense comme lui. Moi, par exemple, je ne voudrais pas être concierge, mais le type qui fait le ménage de mon école est un gars très heureux, jovial et satisfait. Il me regarde avec ma gang de p'tits monstres et il ne m'envie pas une maudite seconde.

S'il sortait de sa bulle occasionnellement, M. Poulin serait sans doute renversé d'apprendre que dans le vrai monde, tout le monde ne pense pas exactement de la même façon.

Finalement, les femmes étaient peut-être "construites socialement en objets de désirs" qui doivent se taire dans certaines classes sociales, à une autre époque. C'est sans doute encore le cas dans certaines cultures. Mais ce n'est certainement pas le cas aujourd'hui, au Québec.

C’est un commerce aujourd’hui normalisé dans plusieurs pays, où les statistiques de « clients-prostituteurs » explosent, signale Richard Poulin. « Ce qui importe aux yeux des prostituteurs, c’est que les femmes ne tiennent pas compte de leurs propres désirs, de leurs exigences et de leurs sentiments personnels. Dans les bordels, seul le prostituteur est libre. »

Toujours des stéréotypes... M. Poulin ne voit que ça. Les prostitués ne sont pas toutes des esclaves. Évidemment, je veux qu'on vienne en aide à celles qui le sont, mais je veux également qu'on laisse les adultes sains d'esprit faire ce qu'ils veulent de leur corps.

(...) « La pornographie est devenue tellement banale que ceux qui réfléchissent sur ce sujet passent pour des puritains », déplore M. Poulin. Et pourtant, la porno comme la prostitution « enferment les sexualités dans des schémas patriarcaux plutôt que de les libérer. La libération sexuelle n’est pas la même chose que la libéralisation ».

Et la porno qui dépeint des hommes dominés, humiliés, enchaînés et frappés par des dominatrix, je suppose que c'est correct, ça? C'est positif parce que ça nous libère des "schémas patriarcaux"? C'est juste mal quand c'est Madame qui joue le rôle de la soumission, c'est bien ça?

(...) Sorte de recensement de ses études féministes sur trois sujets principaux, le livre constitue par ailleurs un retour pour le professeur Poulin, qui a dû plusieurs fois mettre de côté ces thèmes au cours de sa carrière. « Je suis devenu fou », confie-t-il.

Très soulagé de constater que vous l'ayez réalisé par vous-même, cher Monsieur.

Bon, je vous laisse, je n'ai pas que ça à faire, moi!

En bon homme qui se respecte, je dois maintenant aller regarder des films dans lesquels des femmes se font violer, me taper quelques putes-esclaves et tuer deux ou trois femmes avant le souper. Elles ne sont que des objets inanimés après tout, comme chacun sait. Elles n'ont aucun droit. Et ce qu'il y a génial, c'est que, puisque nous vivons dans un patriarcat, une culture d'agression et une économie vaginale industrialisée, rien de tout ceci ne fera sourciller qui que ce soit! Personne ne s'en surprendra une seule seconde! C'est la norme dans notre société! C'est M. Poulin  qui le dit!

Coucou! Coucou! Coucou!



30 septembre 2017

Des féministes PERTINENTES!!!

Ces dernières années, j'ai écrit de nombreux billets antiféministes sur ce blogue.

Mais la colère et l'indignation que je ressens n'est pas à l'égard des gens qui se disent féministes, et certainement pas à l'égard des femmes en général... ces sentiments sont provoqués par les propos que tiennent ces gens, des paroles souvent haineuses et empreintes de misandrie, de malhonnêteté et de paranoïa.

Et pendant tout ce temps, je me promettais bien que si un jour je trouvais enfin des féministes contemporaines qui ont quelque chose d'intelligent à dire, je m'empresserais de parler d'elles.

L'attente a été longue, mais aujourd'hui est le grand jour. Et le plus merveilleux, c'est qu'il ne s'agit pas d'une seule féministe, mais de tout un panel de femmes qui ont une solide tête sur les épaules!

L'événement rarissime mérite d'être souligné.

Extraits de ce texte d'Annie-Ève Collin:


(...) Djemila Benhabib est une militante courageuse, qui n’a jamais baissé les bras malgré les attaques vicieuses qu’elle reçoit aussi bien de la part des islamistes que de la part d’une certaine frange de gauche (enfin, autoproclamée de gauche) qui la diabolise sans arrêt. Ces soi-disant gauchistes ont fait des musulmans les victimes par excellence de l’oppression en Occident, y compris au Québec, et montent aux barricades dès que des éléments liés à l’islam sont dénoncés. Sans s’en rendre compte, en défendant les musulmans conservateurs et même les intégristes, ils sont loin de défendre l’ensemble des musulmans. Ils correspondent très bien à ce que Maajid Nawaz a baptisé la gauche régressive : des Occidentaux de gauche qui critiquent sans problème les discriminations telles que le sexisme, l’homophobie, l’intégrisme religieux lorsqu’elles sont le fait d’Occidentaux de culture chrétienne, mais refusent que l’on critique les mêmes discriminations lorsqu’elles sont le fait de musulmans, supposément parce que ce serait de l’islamophobie, du racisme contre les Orientaux, du colonialisme occidental. 

(...) Djemila a fait un travail superbe pour organiser et animer le panel. Ses questions aux conférencières étaient très pertinentes, elle a su rassembler des femmes dont chacune avait des éléments différents à apporter sur le sujet du féminisme, de sorte que le colloque n’a à aucun moment été redondant. 

(...) Louise Mailloux, une militante pour la laïcité dont la rigueur intellectuelle n’est plus à prouver – en fait foi d’ailleurs le fait que ses détracteurs passent beaucoup plus de temps à l’injurier qu’à répondre à ses arguments – nous a gratifiés d’un exposé sur l’histoire des relations entre le féminisme et la religion. En effet, les luttes féministes se sont toujours faites en opposition avec la religion. C’est en opposition avec l’église catholique que les Occidentales ont gagné l’égalité de droits avec les hommes. Les religions abrahamiques sont claires dans leurs textes fondateurs à l’effet que la femme est faite pour être subordonnée à l’homme, et cela est aussi vrai pour l’islam que pour le christianisme. Ainsi, un féminisme islamique n’est guère plus pertinent que ne le serait un féminisme catholique. C’est avec le calme rationnel qu’on lui connaît que Louise a expliqué pourquoi le féminisme est indissociable de la laïcité, et que ce qui se donne le nom de féminisme islamique est en réalité une défense du voile et de l’islam, certainement pas une défense des femmes. 

