2 janvier 2017

Le message de Jordan Peterson

Jordan Peterson est un professeur de psychologie à l'université de Toronto. J'ai découvert le bonhomme récemment et il m'a inspiré ces trois billets:

Jordan Peterson

Il prend résolument position en faveur de la liberté d'expression et contre l'autoritarisme... cela m'a plu énormément. 

J'ai trouvé le type très intéressant et j'ai regardé quelques-unes de ses entrevues et vidéos sur le net. Toutefois, comme c'était un peu répétitif, je n'en ai pas reparlé ici. Ses prises de position en faveur du christianisme m'ont également repoussé, bien que j'ai essayé de garder un esprit ouvert.

Bref, je n'ai pas complètement fermé la porte. Et c'est avec intérêt que j'ai regardé ce vidéo qu'il a publié sur Youtube la veille du Jour de l'an. Le titre, "A New Year Letter to the World", m'a intrigué. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, mais certainement pas à ça. Peterson nous livre un message très émotif et déroutant. À la fin, j'avais la tête qui tournait. Alors je me suis dit que ça valait peut-être la peine d'essayer de le décortiquer à la recherche de perles de sagesse enfouies dans tout ça.

Et en plus, ça fait un bout de temps que je n'ai pas croqué du chrétien, ça va me faire du bien! ;-)



On January 16, I am going to talk with Sam Harris, on his podcast, Waking Up with Sam Harris. Dr. Harris is one of the so-called New Atheists, of which there are four. 

J'ai hâte en maudit d'entendre ça!

The central problem of human beings isn’t religion, as the New Atheists insist. It’s tribalism. 

La religion est l'ultime critère du tribalisme. L'ultime. Aucun autre critère n'éveille les instincts tribaux autant que la religion.

Le nationalisme a longtemps été un facteur qui engendrait la violence entre groupes. C'est moins vrai de nos jours et ce n'est certainement plus le cas en Occident. Même en Irlande du nord, les violences ont cessé (et la religion y jouait un rôle proéminent de toute façon).

Plusieurs idéologies ont également été la cause d'énormément de violence: le nazisme, le communisme, l'impérialisme, etc. Mais ces idéologies n'ont plus le pouvoir d'attraction qu'elles avaient au siècle dernier, à part peut-être en Corée du nord.

Le féminisme est une idéologie dangereuse qui entraîne de nombreuses divisions et discriminations, mais nous n'en sommes pas encore à la violence. Espérons qu'on n'y viendra jamais.

Mais la religion, elle, continue à engendrer les pires fanatismes, les attentats meurtriers et la haine pure entre groupes d'humains. Et rien ne semble indiquer que cette situation va s'atténuer dans un avenir rapproché.

We know this in part because chimps, our closest biological kin, go to war, and they are not religious, although they are tribal. 

Plusieurs problèmes avec cette déclaration. Premièrement, les chimpanzés ne vont pas "en guerre" comme les humains peuvent le faire. Il peut y avoir de la violence entre groupes, surtout lorsque les ressources sont rares, mais qualifier cette violence de "guerre" est exagéré. Les meutes de loups sont très territoriales et peuvent repousser violemment une meute qui s'aventure sur ses terrains de chasse. Parlerait-on de "guerre" des loups? Ben voyons...

Deuxièmement, les chimpanzés ne sont pas nos seuls plus proches cousins vivants. Les bonobos le sont également et ils sont tout à fait pacifiques.

Troisièmement, les chimpanzés ont beau être de proches cousins, ce sont tout de même des animaux. M. Peterson devrait savoir que la psychologie humaine est infiniment plus complexe que celle des chimpanzés. Toute comparaison est donc très boiteuse.

Quatrièmement, notre dernier ancêtre commun vivait il y a 10 millions d'années! Ça fait longtemps en crisse! Alors je me méfie des gens qui regardent les chimpanzés modernes et qui tentent de tracer des parallèles entre eux et nous.

Tribalism also has a central problem — and it’s not competition, despite the tendency of competition to produce, at least temporarily, winners and losers. it’s cooperation, because cooperation is what allows us to exist as bounded groups. A group, by definition is a collective cooperatively aiming at something. It can’t be aimed at nothing, because nothing cannot unite. It only divides. Thus, attacks on collective purpose, because of its tendency to produce tribalism, merely divides. The politics of identity, which emerge when the central purpose is criticized too destructively, inevitably produce the situation described in the story of the Tower of Babel: Everyone fragments into primitive tribes and speaks their own language.

