28 janvier 2017

Bannir des mots

J'ai déjà parlé (ici, ici et ici) de la croisade du professeur Jordan Peterson qui s'oppose à l'imposition de l'usage de pronoms transgenres en Ontario. Voilà le même problème qui apparaît chez nous:

La Société de l’assurance automobile du Québec a interdit à ses employés de Saint-Hyacinthe de dire «Monsieur» ou «Madame» aux clients à la suite d’une plainte déposée par une personne transgenre.

Il me semble que les deux questions fondamentales qu'il faut se poser à propos de cette situation sont les suivantes:

1- Le fait d'utiliser un pronom ou un titre de civilité qu'une personne transgenre ne souhaite pas entendre constitue-t-il un geste haineux?

À cela, ma réponse est catégorique: NON. Même le fait d'utiliser sciemment le mauvais titre de civilité, en appelant un homme "Madame" par exemple, pourrait être considéré insultant ou impoli, mais ce n'est pas de la haine. En aucun cas imaginable cela peut-il être considéré l'équivalent d'un épithète racial, par exemple, ou d'une incitation à la haine ou à la violence.

De plus, lorsqu'il est question d'une personne transgenre, il est tout à fait probable que le mauvais pronom ou titre de civilité soit utilisé par inadvertance ou de façon maladroite. En effet, certains d'entre eux sont parfois difficiles à identifier comme homme ou femme au premier coup d'oeil. Lorsque cela se produit, la personne transgenre n'a qu'à expliquer qu'il ou elle préfère le masculin ou le féminin et la très vaste majorité des gens vont s'empresser d'obtempérer. Ce n'est pas plus compliqué que ça.

2- L'idée de bannir l'usage de pronoms ou de titres de civilité est-il raisonnable?

Encore une fois, je réponds avec un NON catégorique. Mes raisons sont les suivantes:

1- On n'a pas à changer la langue pour éviter de vexer une poignée d'individus qui souffrent d'un complexe de persécution!

2- La façon dont les humains entrent en relation entre eux et les mots qu'ils utilisent lorsqu'ils le font leur appartient entièrement. Le gouvernement n'a pas à venir dicter à des citoyens quels mots ils peuvent ou pas utiliser.

3- Les titres de civilité Monsieur et Madame sont des marques de respect et de politesse. Il faut avoir l'esprit particulièrement tordu pour y voir une marque de haine. Au pire, on peut affirmer que la personne a été incorrectement polie... et ce n'est là rien de bien abominable.

4- Je déteste l'autoritarisme de la gauche. Je me suis moqué des féministes qui voulaient faire disparaître le mot BOSSY et je pense la même chose de cette initiative de certains militants transgenres. Arrêtez de vous comporter comme des fascistes, arrêtez d'essayer d'imposer vos valeurs et vos convictions aux autres, arrêtez de vous placer sur un piédestal de vertu et de penser que vous pouvez dicter leur conduite aux autres! Vivre et laisser vivre, crisse!

5- Certaines personnes ont sérieusement besoin de réaliser que les mots sont juste cela: des mots. Des sons. Plutôt que d'essayer de contrôler ce que les autres disent, ces individus hyper-sensibles devraient peut-être apprendre à contrôler leurs émotions et leurs réactions aux mots qui leur déplaisent ou qui les offusquent.

En terminant, je vous offre ce vidée de la Youtubeuse transgenre Blaire White qui répond brillamment à l'affirmation selon laquelle le fait d'utiliser le terme incorrect en s'adressant à une personne transgenre constitue un acte "violent":






7 commentaires:

fylouz a dit…

Complètement taré, ridicule, absurde.

Bienvenue en Absurdie !

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/dc/Voyage_en_Absurdie.jpg/220px-Voyage_en_Absurdie.jpg

PJ a dit…

Une petite nuance quand même: utiliser un pronom ou mot comme "monsieur/madame" par bonne foi, méconnaissance est une chose; de persister à utiliser le mauvais genre après connaître la préférence de la personne en question, c'est autre chose. Et, sans être nécessairement de la haine, c'est quand même être un peu con, borné et impoli. Évidemment, il ne faut pas bannir les mots, mais ça n'empêche pas d'avoir une certaine empathie. Et la violence verbale/psychologique, ça existe aussi, et dépendemment de la dose/force de ce genre d'abus, ça peut faire très mal.

Prof Solitaire a dit…

Oui, bien sûr, mais ça dépend de qui ça vient. Si ma femme tient des propos méchants à mon égard, ça va me faire terriblement souffrir.

Si un employé de la SAAQ m'appelle "Madame", je pense que je vais m'en remettre assez rapidement! ;-)

Gc a dit…

Je crois que tu vas aimer ce canal

https://www.youtube.com/channel/UCLUrVTVTA3PnUFpYvpfMcpg

Prof Solitaire a dit…

Intéressant! Merci!

Anonyme a dit…

Bonjour,

Peut-être faut-il être moins catégorique, un mot n'est pas un coup de poing , certes , mais les sciences sociales se rejoignent sur un point : Les mots servent au conditionnement de la pensée humaine . C'est donc de violence psychologique dont il est question ici

Le droit la définie ainsi :
"La violence au sens du droit civil, est l'acte délibéré ou non, provoquant chez celui qui en est la victime, un trouble physique ou moral comportant des conséquences dommageables pour sa personne ou pour ses biens...."

Plus sympa , lire "1984" de G.Orwell.

La langue comme les comportements évoluent depuis des siècles justement pour s'adapter à la société de son temps car certains mots sont connotés, par exemple l'utilisation de terme raciste .
Il est normale de vouloir être appelé comme son identité.
La question est plutôt le moyen d'y arriver à savoir le législatif, là où la plupart du temps une remarque polie est suffisante ( cependant si la personne a porté plainte c'est peut-être que justement cette fois-ci cela n'a pas suffit ?).

Enfin soyons logiques : Si les mots ont si peu de pouvoir , si peu d'importance , pourquoi s'énerver dès qu'on parle d'en changer ? Tout simplement parce que ce changement ne correspond pas à tes valeurs , c'est normal il existe toujours des avis différents et on peut te répondre :

"Arrêtez de vous comporter comme des fascistes, arrêtez d'essayer d'imposer vos valeurs et vos convictions aux autres, arrêtez de vous placer sur un piédestal de vertu et de penser que vous pouvez dicter leur conduite aux autres!"

Parce interdire d'utiliser ou de supprimer un mot de vocabulaire c'est exactement la même logique .

Sans rancune

Prof Solitaire a dit…

Point de vue fort intéressant, merci de partager.

Vous avez raison que certains mots peuvent constituer une forme de violence.

Toutefois, le fait d'utiliser le mauvais titre de civilité par inadvertance ne constitue pas une forme de violence. Même le fait de l'utiliser par exprès est une forme d'irrespect, mais pas une forme de violence.

De plus, il y a une différence entre proposer la censure d'un mot et son contraire. Dans le premier cas, on tente de limiter la liberté d'expression, pas dans le second.

Sans la moindre rancune, rassurez-vous!