(...) Nadia El-Mabrouk (...) a aussi participé à l’écriture d’un ouvrage collectif critiquant le cours Éthique et culture religieuse (ECR), que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire. Elle nous a offert un discours intéressant sur le problème que pose le fait de faire porter le voile à des fillettes. En effet, comment peut-on parler de choix libre et éclairé quand on impose quelque chose à des enfants qui n’ont même pas la maturité d’évaluer les pratiques religieuses et de se situer par eux-mêmes par rapport à celles-ci, sachant par ailleurs qu’il est difficile de se défaire, une fois adulte, de ce qu’on nous a inculqué dans l’enfance? Elle nous a éclairés sur l’oppression que le voile implique pour les fillettes : d’abord, seules les fillettes musulmanes se retrouvent stigmatisées par un vêtement montrant à tous les autres leur appartenance religieuse, puisque les garçons musulmans n’ont pas à porter de vêtement distinctif. De plus, cela exclut les fillettes de la baignade, en plus de nuire à leurs mouvements, restreignant leur liberté de jouer comme les autres enfants (il ne faut pas oublier que le voile islamique ne couvre pas simplement les cheveux et le cou : il s’accompagne de l’obligation de tout couvrir sauf le visage et les mains). Et que dire du fait d’imposer à une petite fille de s’emmitoufler par des journées de canicule, en lui présentant son propre corps comme une obscénité qui doit être cachée pour ne pas éveiller le désir des garçons? 

(...) depuis son passage à Tout le monde en parle, Nadia El-Mabrouk se fait elle aussi critiquer par la gauche régressive. (...) Ces soi-disant gauchistes parleraient certainement de culture du viol si des Occidentaux faisaient reposer sur les femmes la responsabilité d’éviter de susciter le désir des hommes par leur habillement. Mais quand ce sont des musulmans qui font cela, et à des fillettes en plus, là il faut respecter leurs croyances et leurs coutumes. 

(...) Neda Topaloski nous a parlé des FEMENS, dont elle fait partie. Je ne m’étais jamais vraiment intéressée à ce mouvement, aussi Neda m’a appris des nouvelles choses, notamment la raison pour laquelle les FEMENS prennent pour moyen de communication l’écriture de slogans sur leur poitrine nue. (...) J’ai été interpelée par son principe à l’effet qu’il y a un acte féministe fondamental dans le fait, pour des femmes, d’utiliser elles-mêmes leur corps : celui-ci n’est pas dénudé pour être un objet au bénéfice des hommes, mais pour être un moyen de communication pour les femmes. Les FEMENS refusent l’objectivation et lui opposent l’imposition de la femme comme sujet. 

(...) Pour ma part, j’avais prévu montrer que le féminisme intersectionnel repose sur de la pseudo-science sociale, pour ensuite m’inspirer du concept de racisme inversé de Maajid Nawaz, afin de montrer que le féminisme intersectionnel mène au sexisme inversé, c’est-à-dire blâmer les femmes qui promeuvent les intérêts des femmes, et ce en s’appuyant sur des prétentions de féminisme. 

(...) Pour finir, Stéphanie Codsi nous a offert l’exposé qui était certainement le plus scientifique de la soirée, et il y avait de quoi, puisque son sujet était la place des femmes en sciences. (...) Comment faire pour intéresser les filles à la science et leur faire entendre qu’elles peuvent être douées pour en faire? Leur présenter des modèles de femmes scientifiques serait certainement un excellent début, comme le faisait remarquer Stéphanie, qui mentionnait par ailleurs que des femmes ont fait de la science depuis longtemps, mais qu’on ignorait pour ainsi dire leurs contributions. 

(...) J’aimerais par ailleurs glisser un mot de l’intervention de Michèle Sirois, présidente de Pour les droits des femmes au Québec, anthropologue et ancienne professeure de sociologie. Elle a fait valoir fort justement qu’on oubliait la méthodologie qui doit s’appliquer en sciences sociales. La commission sur le racisme systémique sera basée, non pas sur des données empiriques, des statistiques, le résultat d’études et d’enquêtes, mais sur des témoignages. Autrement dit, cette commission reposera sur le même type de pseudo-science sociale que le féminisme intersectionnel. 

(...) Pour finir, je ne me priverai pas du plaisir d’adresser une pointe aux féministes intersectionnelles, (...) Ce colloque valait beaucoup mieux que vos panels minables où on n’entend que des femmes qui parlent d’elles-mêmes et où vous censurez pendant la période de questions. Votre idéologie à deux balles ne devrait pas avoir sa place à l’université. Je vais paraphraser Richard Dawkins, un de mes idoles (...) : quand on a besoin d’un safe space, on ne va pas à l’université, on reste dans son lit avec un nounours en peluche et on suce son pouce. 

Quand vous serez prêtes à apprendre quelque chose et à faire face à l’échange d’idées, vous irez à l’université. Et peut-être qu’alors, vos panels auront de l’intérêt sur le plan intellectuel. D’ici là, ce sont des séances de pleurnichage et rien d’autre. J’ajoute qu’il est assez éloquent que l’opposition agressive à notre colloque ne soit pas venue de personnes qui critiquent ouvertement le féminisme (il y en avait d’ailleurs plusieurs dans l’audience, et ces personnes nous ont écoutées respectueusement), mais bien de vous : vous êtes aussi utiles à l’émancipation des femmes qu’une cuillère de bois est utile pour débarrer une porte.



Le déclin des Simpson

Peter Singer à propos du pacifisme

Iron Man #232 (1988)

1- la couverture originale de Barry Windsor-Smith
2- le "color guide"
3- une recréation par Barry Windsor-Smith (1999)
4- une recréation par Bob Layton (2014)






Scott Richard II




D'autres oeuvres ici.

Trouvé ici.


29 septembre 2017

LE MANS : LA COURSE A LA MORT DE L'AN 1955



Aujourd'hui, 25 septembre, en jetant un œil au site de « La Presse », je suis tombé sur cet article : «63 ans après l'hécatombe du Mans, la course auto reviendra en Suisse ».

Cet article m'a remis en mémoire un excellent documentaire que j'ai vu il y a quelques années sur la chaine française « France 3 » intitulé : « La course à la mort : les 24 heures du Mans 1955 » (2012) écrit et réalisé par Cédric Condom.

Ce documentaire qui mélange images d'époques, témoignages de survivants et images d'animation se regarde comme un thriller ou un film catastrophe.

Pour écrire cet article, je me suis également basé sur un documentaire de la chaine franco-allemande « Arte ». Ironiquement, cette œuvre signée Thomas Ammann porte pratiquement le même titre que la précédente : « Le Mans 1955 : La course de la mort » (2011).

Les deux documentaires se recoupent très bien et apportent de nombreux et très intéressants témoignages sur ce qui représente à ce jour, le plus grand drame de l'histoire de la compétition automobile.

Attention, certaines images et commentaires peuvent choquer.