Un groupe est une collectivité qui collabore afin d'atteindre un but commun.

Ok. Un peu vague et un peu simpliste.

Je crois comprendre qu'il parle de politique identitaire ici et c'est cette dernière qu'il associe au tribalisme, à la division et à la destruction.

C'est vrai et faux.

C'est vrai parce que certaines politiques identitaires sont effectivement destructrices. Le féminisme, qui tente de créer une hargne compétitive et revancharde entre les hommes et les femmes en est un bon exemple. Les mouvements racistes qui souhaitent que des privilèges soient accordés à un groupe racial et pas aux autres sont également destructeurs. Les groupes religieux qui cultivent la haine des autres groupes et qui veulent imposer leurs pratiques et leurs croyances à tout le monde sont terriblement dangereux et destructeurs.

Mais d'autres politiques identitaires sont, au contraire, rassembleuses et essentielles pour nos sociétés. Qu'y a-t-il de mal à ce que le peuple portugais soit indépendant et qu'il ne soit pas subjugué à l'Espagne? Qu'y a-t-il de mal à ce que le peuple catalan souhaite la même chose? Le fait que les Ukrainiens ne souhaitent pas être une province de la Russie est-il un simple tribalisme destructeur? Pas du tout!

One alternative to fragmentation is union under a banner – a collective ideal, cause, or purpose. The problem with uniting under a banner, as the postmodernists who push identity politics rightly point out, is that to value something means simultaneously to devalue other things. Thus to value is an exclusionary process. But the alternative is valuelessness, which is equivalent to nihilism – and nihilism does not produce freedom from exclusion. It just makes everyone excluded, and that is an intolerable state, directionless, uncertain, chaotic, and angst-ridden. When such uncertainty reaches a critical level, the counter-response appears: first the unconscious and then the collectively expressed demand for a leader, possessed by the spirit of totalitarian certainty, who promises above all, to restore Order. Thus, a society without a unifying principle, oscillates, unmoored, between nihilism and totalitarianism.

Certaines des généralités de ce paragraphe me semblent discutables, mais je vais essayer de trouver l'essentiel du message.

Si je comprends bien, Peterson dit que nous devons nous unir sous une bannière (laquelle?), des valeurs (lesquelles?) et un principe unificateur (lequel?) sans quoi nous sommes condamnés au nihilisme et au totalitarisme.

Très vague.

Je trouve ça très collectiviste comme message. Très conformiste. "Marche dans la même direction que les autres, sinon c'est toi le problème." C'est justement ce qui me fait tant chier des idéologues qui croient détenir LA vérité et qui refusent d'entendre les opinions divergentes.

Toutefois, si la bannière est celle de la liberté, du dialogue, du sain débat et de la démocratie, alors là, j'en suis.

Human beings have been wrestling with this problem since the beginning of civilization, when our capacity to form large groups, for all its advantages, also started to pose a new threat: that of the hyper-domination of the state, collective or purpose. But without the state, there is just fragmentation into smaller groups. The group itself cannot be done away with because for better or worse, human beings are social animals, not loners, like sharks or tigers. We’re team players, but being on one team means not being on others. This means that any given team sidelines, marginalizes, and alienates those who cannot play their game, as well as conflicting with other teams.

La fragmentation en plus petits groupes n'est pas nécessairement une tragédie. Parfois, c'est pour le mieux. La Norvège et la Suède ont décidé de se dissocier en 1905 et ils ne s'en portent pas plus mal. L'Islande est une autre belle histoire.

Cela étant dit, oui, l'hyper-domination de l'état sur le peuple est effectivement un problème sérieux qui perdure à ce jour.

Il me semble toutefois que cet argument vient invalider le précédent. Peterson est-il collectiviste ou pas? Il croit que le peuple doit être uni sous une même bannière mais ne veut pas que l'état l'impose, c'est ça? Alors qui choisit cette bannière unificatrice exactement? Vraiment pas clair... je ne sais plus trop où il s'en va avec tout ça...

In the west, starting in the Middle East, thousands of years ago, a new idea began to emerge (evolve is not too strong a word) in the collective imagination. You might, following Dawkins, consider it a meme, although this is far too weak a word. This idea, whose development can be traced back through Egypt to Mesopotamia, before disappearing into unwritten history, is that of the Divine Individual. 

