6 janvier 2017

Bilinguisme: deux visions s'affrontent

Il est fascinant de voir les fédéralistes tenter de tout transformer en ode à ce beau et grand pays qu'on appelle le Canadââââââ!

Prenons par exemple les résultats de ce récent sondage à propos du bilinguisme.

Voici d'abord un extrait de l'article qu'en a fait Philippe Orfali du Devoir:

L’avenir du bilinguisme au Canada est, pour l’essentiel, une affaire de francophones. Si les trois quarts d’entre eux jugent cette langue menacée, à peine le tiers de leurs voisins anglos partagent cet avis, révèle un sondage commandé par Ottawa à la veille du 150e anniversaire du pays.


Les résultats de ce sondage sont dévastateurs. On voit bien, noir sur blanc, que les anglophones n'ont absolument rien à foutre du français.

Seulement le tiers constate que le français est menacé au Canada. Et de ce tiers, n'allez pas croire qu'ils s'en désolent tous. Au contraire, comme je l'ai maintes fois illustré sur ce blogue, plusieurs d'entre eux s'en réjouissent!

Seulement le tiers des anglos prétend s'intéresser aux produits culturels francos. Je suis absolument convaincu que ce nombre, pourtant pathétique, est gonflé. Je serais bien curieux de voir combien de ces gens qui se disent "intéressés" seraient capables de nommer un seul chanteur québécois, à part Céline Dion. Ou un seul cinéaste québécois, à part Denis Villeneuve. Ou un seul poète québécois. Ou un seul peintre. En réalité, la vaste majorité des Canadiens anglais ne connaissent strictement rien à la culture québécoise, y compris ceux qui vivent au Québec. C'est ça la réalité.

Alors que les Québécois francophones sont presque unanimes sur cette question, seulement 62% des anglos croient que les diplômés devraient être bilingues. La différence entre les deux communautés est énorme. Quatre Canadiens anglos sur dix n'accorde absolument aucune valeur à l'idée d'apprendre le français.

Et la moitié des anglos considère que, si on doit apprendre une autre langue, celle-ci ne devrait pas être le français. Il serait préférable d'en apprendre une autre comme l'espagnol ou le chinois. Le français? Pffft, useless, who cares?

Bref, comme vous le voyez, les résultats de ce sondage sont dévastateurs et illustrent bien que seuls les francophones accordent de la valeur au bilinguisme et s'inquiètent de l'avenir du français. Les anglophones, en général, s'en balancent complètement.

Mais ne vous en faites pas, chers fédéralistes! La Presse est là pour vous rassurer, pour vous dire que Le Devoir est plein de marde et que le Canada est un paradis merveilleux pour les francophones. Voici un extrait de cet article de François Cardinal:

Les trois quarts des francophones jugent que leur langue est menacée, mais tout juste un tiers des anglophones s'inquiètent pour l'avenir du français.

Ce constat, tiré d'un sondage mené pour Patrimoine canadien, peut sembler alarmant à première vue. Il peut donner l'impression d'un éloignement en cours des « deux solitudes » et d'un attachement à géométrie variable pour le bilinguisme du pays, comme le laissait entendre Le Devoir en manchette, hier.

L'art de tout relativiser.

Il ne semble pas seulement alarmant "à première vue", mon p'tit Frank. Il est également alarmant à seconde, à troisième et à quatrième vue. Et il ne donne pas seulement "l'impression" d'un "éloignement"! Il illustre clairement qu'un véritable CANYON sépare les francos et les anglos sur ces questions!

Or, s'il y a toutes sortes de bonnes raisons de s'inquiéter de l'avenir du bilinguisme au Canada, la récente enquête d'opinion du gouvernement fédéral n'en est pas une. Au contraire même, les résultats sont plutôt positifs dans leur ensemble.

Vous voyez ça? Les résultats sont plutôt POSITIFS!

66% des anglos ne croient pas que le français est menacé? C'est plutôt POSITIF!

Au moins 68% ne s'intéressent pas du tout aux productions culturelles francophones? C'est plutôt POSITIF!

Seulement 38% considèrent que les diplômés devraient connaître le français! C'est plutôt POSITIF!

48% préféreraient apprendre une langue seconde autre que le français? C'est plutôt POSITIF!