Pour ceux qui ne la connaissent pas, la course des 24 heures du Mans est une épreuve d'endurance créée en 1923 dans la ville du même nom dans la Sarthe, en France. Elle est considérée comme l'une des courses les plus prestigieuses au monde avec le Grand Prix de Monaco et les 500 miles d'Indianapolis. C'est une création de l'Automobile Club de l'Ouest.

Bien que la course en elle-même ne se déroule que sur une période de 24 heures (d'où son nom), en comptant les nombreuses animations autour de celle-ci, on se trouve face à près de trois semaines de festivités. Autour de l'épreuve on a d'ailleurs une fête foraine, des séances de dédicaces, défilés, expositions, etc.

Dixit Wikipedia: « La piste, mesurant 13,629 km, emprunte une partie du circuit Bugatti et comporte une grande partie de route nationale. Les passages les plus célèbres sont les virages du Tertre Rouge, Mulsanne, Arnage et la ligne droite des Hunaudières, longue de presque 6 km où les prototypes maintenaient auparavant une vitesse de près de 400 km/h pendant une minute. Cette portion du circuit a été divisée en trois lignes droites par l'installation de deux chicanes en 1990. »

Les premières « 24 heures » eurent donc lieu en mai 1923 et furent remportées à l'époque par les Français André Lagache et René Léonard sur une Chenard & Walker. « Ils couvrirent 128 tours à la moyenne de 92,064 km/h. » (Wikipedia).

Toutefois, années après années, les bolides devenaient toujours plus puissants et plus rapides. En 1939, dernière épreuve avant la guerre, ceux-ci roulaient à plus de 139 kilomètres/heures de moyenne. En 1950, un an après la reprise de l'épreuve, on dépasse les 144 kilomètres/heures. En 1951, 150. En 1952, 155. En 1953, on bondit à 170 kilomètres/heures et quatre véhicules dépassent la limite des 4 000 kilomètres parcourus, toujours sur le même circuit, à peu de choses près dans les mêmes conditions.

Pourtant, d'après un article de de Claude Bouchet pour « France 3 Régions » : « (...)le Circuit des 24 Heures était déjà considéré comme "la référence" en matière de sécurité à l'époque (...). Il était doté d'un talus et d'une voie de sécurité, de chaque côté de la piste, alors que nombre de courses prestigieuses se disputaient encore entre des bottes de paille. »

Dans les faits, la piste est jugée trop étroite (elle ne fait que neuf mètres de large au niveau des stands). Les barrières sont trop proches de la piste et le public – qui peut approcher jusqu'à un mètre de celle-ci - est indiscipliné. On peut voir des gens installés sur des caisses, des échelles, dans les arbres, etc. En ligne droite, les véhicules les plus rapides atteignent les 300 kilomètres/heures, leurs pneus sont jugés trop étroits et les volants énormes. Le pilote brésilien Hermano da Silva Ramos qui participera au 24 heures 1956 et 1959 déclarera que « dans la ligne droite du Mans, on y passait deux minutes et on avait le temps de réfléchir, d'écouter les bruits du pont, de la boîte et tout. Nous, on n'avait pas les rails de sécurité sur le côté. Il y avait des pins partout, ce qui fait que si vous sortiez de la route, ou si vous explosiez un pneu ou vous cassiez quelque chose, les arbres ils étaient pour vous. Si vous ratiez le premier, vous aviez droit au second. Donc c'était un endroit très dangereux et on avait le temps de réfléchir à ce qui pouvait se passer et il se passait très souvent quelque chose. »

1955 : Trois équipes sont jugées grandes favorites : Ferrari, Jaguar et Mercedes.

La Scuderia est la tenante du titre et engage trois Ferrari 121 LM dont l'une est copilotée par Maurice Trintignant, oncle de l'acteur Jean-Louis Trintignant. Elles sont équipées d'un moteur de 4,4L, 6 cylindres de 330ch malheureusement considéré comme fragile.

Jaguar présente également trois véhicules, des Types D « Long Nose » (la version usine) et « Short Nose » (la version de course privée), œuvre du designer Malcolm Sayer. Le moteur XK de 3,8L répartis sur 6 cylindres offre 241ch. Il est moins puissant que celui de la Mercedes, mais la Jaguar est plus légère. D'autres part, elles sont équipées d'un système de freinage unique : le frein à disque moderne. Battue de peu l'année précédente avec ce modèle, Jaguar a triomphé en 1953 avec sa type C. Parmi les pilotes engagés, Jaguar peut compter sur Mike Hawthorn qui s'est fait remarquer cette même année lors des 12 heures de Sebring. Tous ses pilotes sont britanniques et l'écurie est dirigée par le fort justement dénommé « Lofty » England.

Pour Hawthorn, c'est l'occasion de se distinguer au volant d'une voiture britannique. L'année précédente, il a été victime d'une violente campagne médiatique de la part des tabloïds qui lui ont reproché d'avoir négligé ses obligations militaires pour se couvrir de gloire en faisant gagner des voitures étrangères (il a été réformé pour insuffisance rénale chronique). Il remplace Stirling Moss, parti chez Mercedes.

Justement, 1955 marque le retour de l'écurie Mercedes avec ses fameuses « flèches d'argent » victorieuses en 1952 mais absentes depuis deux ans. La firme de Stuttgart met en avant trois bolides Mercedes-Benz 300 SLR basées sur la W196 dominatrice en Formule 1. Le moteur 3,0L à 8 cylindres de la 300SLR développe 310ch. La voiture, dessinée par l’ingénieur Rudolf Uhlenhaut aidé d’une armée d’ingénieurs, est carrossée en un alliage de magnésium sur un châssis en aluminium et ne pèse que 880kg. L'équipage vedette est incontestablement le duo Juan-Manuel Fangio (double champion du monde de Formule 1) et Stirling Moss, pilote jugé très prometteur et qui a déjà permis à la 300 SLR de triompher au « Mille Miglia ». Par ailleurs, le public français aura les yeux fixés sur la numéro 21, pilotée par l'Allemand Karl Kling et le Français André Simon, mais surtout sur la numéro 20, pilotée par l'Américain John Fitch et le Français Pierre Levegh, de son vrai nom Pierre Eugène Alfred Bouillin.

Ce dernier a quarante-neuf ans et ne devrait pas être là. Mais nous sommes en pleine période de réconciliation franco-allemande. L'année précédente a été marquée par une manifestation de réconciliation d'étudiants franco-allemands à Strasbourg. Il remplace au pied levé l'Allemand Hans Herrmann qui s'est blessé lors du Grand Prix de Monaco, une semaine plus tôt. De plus, Levegh est une célébrité depuis les 24 heures 1952 où, sur Talbot-Lago T26 Gran Sport, il est passé tout près de l'exploit en dominant seul les Mercedes sur une période de 23 heures et quinze minutes lorsqu'il subit une casse moteur. Le directeur sportif de Mercedes, Alfred Neubauer, n'a pas oublié « The Bishop », gentleman driver bijoutier de profession et a donc décidé de lui confier le volant de l'une des trois « flèches d'argent ». Il porte un casque qu'il a spécialement commandé à l'armée américaine.