Les religions ne sont pas des idéologies qui postulent la divinité de l'individu. Elles postulent l'existence d'une ou de plusieurs divinités qui dominent l'humanité et auxquelles les humains doivent obéissance et soumission. Toutes les religions considèrent les humains comme des êtres infiniment inférieures à ces divinités.

This eons-old work of the imagination is a dramatic presentation of an emergent idea, which is the solution to how to organize social being without falling prey to nihilistic divisiveness or deceitful totalitarian certainty: The group must unite under the banner of the individual. The individual is the source of the new wisdom that updates the antiquated, nihilistic or totalitarian detritus and glory of the past.

Affirmer que les religions sont des idéologies individualistes est une sornette inqualifiable. Elles sont précisément le contraire.

C'est à se demander sur quelle planète Peterson vit. Je sais bien qu'il faut s'attendre à une certaine incohérence lorsqu'on parle à un croyant, mais là c'est du délire.

For better for worse, that idea reaches its apogee in Christianity. 

L'idée de l'individualisme atteint son apogée dans le christianisme?

Calvaire... le bonhomme délire complètement.

Le christianisme est le parfait exemple d'une hiérarchie toute-puissante qui impose son idéologie par la propagande et même par la force s'il le faut! Une idéologie qui prêche la soumission, la foi aveugle, l'obéissance et la honte de l'éternel pécheur indigne que nous sommes tous!

Même dans ses valeurs les plus admirables, telles que la générosité, le pardon et la paix (qu'il n'a pas inventées, soit dit en passant), le christianisme est tout sauf individualiste. Le croyant est carrément comparé à une brebis qui doit sagement suivre son pasteur sans se poser de questions et sans douter!

Cette affirmation de Peterson tient du délire.

The divine individual is masculine because the feminine is not individual: The divine feminine is, instead, mother and child. However, it a hallmark of Christian supposition that the redemption of both men and women comes through the masculine, and that is because the masculine is the individual. The central realization – expressed dramatically; symbolically – is that the subordination of the group to the ideal of the Divine Individual is the answer to the paradox of nihilism and totalitarianism.

Est-ce que c'est moi qui suis un gros cave étroit d'esprit ou ceci est du pur délire?

Le divin individu est masculin? Le féminin n'est pas individuel? Le divin féminin est dans la maternité?

Tabarnak, mais qu'est-ce qu'il raconte là?

Ce n'est pas en psycho qu'il aurait dû étudier ce type-là, mais plutôt en théologie!

Je ne peux pas vous décrire ma profonde déception à la lecture de ces lignes. J'avais ce type-là en si haute estime. Ça m'apprendra à placer des gens sur des piédestaux.

The Divine Individual is the man that every man admires, and the man whom all women want their men to be. The Divine Individual is the ideal from which deviations are punished by the group with contempt and disgrace and fidelity to which is rewarded with attention and honor. The Divine Individual is not the winner of any individual game but the player who plays fair and is therefore continually invited to play. The Divine Individual is the builder, maintainer and expander of the state, he who boldly goes where no man has gone before, and someone who eternally watches over the widows and the children. His power of direct and honest communication is that which identifies, discusses and resolves the continually emergent problems of human existence. He is the Savior of the World.

Euh... hum... ok...

Je ne sais même plus par où commencer pour essayer de dégager du sens de tout ça.

Premièrement, l'usage du mot "divin" me fait lever le poil sur les bras parce que je pense qu'il l'utilise dans son sens propre. Il ne dit pas "divin" comme moi je dirais "divin" au sens figuré en parlant d'un bon repas ou d'une mélodie ou d'un quelconque chef-d'oeuvre. Non, je crois comprendre qu'il parle vraiment de divinité dans le sens de Dieu. C'est vraiment fucké. Pour que cela fasse un peu de sens, je vais remplacer "divin" par "parfait"...

Deuxièmement, sa définition d'un être parfait est à la fois ridiculement vague et exagérément précise. On pourrait ajouter plusieurs caractéristiques à cet hypothétique individu parfait et certaines de celles qu'il a choisi me semblent superflues. Et quel est l'intérêt de cet exercice puisque l'individu parfait n'existe pas? Parle-t-il d'un idéal utopique que chacun doit viser même s'il ne l'atteindra jamais? Pas clair.

Troisièmement, son ode à l'individu est teintée de collectivisme. L'individu parfait est l'idéal et toutes les déviations doivent être punies? Ceux qui refusent de se conformer à ce modèle de perfection méritent de subir mépris et disgrâce? Calvaire! On est loin de la liberté en esti!