Tu te sens bien mon p'tit Frank? Ça va la tête?

S'il y a un constat à retenir de ce sondage, ce n'est pas que les anglophones n'ont pas la même connaissance des menaces qui pèsent sur la langue française que les francophones, ce qui va de soi. C'est plutôt qu'ils considèrent que le français fait partie de leur identité... et ce, peu importe s'ils connaissent la langue.

Et voilà Frank qui continue de noyer le poisson.

Le sondage ne démontre pas que les anglos "n'ont pas la même connaissance des menaces qui pèsent sur la langue française que les francophones"... le sondage démontre QU'ILS S'EN CÂLISSENT!

De plus, mon p'tit Frank, cela "va de soi" seulement dans un petit esprit fédéraliste colonisé comme le tien. Un esprit qui a accepté le statut minoritaire du français, un esprit qui s'en satisfait pleinement, un esprit qui voit du positif dans le désintéressement et le mépris d'une majorité d'anglos, un esprit tellement rongé par son complexe d'infériorité identitaire qu'il est reconnaissant que ces bons et magnanimes anglos le laissent simplement exister!

Ce qui irait de soi, mon p'tit Frank, c'est que la langue française, qui est parlée par les descendants des défricheurs, bâtisseurs et fondateurs de ce pays, ne soit pas réduite à l'état de fossile folklorique menacé d'extinction! Ce qui irait de soi, c'est que cette langue s'épanouisse et soit vibrante de vie dans un pays qui la chérit, la protège, la fait rayonner et qui ne se contre-câlisse pas de son avenir.

C'est ÇA qui irait de soi, mon p'tit Frank.

Pour 82 % des répondants, en effet, la dualité linguistique est un atout qui « facilite la compréhension entre les Canadiens ». 

Oui, tant que cette dualité ne signifie pas qu'ils doivent apprendre le français! En d'autres termes, tant que les frogs apprennent l'anglais, alors oui, génial, cela facilite la compréhension entre Canadiens! Et tu as le culot d'y trouver du positif, mon p'tit Frank?

Pour 70% d'entre eux, les deux langues font partie de notre identité comme pays, un fait avec lequel 54% se disent fortement d'accord. 

Wow! Une majorité d'anglos DAIGNE reconnaître que le bilinguisme fait partie de notre identité! Comme le castor, le sirop d'érable et la police montée! Ils sont si magnanimes! Si merveilleux!

Et seulement la moitié d'entre eux se dit "fortement" d'accord avec cette affirmation, ce qui signifie que l'autre moitié est soit modérément d'accord, soit qu'ils sont en total désaccord! Et tu as le culot d'y trouver du positif, mon p'tit Frank?

Et pas moins de 80 % estiment que le fait de parler français et anglais améliore les chances de trouver un emploi.

Oui, la majorité admet que le bilinguisme aide à se trouver une job, mais cela ne signifie pas qu'ils approuvent! C'est bien mal connaître les anglos de ce pays que d'y voir un signe positif!

En fait, un très grand nombre d'anglophones déteste le fait qu'il faille être bilingue pour décrocher certaines jobs. Plusieurs d'entre eux considèrent que même les juges de la Cour suprême n'ont pas à être bilingues et que le fait de prioriser ce critère compromet leur crédibilité et leur compétence! Ils appellent "Laurentian elite" (avec ressentiment et mépris) les politiciens et les fonctionnaires bilingues qui ont accès aux postes de pouvoir et ça les enrage!

Alors non, le fait d'affirmer que le bilinguisme aide à se trouver une job n'est pas la même chose qu'affirmer que cela est une bonne chose. Dans les faits, plusieurs anglos ont horreur de cette réalité et aimeraient bien la voir disparaître.

D'ailleurs, il ne fait aucun doute dans mon esprit qu'éventuellement, lorsque le Québec sera suffisamment affaibli et que sa sécession ne sera plus envisageable, le bilinguisme sera aboli. À long terme, c'est même inévitable.

Mais dans le petit monde utopique des fédéralistes comme François Cardinal, tout cela est très positif, Madame la marquise! Dormez sur vos deux oreilles, citoyens! Votre avenir est entre bonnes mains!

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