Le symbole est particulièrement important, dix ans après une guerre que pratiquement tous les spectateurs présents ont connus. Comme l'explique Daniel Goeudevert, ancien manager de Citroën Allemagne, Renault, Ford et Volkswagen : « Les Français admirent les Allemands mais ne les aiment pas. Les Allemands aiment les Français mais ne les admirent pas. »

Les Mercedes ne disposent pas de freins à disque. En compensation, elles sont équipées d'un équipement révolutionnaire : l'Intrados, un volet qui se relève à l'arrière pour permettre un freinage d'urgence. Ce système a toutefois un très grave inconvénient : tout véhicule suivant une Mercedes au moment de l'ouverture de ce système est littéralement aspiré en avant au risque de la percuter violemment. Le système fait sensation lors de sa présentation et les deux grandes rivales – Jaguar et Ferrari – exigent qu'une découpe soit faite dans ce volet pour permettre au pilote de pouvoir utiliser son rétroviseur intérieur lorsque le volet est déployé, mais aussi, dans le but de briser l'efficacité de ce système de freinage "alternatif". Mais Neubauer est confiant. Il est sûr de gagner.

Il faut aussi savoir que l'une des particularités de cette compétition est de permettre l'engagement de véhicules de puissances différentes pilotés par des amateurs aussi bien que des professionnels. Les écuries vedettes sont donc en compétition également avec les modestes Aston Martin, Arnott ou Gordini. L'un de ces hommes est un « gentleman driver ». Il se nomme Lance Macklin. Il pilote la numéro 26, une Austin Healey qui ne dépasse pas les 215 kilomètres/heures. Il est toutefois parvenu à finir troisième de l'épreuve en 1951 au volant d'une Aston Martin DB2. Sur les soixante véhicules engagés, seuls quinze à vingt sont menés par des pilotes compétents. Vingt-sept d'entre eux sont issus d'écuries britanniques.

300 000 spectateurs sont attendus pour ces nouveaux jeux du cirque ainsi que 30 000 voitures. 6 000 personnes ont été mobilisées. Un écran géant a été installé. La course sera couverte par dix caméras et trois camions récepteur-émetteur. Nous sommes le 11 juin. Le spectacle peut commencer. Il y aura du pain, des jeux et du sang sur la piste de danse.

Aux essais, déjà, la lutte a été acharnée, mais c'est l'Italien Eugenio Castellotti qui a réalisé le meilleur temps en faisant le tour du circuit en quatre minutes et quarante et une secondes, à une vitesse moyenne de 191 kilomètres/heures. Mais déjà, l'épreuve a été émaillée d'accidents. Jean Behra a été heurté par la DB-Panhard de son équipier Claude Storez, alors que celui-ci regagnait son stand. Elie Bayol perd le contrôle de sa Gordini T24S en tentant d'éviter deux spectateurs qui traversaient la piste à hauteur de Maison Blanche. Peter Taylor est également gravement blessé au volant de son Arnott. Levegh, qui a réussi à éviter de justesse une Gordini demande à ce que l'on mette en place un signal d'alerte : « Nos voitures vont trop vite ». Neubauer tente de convaincre l'ACO de le laisser mettre en place un tel signal à l'entrée de sa fosse, sans succès.

La sécurité n'a pratiquement pas évolué depuis 1923. Le tracé fait 13,492 kilomètres et emprunte des départementales en état moyen. Certains revêtements sont bosselés. Les pilotes ne portent ni ceinture, ni harnais car il est considéré préférable d'être éjecté d'un véhicule en flamme plutôt que d'en rester prisonnier.

Le règlement interdit de ravitailler avant d'avoir effectué 32 tours soit 2 heures 30 environ après le départ.

Il est 15 heures 20 ce samedi 11 juin 1955. Les haut-parleurs donnent l'ordre du rangement des véhicules, en épis, d'un côté de la piste. Les pilotes se placeront de l'autre côté, prêts à s'élancer à l'abaissement du drapeau.

A 15 heures 40, les mécanos font chauffer les moteurs.

A 15 heures 50, les machines sont stoppées. Les pilotes se mettent en place.

Du côté de Mercedes, c'est Moss, plus rapide, qui devrait être là, mais c'est Fangio – jugé plus expérimenté - qui s'élancera pourtant.

16 heures, le drapeau tricolore est abaissé et c'est la ruée. Castellotti est le premier à démarrer, suivi de la Ferrari numéro 3 et des deux Jaguars Type D. Pour Fangio, c'est la catastrophe. Il a tenté d'imiter le style de Moss en sautant dans sa Mercedes au lieu d'ouvrir la portière et s'est pris le pantalon dans le levier de vitesses. Il part donc avec un sérieux retard par rapport à ses principaux concurrents et devra rattraper et dépasser tous les retardataires.

Fangio est quatorzième au premier tour mais entame une folle remontée au cours de laquelle il bat le record du tour à sept reprises. Au quatrième tour, les trois principales équipes occupent les huit premières places. C'est au cinquième tour que Fangio parvient à rattraper les bolides de tête. Parmi eux, la Jaguar numéro 6 de Hawthorn.

Déjà, un premier accident est survenu lorsque la petite Nardi 750 LM est littéralement éjectée du circuit dans le sillage d'un véhicule plus puissant.

Puis Castellotti commet une erreur et Fangio et Hawthorn se retrouvent devant.

C'est alors que la folie s'empare du circuit. Hawthorn est un nationaliste anti-germanique pur et dur et il n'est pas question pour lui de se laisser dépasser par une voiture allemande. Les 24 heures sont une compétition d'endurance (elles correspondent à la traversée des États-Unis en une journée), mais Hawthorn pousse sa Jaguar à fond et impose un rythme de Grand Prix à ses deux principaux concurrents. Vers 18 heures, il bat le record du tour avec 4 minutes et 6 secondes. Fangio peine à suivre, Castellotti se retrouve relégué à sept secondes du premier. Hawthorn déclarera plus tard : « On a pris des risques insensés » tandis que Fangio avouera : « Je ne pouvais pas aller plus vite ».

Il est 18 heures 25. la Jaguar numéro 6 et la Mercedes numéro 19 sont sur le point de rejoindre et dépasser la Mercedes numéro 20 de Levegh qui a décidé d'une conduite plus modérée afin de ménager sa voiture. De son côté, Macklin fait de son mieux et accuse quatre tours de retards.