Quatrièmement, il y a une espèce d'obsession de l'opinion d'autrui ici qui me semble profondément malsaine. L'individu parfait est celui que TOUS les hommes admirent que TOUTES les femmes veulent que leurs hommes soient? Si ton objectif dans la vie est de plaire à tout le monde, ton échec est garanti!

Cinquièmement, son insistance que l'individu parfait ne peut être qu'un homme m'écoeure profondément. Je suis un humaniste et je suis profondément choqué lorsque des gens affirment qu'un des deux sexes est supérieur à l'autre.

Sixièmement, ses déclarations manichéennes empestent le dogmatisme religieux. Tout est bien ou mal. Tout est parfait ou déviant. Tout est digne d'honneurs ou de mépris. Tout est noir ou blanc. On reconnaît bien l'espèce de vision absolutiste chrétienne, dépourvue de nuances ou d'espace qui permet l'interprétation personnelle.

The primary image for women is not the Divine Individual, because of the heavy burden they bear for reproduction. It is, instead, the Divine Mother and Child. This is not to say that man is the Divine Individual, and woman is not, although such confusion is understandable, given the complexity of the problem. Men, like women, have the Divine Mother and Child as an element of their personality. In men, however, it’s in the background, so to speak, as the Divine Individual is in the background of the psyche for women. Men, by necessity, play a less primary role in the care of children. This frees them to act as individuals in a manner that up to now has been nearly impossible for women. 

Est-il en train de dire que les femmes ne peuvent s'accomplir comme individus qu'uniquement dans leur rôle de mère? Et que les hommes ne peuvent pas s'accomplir d'abord et avant tout dans leur rôle de père? Est-ce que c'est vraiment ça qu'il est en train de dire?

Parce que si c'est vraiment ce qu'il est en train de dire, j'ai comme l'envie irrésistible de l'envoyer chier, là.

Identification with these images is belief in them. Belief is not the statement of agreement with a set of facts, but the willingness to act something out, to become something, to stake your life on something. For men and women alike, this means voluntary adoption of responsibility – responsibility for oneself, family and state. In that responsibility, and not in rights, resides Meaning itself – the meaning that makes life bearable.

Le début de ce paragraphe est du charabia.

Vers la fin, si je comprends bien, il avance l'argument que les responsabilités (ce que j'appellerais les devoirs) sont plus importantes que les droits.

Je suis d'accord que de nos jours, toute l'emphase est placée sur les droits et qu'on néglige les devoirs. C'est vrai.

Mais une société saine devrait rétablir un équilibre entre devoirs et droits. C'est lorsque l'un des deux commence à prendre toute la place que les problèmes commencent.

Une société qui met toute l'emphase sur les devoirs est liberticide et totalitaire. Une société qui met toute l'emphase sur les droits est éclatée, égoïste et mesquine.

Societies that refuse to recognize both of these elements therefore doom their inhabitants to purposelessness, unhappiness, sterility, and the aforementioned dangers of nihilistic divisiveness and deceitful, oppressive totalitarian certainty. The meaning in responsibility is the necessary meaning in life, which can serve as a counterbalance to its terrible fragility and tenuousness.

OK, il semble affirmer la nécessité d'accorder de la valeur aux droits ET aux devoirs... on est peut-être en accord là-dessus.

People must unite under the banner, not of their group, and not of nothingness, but of the individual. 

Il généralise.

À mon avis, s'il y a une bannière sous laquelle il faut s'unir collectivement, c'est celle de la liberté d'expression.

Je croyais que Peterson était un champion de cette cause, mais maintenant j'en doute.

This is a brilliant and intrinsically paradoxical solution to the problems of nihilistic nothingness and too-rigid group identity alike. It is the consciousness of the individual which transforms the chaos of potential into habitable cosmos, as the greatest origin stories repeatedly insist. 

La conscience de l'individu transforme le chaos du potentiel en cosmos habitable?

Soit c'est n'importe quoi, soit je suis un pauvre taré qui est incapable de saisir ce grandiose concept. J'sais plus...

Il continue, mais sincèrement, il me perd complètement alors j'arrête ici.

Si vous l'écoutez jusqu'au bout et que vous trouvez que ça se tient, faites-moi signe dans les commentaires. Parce que moi, sincèrement, j'ai l'impression d'écouter quelqu'un qui est en train de perdre la carte.



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