16 janvier 2017

SOLO tome 1 par Oscar Martin

Cette BD se déroule dans un monde futuriste dévasté par des guerres atomiques. Les habitants tentent tant bien que mal de survivre dans un environnement hostile et stérile où les ressources se font cruellement rares. Si certains d'entre eux sont humains, d'autres sont des descendants d'animaux mutants qui ont évolué pour devenir humanoïdes: des chiens, des porcs, des chats, des mustélidés, etc. Ces derniers sont dorénavant bipèdes et aussi intelligents que les humains.

Solo est un rat. Il vit avec ses parents et ses deux jeunes frères dans un désert gelé où il a appris à chasser le gibier mutant en compagnie de son père. Il est quotidiennement confronté aux bêtes sauvages et aux attaques de groupes ennemis, ce qui a fait de lui un combattant redoutable. Mais le manque de ressources le pousse à quitter sa famille et à chercher sa fortune ailleurs. Il prend donc la route, sans but précis, vivant au jour le jour de ce qu'il attrape. Philosophe, il se questionne sans cesse sur la raison de son existence et le sens de la vie.

Bien que déjà fort pénible, sa vie bascule dans l'horreur lorsqu'il est capturé par des humains qui font de lui une espèce de gladiateur. Il est forcé d'affronter d'autres combattants dans l'arène et ces derniers sont de plus en plus féroces, de plus en plus dangereux. Solo se bat pour survivre et devient progressivement une véritable machine à tuer, à trancher, à décapiter, à lacérer, à démembrer. Arrivera-t-il à garder contact avec l'être entier qu'il a jadis été, avec ses espoirs, ses rêves, ses questionnements et ses valeurs profondes?

Cette BD réussit à combiner à merveille des scènes d'action à couper le souffle et l'évolution psychologique intime, réaliste et touchante d'un personnage. C'est là un exploit que bien peu arrivent à équilibrer efficacement. Il est effectivement facile de basculer dans la violence gratuite ou dans une espèce d'ennuyeux verbiage dépourvu d'intérêt, mais ce n'est pas du tout ce qui se passe ici. Les scènes de violence sont omniprésentes, mais de par la nature du personnage et de ses déchirements intérieurs, cette violence n'est jamais glorifiée. Elle est vue comme un mal nécessaire, comme le seul recours à la survie d'un héros doux et récalcitrant dans un monde cruel.

Et il y a quelque chose d'absolument captivant dans l'odyssée de ce personnage foncièrement bon dans un monde aussi abominable. Il livre un combat non seulement pour la survie du corps, mais également contre des forces néfastes qui souhaitent l'anéantir psychologiquement et cela rend le récit irrésistible. On en vient inévitablement à voir le rat mutant comme un noble héros et les personnages humains comme les véritables monstres.

J'ai été accro du tout début à la toute fin. Solo est un personnage fascinant. Les dessins de Martin sont superbes. Ils ne sont pas sans rappeler certains films d'animation de notre enfance, mais avec des scènes décidément très matures. Les cases sont magnifiques et effroyables à la fois, mais toujours très dynamiques. Les scènes de combat ressemblent à des celluloïds statiques tirés d'un film d'animation. Martin nous dépeint des batailles qui mettent souvent en scène de nombreux combattants et le tout est parfaitement fluide. Les actions sont cohérentes et compréhensibles, ce qui n'est pas un mince accomplissement. Le choix des couleurs, tout en teintes de beiges et de bruns, est très intéressant et ajoute à ce sombre sentiment de désespoir qui guette notre valeureux héros. Vraiment, une oeuvre très réussie.

J'ignore si ces films ont été une influence quelconque pour l'auteur, mais cette BD m'a tantôt fait penser au premier film de Conan et tantôt à Mad Max. Si vous avez une affection particulière pour ces films, comme c'est le cas pour moi, je crois que cette BD vous ravira.




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