Vient le temps des premiers arrêts : Castellotti est le premier à le faire et doit concéder un tour à ses deux concurrents. Levegh est censé passer la main à John Fitch et Fangio à Moss. Quand à Hawthorn, il reçoit l'ordre de regagner la fosse... et n'en fait rien, refusant de voir une Mercedes en pôle. Une fois, deux fois, trois fois. Enfin, il obéit et commet une erreur fatale. Il est 18 heures 28. La foule s'est amassée près de « l'enceinte des Populaires » pour mieux voir cette partie cruciale de la course.

A 300 kilomètres/heures, Hawthorn dépasse Macklin dans sa petite Austin-Healey, et se rabat brutalement sur la droite pour rejoindre la fosse tout en freinant à fond. L'Austin de Macklin est équipée de freins à tambours, moins efficaces. Surpris par la manœuvre de Hawthorn, il freine à son tour à mort tout en s'écartant sur la gauche.

C'est à ce moment que surgit la Mercedes de Levegh, immédiatement suivie par celle de Fangio. La Mercedes de Levegh surpasse de cinquante kilomètres/heures l'Austin de Macklin. Sur cette piste trop étroite, coincé à droite comme à gauche et suivi de près par Fangio, Levegh n'a plus aucune chance. Son dernier geste est pour éviter une catastrophe encore plus importante : il lève le bras droit pour signifier à Fangio « Danger ! Danger ! » Fangio expliquera plus tard : « Levegh m'a sauvé la vie ».

Celui-ci s'écarte sur la droite au dernier instant tandis que la Mercedes de Levegh s'envole sur le tremplin improvisé de l'Austin de Macklin qui est rejetée sur la droite, heurte le muret et est renvoyée sur la gauche. Malgré tout, Fangio parvient à passer miraculeusement au travers.

Au même instant, la Mercedes numéro 20 frappe le muret à la vitesse de 240 kilomètres/heures et explose dans une gigantesque boule de flammes. Le train avant, le moteur et l'Intrados – 400 kilos d'aluminium en fusion - sont autant de débris qui taillent dans la foule comme une gigantesque faux sur une distance de 80 mètres. Immédiatement une vingtaine de personnes se ruent sur les lieux pour porter secours aux victimes. C'est alors que survient la deuxième explosion dans la foulée de la première, sans doute provoquée par l'action des lances d'incendie sur la carrosserie en magnésium. L'épave brulera pendant des heures.

Le document suivant est une reconstitution à partir de photos prises par un spectateur anglais et conservées dans les archives de Jaguar pendant 55 ans. Le photographe fut lui-même blessé mais survécut.



De son côté, Macklin s'en est sorti indemne, mais son Austin a quand même fauché un journaliste, un commissaire de course et un gendarme (qui décédera par la suite). Ironiquement, le commissaire de course en question était chargé des prélèvements de carburants avant, pendant et après la course et ne put donc pas conclure sa mission, laissant de nombreuses questions en suspens.

Hawthorn, de son côté, s'est arrêté en bord de piste, ratant la fosse. Il se trouve alors dans un état de quasi-hystérie. Il se précipite vers Macklin et lui dit : « Lance, je veux parler avec vous », ce à quoi Macklin répond : « Je n'ai rien à dire, rien. » Puis il ajoute « You nearly killed me. No, I don't forgive you. »

Le règlement interdit à un véhicule de reculer devant les stands. Lofty England annonce alors à Hawthorne qu'il doit reprendre le volant et faire un tour de plus. Il refuse. England lui répond : « C'est un ordre ». Hawthorn déclare que sa carrière est finie.

Pendant ce temps, on a sorti les drapeaux jaunes et jaunes rayés de rouge signifiant respectivement « ralentir » et « changement d'adhérence » (ou huile sur la piste) afin de signaler aux véhicules de ralentir, mais pas un n'obéit.

La majorité du public est encore inconsciente du drame qui vient de se produire. La fête se poursuit autour du site et les haut-parleurs continuent à passer des airs d'accordéon. On compte déjà cinquante morts dans la foule qui semble avoir été soufflée par la première explosion, en effet la plupart des victimes semblent ne présenter aucune blessure apparente. On estimera ensuite que 85 personnes sont mortes immédiatement. Les 23 médecins de l'organisation sont débordés. On manque de civières et on arrache les panneaux publicitaires pour transporter les blessés. Un prêtre en soutane distribue l'extrême-onction. Des scouts apportent leur aide. Des camions des magasins Comptoirs Modernes ont été réquisitionnés pour embarquer les morts. Du sang coule des portes fermées. Les blessés les plus légers sont laissés sur des paillasses, faute de lits disponibles. Au Mans, l'hôpital se remplit et des voitures-radio parcourent les rues afin de réclamer l'aide des donneurs de sang. Autour des postes de téléphone et de télégraphe, on se bat presque, chacun souhaitant rassurer les siens. On mobilise tous les téléphonistes en congé qui pourraient se trouver aux alentours du circuit.

Un cadavre brule sur la piste. C'est celui de Pierre Levegh. Ironiquement, il sera la dernière victime à être identifiée. Hugo Muller, le mécanicien de la Mercedes numéro 20 ramasse son casque sur la piste. Il est en bouillie. Il réalise que le Français est mort et l'apprend à Alfred Neubauer. John Fitch, qui est allé aux nouvelles revient. Son visage en dit assez et Madame Levegh comprend que son mari n'est plus..

Le président de l'ACO, Charles Faroux, 85 ans, qui a fondé l’épreuve Mancelle en 1923 et qui la dirigera jusqu’en 1957, prend la décision controversée de ne pas arrêter la course. Il préfère éviter l’engorgement des accès au circuit qui empêcherait la circulation des équipes de secours vers les hôpitaux de la ville. Il avancera plus tard une autre explication à un journaliste du Figaro : « Les Anglais à Farnborough, il y a trois ans, ont donné l’exemple : même quand il arrive une catastrophe de cette ampleur funeste, la rude loi du sport – et ici d’un sport qui s’apparente aux sports de combat – impose de continuer ».

Les heures passent et la course se poursuit donc. Aussi absurde que cela puisse paraître aujourd'hui, l'information ne circule pas vraiment au-delà d'un petit cercle d'initiés. La Radiodiffusion – Télévision Française (RTF) n'en rapporte pas un mot. C'est le black-out total. A 19 heures 15, Radio-Luxembourg est la première à le rompre, suivie un quart d'heure plus tard par France Inter. Informée, la télévision allemande pose la question : « Mercedes doit-il se retirer ? »

Pendant ce temps John Fitch – coéquipier de Levegh – a recommandé le retrait de Mercedes à l'ingénieur en chef Rudolph Uhlenhaut. Celui-ci appelle Stuttgart mais la décision doit être prise à l'unanimité par un vote des administrateurs qui ne peuvent être immédiatement contactés car les lignes de téléphone sont surchargées.

