5 janvier 2017

«Le remède imaginaire: pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec»

Voici quelques extraits de cette chronique de Lisée (ça date un peu, mais c'est encore pertinent) à propos de la parution d'un livre sur l'immigration:

(...) L’immigration est un thème délicat et la simple idée de paraître «anti-immigrant» tétanise ceux qui doivent en parler.

Le démographe Guillaume Marois et le philosophe (en fait il est brillamment multidisciplinaire) Benoit Dubreuil ont décidé de braver la tétanisation en contredisant tous les lieux communs qui dominent depuis quelques années le discours public, et politique, québécois sur l’immigration.

Aujourd’hui dans La Presse, André Pratte leur donne parfaitement raison en répliquant que l’immigration est au contraire un «poison imaginaire». Dubreuil et Marois ont-ils affirmé que l’immigration est un «poison»? Non. Pratte doit d’ailleurs concéder ce point. Ce qui ne l’empêche pas de choisir ce titre pour stigmatiser la thèse.

Or, s’appuyant sur une documentation scientifique fouillée, les auteurs passent au hachoir des faits les présupposés ambiants. (...)

L’immigration est-il un remède contre le vieillissement de la population québécoise? Non. Il n’agit qu’à la marge. Enfant du baby boom, le vieillissement est pour l’essentiel inéluctable. Seul le prolongement du temps de travail au-delà de 60 ans permettra d’amortir, économiquement, le choc. Seule une hausse de la natalité permettra d’amortir, démographiquement, le choc.

Un remède, alors, pour les coffres des finances publiques permettant de soutenir une proportion croissante de retraités? Aucune étude, aucun calcul ne permet de le croire. Si impact il y a, il sera plutôt négatif que positif, les difficultés d’intégration au marché du travail des immigrants faisant plutôt baisser la moyenne par personne des revenus de l’État.

Un remède, donc, pour l’augmentation de la richesse du Québec? Augmentation, certes, de l’activité économique, car plus il y a de travailleurs/consommateurs, même pauvres, plus il y a d’économie. Mais pour la richesse moyenne de chaque Québécois? Au contraire. L’immigrant moyen, et de manière croissante depuis les 30 dernières années, déprime la richesse moyenne plutôt que de la faire croître, même à long terme.

Un remède pour enrayer la pénurie d’emploi, qu’on nous annonce terrible, un trou de 740 000 emplois? Voire. Accueillir 54 000 immigrants en un an, comme l’an dernier,  équivaut à créer une banlieue deux fois plus grande que ma ville natale de Thetford Mines. L’arrivée de ces consommateurs crée des emplois : construction, bouchers, électriciens, service de garde, etc… Ce n’est qu’à la marge qu’ils occupent davantage d’emplois qu’ils n’en créent. Quelle marge ? Les auteurs citent des études qui parlent d’un rapport de 0,02% de recul d’emploi chez les non immigrants pour chaque 1% d’immigration en plus. Il faut donc 50 immigrants pour combler 1 emploi supplémentaire. Et pour la pénurie de 740 000 emplois dont on nous annonce imprudemment l’émergence d’ici 2014 (dans trois ans !) ? Il nous faudrait plus de 35 millions d’immigrants ! (Les auteurs contestent également ce chiffre stratosphérique d’emplois à combler.)

Évidemment, si on cible spécifiquement une pénurie d’emploi (infirmières) et qu’on fait entrer des infirmières dont on reconnaît les diplômes et l’expérience, on obtiendra un impact immédiat et réel. Ce en quoi les ententes de réciprocité professionnelle avec la France, si tant est que le solde est positif pour le Québec, pourront avoir un impact mesurable. L’augmentation générale des seuils d’immigration, non.

Le premier ministre Charest se vantait ces jours derniers de l’exploit que constitue l’arrivée au Québec l’an dernier d’un nombre record de 50 000 nouveaux arrivants. Des travaux de Marois et Dubreuil on peut conclure que cette augmentation aura certes des résultats, dont deux en particulier:

Une augmentation des difficultés durables d’intégration à l’emploi, car la sélection des immigrants par Québec laisse entrer des candidats mal préparés au succès. Le Vérificateur général avait déjà, l’an dernier, mis en lumière les insuffisances de la sélection. Les deux auteurs vont plus loin et nous apprennent entre 1000 autres choses que la «note de passage» appliquée aux demandeurs est nettement moins élevée (51% du pointage) au Québec que celle appliquée aux immigrants au Canada (67%). Autrement dit, nos voisins canadiens font un tri plus sérieux et accueillent des immigrants dont les chances de succès d’intégration sont meilleures.

Un affaiblissement du français, en particulier à Montréal, car la composition linguistique de l’immigration tire constamment vers le bas la proportion de francophones. Moi qui suis de près ces choses, j’apprends dans ce livre que la proportion de résidents de l’île de Montréal ne parlant ni le français ni l’anglais à la maison, qui était de 12% en 1986, est de 20% en 2006. (Ajout: certes, comme l’indiquent des internautes, cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas le français ou l’anglais comme langue d’usage, mais cela augmente le niveau de difficulté de l’intégration.)

Ce sont les deux seuls résultats mesurables. Et on veut davantage d’immigration?

Remarquablement, les auteurs démontrent que la politique d’augmentation de l’immigration, décidée par Québec ces dernières années, ne s’est appuyée sur aucune étude étayant les bienfaits annoncés par le gouvernement. Au contraire, ils n’arrivent à trouver aucun spécialiste, consulté par Québec, qui ait offert un fondement scientifique ou économique quelconque à cette fuite en avant.

Ils trouvent évidemment, dans la presse et les déclarations politiques ou de lobbies, une reprise constante du discours selon lequel l’immigration est «essentielle» pour permettre au Québec de surmonter ses défis démographiques et politiques. L’existence de ce livre forcera tous les commentateurs et élus à réajuster leur discours en fonction du réel, ou alors de monter une preuve concurrente crédible.

(...) Marois et Dubreuil font avec ce livre une oeuvre de salubrité publique. Ils nettoient le terrain factuel sur lequel doit se fonder notre politique d’immigration et nos débats sur le sujet..

Nous souhaitons faire preuve de solidarité internationale ? Recevons les réfugiés, comme nous l’avons fait hier avec les Chiliens et les Haïtiens, les Vietnamiens et les autres.

Nous souhaitons faire preuve d’humanisme et réunir les familles des immigrants déjà parmi nous ? Ouvrons les bras, sachant que nous faisons ainsi une dépense, justifiée  par notre statut de nation riche, pas un investissement.

Nous pensons que le Québec devrait être une société d’accueil, au même niveau que les autres nations occidentales (alors que nous sommes aujourd’hui, per capita, parmi les champions de l’immigration, davantage que les États-Unis et l’Europe)? Alors faisons-le en connaissance de cause: cela nous coûtera cher, ne règlera aucun de nos problèmes économiques ou de vieillissement.

Mais nous le ferons à un niveau raisonnable, sans se faire d’illusion sur son impact économique ou démographique et en procédant, enfin, à une sélection sérieuse qui mettra au processus toutes les chances de succès, pour la société d’accueil comme pour ceux qu’on souhaite accueillir.

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