16 janvier 2017

Jacques Godbout et le cours d'ECR

Jacques Godbout a écrit un texte intéressant à propos du cours d'ECR:

(...) Pourquoi en effet Quentin doit-il se préoccuper de la religion de ses camarades ? Pour faire du profilage religieux ? Est-ce que la foi n’est pas du domaine privé ? Ne serait-il pas plus utile et sage, la classe réunissant des enfants d’origines diverses, de parler de géographie humaine ? Après avoir recensé la religion de ses camarades, suggère le cahier d’exercices, l’élève doit colorier un tableau graphique du nombre d’enfants qui sont de religion catholique, juive, protestante, islamique, hindoue, bouddhiste et autre (sic), et indiquer le nom de la fête la plus importante de ces religions. On voit le jupon idéologique : Quentin ne pratique pas une AUTRE religion, il n’en pratique AUCUNE !

L’école publique du Québec est laïque et neutre en apparence, mais au nom du vivre-ensemble elle assure que tous les enfants se présentent sous leurs dénominations (religieuses) diverses. À chacun(e) son étiquette, Quentin appartient donc à la catégorie « autre ». C’est cet autre, agnostique ou athée, qui n’a toujours pas sa place au Québec. Les commissions scolaires sont peut-être non confessionnelles, mais visiblement les sacristains n’ont pas abandonné : la religion est revenue par le soupirail d’ECR.

(...) Ce cours a été conçu dans un esprit oecuménique inspiré de Jean XXIII, avec un pari inavoué en faveur de Rome, pourvu que l’on maintienne vivante la question religieuse à l’école. L’essentiel, pour les concepteurs d’ECR, est de préserver le religieux comme liant principal du vivre-ensemble. Des philosophes sont persuadés que si les enfants ignorent le religieux, c’en est fini de la culture occidentale, car on ne saurait comprendre le sens des chefs-d’oeuvre de la peinture, de la sculpture, de la musique ou de la littérature des siècles chrétiens quand on a perdu la pratique de la foi. […]

Un cours de culture profane, d’histoire de l’art et de la littérature, et la fréquentation des salles de concert, des bibliothèques, des théâtres et des musées assureraient aux enfants québécois un tronc commun culturel plus intéressant que celui des pratiques religieuses. […]

Et pour parler de morale avec Quentin, j’aurais mieux fait d’utiliser les fables de Jean de La Fontaine. Elles offrent au moins trois vertus : une langue française impeccable, l’occasion de stimuler la mémoire, des leçons de comportement à débattre. J’avais espéré une école laïque, neutre vis-à-vis des religions, et je vois que la troisième génération de ma descendance québécoise se retrouve, dans ce cours d’éthique et de culture religieuse, avec un catéchisme qui ne veut pas dire son nom.

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