Finalement, à la suite d'une réunion d'urgence du conseil d'administration, décision est prise d'abandonner et de se retirer de la course. Il est presque minuit. Neubauer attend néanmoins le départ de la plupart des spectateurs pour rappeler les deux derniers véhicules. Il est 1 heure 45, ceux-ci occupent alors la première et la troisième position.

De son coté Uhlenhaut se rend au stand Jaguar afin de rencontrer le directeur « Lofty » England. Accepterait-il de faire de même par respect pour les victimes ? Celui-ci lui répond sèchement : « C'est votre affaire. Maintenant nous allons gagner. »

L'annonce du retrait de Mercedes et le rapatriement précipité des voitures suscitera une controverse immédiate.

Pendant ce temps, l'un des pilotes Jaguar – Don Beauman – s'est ensablé à Arnage et mettra plus d'une heure à se dégager. Il est alors 22 heures lorsqu'il parvient à repartir. C'est alors que la Jaguar de Chapman surgit et le percute. Les dégâts sont peu importants mais Chapman sera disqualifié pour être reparti sans l'autorisation du directeur de course.

Peu après l'annonce du retrait de Mercedes, la dernière Ferrari (équipe Trintignant/Schell) abandonne sur casse moteur. Vers 8 heures, la Jaguar de l'équipage Dewis/Beauman abandonne à son tour sur casse de la boite de vitesse. La compétition est encore vive pour la deuxième place entre la Maserati de Valenzano/Musso et l'Aston-Martin de Collins/Frère. En fin de matinée, la Maserati abandonne à son tour à cause de problèmes de transmission.

Ce matin-là, a lieu une messe à la Cathédrale du Mans en hommage aux premières victimes.

Pour le dernier tour de piste, Bueb cède sa place à Hawthorn qui franchit donc l'arrivée en tête un peu avant 16 heures. Il est suivi d'une seconde écurie britannique avec l'Aston-Martin de Collins et Frère. Suit une autre Jaguar, mais elle appartient à l'écurie belge Francorchamps (Swaters/Claes). Puis viennent un trio de Porsche 550 RS Spyder dont la numéro 66 de l'Ecurie Belge en plus des Porsche KG, et enfin un quatuor britannique avec le trio Bristol 450C de l'écurie Bristol Aeroplane Co. et la Frazer Nash de Automobiles Frazer Nash Ltd. Le directeur de l'écurie Bristol – Sir George White - offrira ses gains à une œuvre de charité en faveur des victimes.

Hawthorn s'est laissé convaincre qu'il n'était pas réellement responsable de l'accident. Après tout, « ces choses là arrivent ». Sur les images de l'époque, on le voit tentant de faire le clown avec sa bouteille de champagne dans l'habitacle de sa voiture. Un journal titrera : « Bonne journée Mr Hawthorn, bonne journée; »

Il n'y aura pas d'hymnes nationaux. Une minute de silence sera observée au Parlement allemand.

Vient le temps de la recherche de la vérité. Plainte est déposée contre X et le procureur du Mans – Zadoc-Khan – est chargé de l'enquête préliminaire.

Déjà deux camps se forment : ceux qui blâment Mercedes et ceux qui blâment Jaguar. Les absents ont toujours tort et on ne tarde pas à charger Levegh, coupable d'être trop vieux, d'être un pilote amateur. N'avait-il pas dit avant la course : « Les voitures sont trop rapides pour ce circuit » ? Du côté de Jaguar, on rapporte les propos de Hawthorn, fortement choqué suite à la catastrophe. Il s'est alors déclaré responsable et a ajouté que sa carrière était finie.

Et puis, on commence à soupçonner – Zadoc-Khan le premier -  la présence d'un additif dans les réservoirs des Mercedes, notamment du Trinitrate de Méthyl, qui aurait joué le rôle d'activateur de combustion. Zadoc-Khan tente de stopper le convoi des Mercedes après son départ précipité dans la nuit de samedi à dimanche, mais il est trop tard. Il a déjà franchi la frontière. Aucun échantillon de carburant n'a pu être prélevé durant la course, ni après. Ne reste que l'épave de la Mercedes numéro 20.

Convoqué deux semaines après le drame, Fangio est interrogé. On lui présente les films disponibles de l'accident qui confortent Zadoc-Khan dans ses convictions. Fangio se signe à chaque visionnement.

En haut lieu, on considère que l'heure est au rétablissement de l'amitié franco-allemande... et au remboursement des dommages de guerre. Le 10 novembre 1956, un non-lieu général est prononcé.

Suites et conséquences :

Mike Hawthorn ne sera jamais inquiété par la justice. Il se verra interdit de concourir en Allemagne pendant plus d'une année. Il rejoignit l'équipe BRM sans rencontrer le succès et subit un second accident au volant d'une Jaguar Type D en Italie. En 1958, il remporta la Coupe du Monde de Formule 1. Il annonça ensuite sa retraite de la compétition. En 1955, il avait déjà perdu un rein et les médecins estimaient qu'il viendrait à décéder dans les quatre ans. En 1959, il se tua au volant de sa Jaguar 3.4-litres Saloon. L'accident eut lieu sur une portion de route connue pour sa dangerosité (15 accidents dont deux fatals). La route était par ailleurs mouillée. Sa vitesse estimée était d'environ 120 kilomètres/heures. Il faisait la course avec le directeur de course Rob Walker. Celui-ci conduisait une Mercedes-Benz 300SL.

Juan Manuel Fangio décida de ne plus participer de sa vie aux 24 heures du Mans. Déjà deux fois titulaire du titre de champion du monde de Formule 1 en 1951 et 1954, il remporta également la coupe en 1955, 1956 et 1957. Il prit sa retraite en 1958 et décèda d'un arrêt cardiaque associé à une pneumonie en 1995. L'Argentine décrèta trois jours de deuil national et son cercueil fut exposé dans le Salon Blanc de la Chambre du gouvernement pour un dernier hommage populaire, en présence notamment du président de la république Carlos Menem et du président de la FIFA João Havelange. En 2015, son corps fut exhumé pour analyse d'ADN suite à une double action en justice lancée par Oscar Espinoza et Andrea Berruet. La cour de justice confirma la paternité de Fangio dans les deux cas. Il est considéré par beaucoup comme le plus grand pilote de tous les temps.

« Lofty » England fut critiqué pour son refus de retirer les Jaguars de la course mais se défendit en affirmant qu'il ne considérait pas Hawthorn responsable de l'accident et que l'équipe n'avait donc aucune raison de renoncer. Il poursuivit ensuite sa carrière au sein de Jaguar, terminant au poste de directeur général avant de prendre sa retraite en Autriche en 1974 et de décéder en 1995.

Rudolph Uhlenhaut poursuivit sa carrière chez Mercedes avant de prendre sa retraite en 1972, victime de problèmes d'auditions dus à ses voitures de fonction. Il est décédé en 1989.

Alfred Neubauer décida de prendre sa retraite suite à la catastrophe du Mans. Il est décédé en 1980.

Lance Macklin se sortit miraculeusement indemne de la catastrophe du Mans. Le 17 septembre de la même année, il participa au Tourist Trophy sur le circuit de Dundrod au volant de son Austin-Healey 100S. Il effectua volontairement une sortie de route afin d'éviter l'accident dans lequel Jim Mayers et William T. Smith trouvèrent la mort. Traumatisé, il se retira définitivement des sports automobiles. Il rentra alors au service exportation de la dernière marque française de prestige, Facel Vega. Il est décédé en 2002.

John Cooper Fitch poursuivit sa carrière de pilote pour différentes écuries. Son abandon à Sebring en 1966 vit la fin de celle-ci. Il revint pourtant brièvement à la compétition en 2003 et 2005. Il a conçu personnellement cinq voitures différentes. Il consacra le reste de sa vie à l'amélioration de la sécurité sur les circuits, concevant entre autres le système de barrière Fitch qui aurait sauvé depuis les années 1960 un nombre d'automobilistes estimé à 17 000 personnes. Il est décédé en 2012.

Charles Ernest Faroux est décédé le 9 février 1957 à Neuilly-sur-Seine.

Mercedes se retire officiellement de la compétition jusque dans les années 1960 où elle revient sous le nom AMG. La firme reviendra en tant que constructeur en 2010.

Certains pilotes, choqués par le drame de l'accident, mirent un terme à leur carrière, comme le pilote brésilien Hermano da Silva Ramos qui roulait sur une Gordini au moment des faits ou alors le pilote français Mike Sparken sur Ferrari.

La Suisse interdit toute compétition automobile sur son territoire jusqu'à aujourd'hui. L’article 52 de la loi sur la circulation routière stipule qu’il « est interdit d’effectuer avec des véhicules automobiles des courses en circuit ayant un caractère public ». Au Mexique, la Carrera Panamericana fut supprimée jusqu'en 1988.

L'Automobile Club de l'Ouest se lança dans une série d'importants aménagements du circuit du Mans : précédemment à la course de 1956, les tribunes et les fosses furent démolies afin d'élargir la piste et réaligner le virage Dunlop. Une fosse profonde fut creusée entre la piste et les spectateurs. La vitesse des véhicules fut réduite et la capacité de leurs réservoirs diminuée. Le départ des voitures dans le style « Le Mans », fut remis en cause en 1968 à la suite de l'accident de Willy Mairesse. L'année suivante, pour marquer son opposition à ce type de départ, Jacky Ickx traversa la piste en marchant et s'élança en dernier. Cela ne l'empêchera pas de finir premier. En 1970, le départ fut légèrement amélioré avec les pilotes déjà à bord des voitures. L'année suivante, le départ voiture arrêtée est définitivement abandonné. En 1990 la ligne droite des Hunaudières d'une longueur de six kilomètres fut divisée en trois portions par l'adjonction de deux chicanes.

14 pilotes trouveront encore la mort aux 24 heures du Mans. Le dernier étant le danois Allan Simonsen le 22 juin 2013 au volant de son Aston Martin V8 Vantage GTE sur sortie de route au Tertre Rouge à l'entrée des Hunaudières,  les rails de sécurité n'ayant pas joué leur rôle d'amortisseur en raison de la présence d'arbres derrière eux.

La dernière épreuve, les 17 et 18 juin dernier a vu la mobilisation de 670 policiers et CRS, 210 gendarmes, 200 pompiers, 7 équipes cynophiles, des équipes de déminage et un hélicoptère de la gendarmerie.

Revenu au pouvoir en tant que Président du Conseil des ministres, le 1er juin, le général de Gaulle reçoit le chancelier allemand Adenauer le 17 septembre 1958, dans sa résidence privée de Colombey-les deux-Eglises.

Le bilan officiel, donné par le ministère de l'Intérieur est de 82 morts et 94 blessés, mais d'autres sources donnent 79 ou 80 morts et les listes des victimes ne portent pas toutes les mêmes noms. Des femmes ont d'abord été répertoriées sous leur nom de jeune fille, puis sous leur nom d'épouse, et il existe des témoignages qui font état de blessés déclarés morts alors qu'ils en ont réchappé.

Aujourd'hui encore, il est impossible d'avoir accès aux dossiers de l'enquête.



Québec contrôle son immigration?

La prochaine fois que vous tomberez sur un pleutre fédéraliste qui vous dira que le Québec n'a pas besoin de quitter la fédération puisque, essentiellement, il contrôle déjà son immigration, référez-le à cette nouvelle:

Ils ont été choisis par le gouvernement québécois. Ils étaient admis dans un cégep. Mais près des deux tiers des 235 élèves provenant de pays en développement francophones à qui le Québec avait accordé une exemption de droits de scolarité pour le cégep ont vu leur demande de visa refusée par Ottawa.

Et, comme d'habitude, ne comptez pas sur le servile et pitoyable gouvernement libéral de Couillard pour prendre la défense du Québec, ni même de ses propres politiques:

Le fait que seulement 36% des élèves étrangers sélectionnés par Québec aient obtenu leur visa serait attribuable à la «nouveauté du programme», selon Thierry Bélair, attaché de presse de la ministre responsable de l'Enseignement supérieur, Hélène David.

(...) De son côté, le cabinet de la ministre de l'Immigration du Québec, Kathleen Weil, a décliné la demande d'entrevue de La Presse, «puisqu'il s'agit d'une situation qui touche le fédéral», a indiqué son attachée de presse, Émilie Tremblay-Potvin.



Pourquoi la pop moderne est-elle si pourrie?

Vous trouvez la musique pop contemporaine nulle à chier?

Comme moi, vous trouvez que toutes ces tounes sonnent exactement pareil?

Vous ne ratez jamais une occasion de dire aux jeunes que la musique était meilleure dans votre temps?

Bonne nouvelle! Vous n'êtes pas seulement un vieux grincheux! La musique moderne est VRAIMENT nulle, preuves à l'appui:





Shoe0nHead versus Cosmo

L'excellente Youtubeuse s'en prend à l'infâme magazine Cosmo et le résultat est hautement divertissant!



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24 septembre 2017

La poisse...

Je suis malade comme un chien. Une espèce de grippe d'enfer: fièvre, mal de tête, mal partout en fait... mais je ne peux pas prendre ma journée de demain. Je n'ai pas beaucoup de journées de maladie et j'en aurai besoin lorsque mes enfants seront inévitablement malades ou lorsqu'ils auront des rendez-vous médicaux. Avec un salaire aussi pitoyable, je n'ai pas les moyens de ne pas être payé...

Demain il faut que j'aille travailler dans une classe sans climatisation ni aération à part quelques fenêtres par lesquelles le soleil plombe sans relâche. En pleine canicule. 25 personnes entassés comme des sardines dans un petit local trop exigu construit dans les années 50 qui pourrait en accommoder une quinzaine. Pas de ventilateurs au plafond, juste trois ventilateurs sur patte qui ne font que pousser de l'air chaud, dont un qui ne fonctionne qu'à basse vitesse et dont la grille tient avec du duck tape.

Prenez la chaleur extérieure, augmentez-la de quelques degrés et éliminez tout courant d'air frais. C'est ça ma classe.

La semaine dernière, la température était plus basse que ce qui m'attend demain, mais il faisait quand même tellement chaud que les enfants et moi allions aux toilettes juste pour nous passer la tête en dessous du robinet. La sueur me coulait dans la face même en restant immobile, je collais à tout ce que je touchais.

Comme si motiver une gang de jeunes n'était pas assez ardu, essayez de faire ça dans un fourneau!

Une pause dans la journée? Ha! J'arrive à l'école vers 6h30 pour corriger, répondre aux courriels et préparer ma journée. J'ai 15 minutes pour manger un sandwich à la sauvette parce que je passe le reste de mon break de dîner à aider des élèves en difficulté ou à travailler. Si je trouve le temps de pisser plus qu'une fois dans ma journée, c'est du luxe.

Je ne connais personne, absolument personne, qui travaille dans de telles conditions. Quand j'étais étudiant, j'ai travaillé dans des usines où j'étais mieux traité. Je connais un gars qui conduit un lift dans un entrepôt et avec son overtime, il fait plus que moi. Moi, mon temps supplémentaire n'est même pas reconnu...

À ce salaire et ces merveilleuses conditions de travail, ajoutez les réunions inutiles, la paperasse, l'absence de reconnaissance, l'inexistence de promotions, les programmes plates à mort, des élèves en crise, les collègues hostiles, les soupçons de tout le monde parce que tu es un homme entouré d'enfants, pis ça vous donne une idée assez juste de ma journée...

Et après ça, ils vont s'étonner que ce putain de métier n'attire pas la crème des candidats...

Désolé, j'avais besoin de ventiler...

La pognez-vous? Ventiler! Ha!

Vaut mieux en rire, j'imagine...



"Bye bye, Conseil du statut de la femme?"

Extraits de cet excellent article de Sophie Durocher:

Quand j’ai vu, en entrevue au Journal, que la présidente du Conseil du statut de la femme était ouverte à un changement de nom, j’ai applaudi. Mais je me suis tout de suite dit qu’elle allait se faire crucifier par les militantes féministes.

Et quand j’ai vu que la présidente parlait d’une égalité (de droit) presque acquise, j’ai aussi applaudi. Et j’ai aussi prédit qu’elle se ferait lyncher par les féministas.

Mais ce que je n’avais prévu c’est à quel point les arguments avancés seraient ridicules.

Martine Delvaux et Marilyse Hamelin dans La presse ce matin : « Si le mot « femme » a fait couler beaucoup d’encre chez les féministes, en tant que catégorie qui reconduit le binarisme genré (et perpétue le principe de la domination) et a donc le pouvoir d’exclure des femmes qui ne seraient pas nées dans un corps considéré comme féminin, ce mot continue à identifier, aujourd’hui, une posture féministe ».

Misère, chez les féministes de 2017 on a un problème avec le mot femme parce qu’il reconduit le binarisme genré ? Mais est-ce que ces deux grandes intellectuelles s’écoutent parler ? C’est précisément à cause de ce genre d’enflure verbale et de dérapage incontrôlé que je ne me reconnais plus dans le féminisme québécois ultra-militant, déconnecté, de 2017.

Dans La presse aussi, Suzanne Accour : « Tout comme les riches n’ont pas besoin d’aide sociale ou les personnes en santé de médicaments, les hommes n’ont pas besoin d’un Conseil du statut des hommes.. (...)on s’attend des pompières à ce qu’elles arrosent la maison en feu, pas à ce qu’elles se lamentent du peu d’attention que reçoit la maison voisine intacte ! De même, s’attaquer aux inégalités nécessite que l’on résiste à la tradition millénaire de penser d’abord aux hommes pour se concentrer sur des problèmes criants, réels, et genrés »

Donc, le taux de suicide trois fois plus élevé chez les hommes, le décrochage scolaire masculin, les violences sexuelles envers les hommes, les problématiques de santé mentale ou de détresse chez les hommes, les stéréotypes sexuels visant les hommes dans les publicités, on s’en tape parce qu’il est plus urgent de s’occuper des femmes ? (Ça me fait penser à cette jeune féministe qui déclarait que le rôle des hommes dans le mouvement féministe c'est de "se taire et écouter les femmes" ).

Pourquoi on ne s’occuperait pas des deux, des hommes et des femmes qui souffrent ? C’est exactement ce que ferait un Conseil pour l’égalité qui remplacerait le Conseil du statut de la femme.

L’auteure Pascale Navarro considère que le congé parental ce n’est pas suffisant : il faut le rendre obligatoire pour les pères. Et c’est seulement quand on aura des acquis comme ça, dit-elle, qu’on pourra « rediscuter du nom et de la mission du CSF ». Forcer les pères à prendre un congé , les obliger par la loi à quitter leur travail ? Quand le gouvernement veut forcer les femmes à faire quelque chose, c’est mal mais forcer les hommes c’est correct ?

Cela fait des années que je dis et j’écris que le Conseil du statut de la femme, qui a pour rôle de conseiller le gouvernement en matière d’égalité, devrait être renommé. En France on a un Haut Conseil à l’Égalité entre les hommes et les femmes.  Mais ça, nos bonnes féministes-militantes québécoises n’en parlent pas trop. Pourtant cet organisme combat, entre autres, les stéréotypes sexués, autant chez les hommes que chez les femmes. Pas mal comme idée, non ?

En passant, vous rappelez-vous ce qu’on apprenait en 2016 ? « Le Conseil du statut de la femme obtient le statut peu enviable d’organisme ou ministère où les employés sont le plus souvent absents.
L’organisme de défense des droits des Québécoises affiche un taux d’absentéisme de 10,12%, selon un document dévoilé dans le cadre de l’étude des crédits du Conseil du trésor. »

Sans commentaire.