8 février 2017

Éliminer les bulletins chiffrés au primaire?

Voilà une suggestion fort intéressante:

« Les enfants passent trop de temps à se préparer aux examens et pas assez à apprendre. » Cette affirmation pleine de sens a été dite en novembre dernier par notre ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

M. Proulx envisage de s’inspirer de nos voisins ontariens pour diminuer le nombre d’évaluations au primaire et au secondaire. Il y a donc de l’espoir. 

D’ailleurs, si notre ministre souhaite aller au bout de son raisonnement, il peut également regarder du côté de la Finlande, où il n’y a pas de bulletin chiffré avant l’âge de 13 ans, donc pas avant le secondaire. Pourquoi ? Parce que l’un des objectifs centraux du système éducatif finlandais consiste à respecter le rythme d’apprentissage de l’élève, et non à lui imposer des évaluations à date fixe (et des bulletins chiffrés) comme c’est malheureusement le cas au Québec. 

L’idée qu’un élève épanoui et libre de se développer à son rythme acquerra plus aisément les savoirs fondamentaux n’a rien d’une utopie de pédagogue illuminé. En revanche, stigmatiser nos élèves en difficulté, comme nous le faisons au Québec, relève de pratiques archaïques qui soulèvent des questions simples d’un point de vue éthique.

Combien parmi nous continueraient à pratiquer un sport ou un instrument de musique si, dès l’âge de 6 ans, on nous avait accordé un D ou une note de 52 % sur un bout de papier ?

Qui continuerait à vouloir pratiquer ce sport ou à jouer de cet instrument de musique l’année suivante ? C’est pourtant ce que notre système d’éducation demande à nos jeunes élèves !

Qui plus est, la batterie d’examens et d’évaluations qui sévit dans nos écoles primaires conduit les enseignants à passer des heures interminables à légitimer la note dans le bulletin des élèves. En Finlande, on utilise plutôt ce temps pour enseigner, tout en ayant à l’esprit la progression des apprentissages de chacun des élèves. Pas étonnant que les petits Finlandais de 7 à 13 ans ne passent que 500 heures par année en classe, alors que les élèves québécois sont à l’école 900 heures. Pourtant, les élèves finlandais figurent parmi les meilleurs au monde. 

Mieux encore : il n’y a pas d’évaluation nationale avant l’âge de 16 ans en Finlande. Ici, on provoque une période de stress inutilement intense dès la quatrième année du primaire, donc entre 9 et 10 ans. Pourquoi ? Pour qui, surtout ? Maintient-on vraiment ces pratiques obsolètes sans s’interroger sur l’impact dévastateur chez nos élèves ? D’ailleurs, se pourrait-il que les 20 % d’élèves qui n’obtiennent pas de diplôme une fois adulte soient ceux qu’on stigmatise à coup de notes dès l’âge de 6 ans ? 

Ici, dès la première année, on stresse avec la fluidité, soit la vitesse à laquelle l’enfant lit des mots. Ne pourrions-nous pas simplement cultiver le goût de la lecture ?

Ne pourrions-nous pas simplement les exposer à mille et un livres de littérature jeunesse afin d’enrichir leur univers ?

J'adore l'idée.

Le problème, c'est qu'une telle réforme doit être accompagnée d'un grand changement de mentalité chez les enseignants de primaire et chez les parents. Car comme on l'a vu lors de l'implantation de la précédente réforme, ce sont eux qui ont le pouvoir de tout saboter s'ils ne sont pas convaincus du bien-fondé de la démarche.

Et faire accepter des idées neuves dans nos écoles primaires, c'est une tâche très, très, très difficile. Je sais malheureusement de quoi je parle.



2 commentaires:

Mam'Enseignante a dit…

Je donne très peu d'évaluations. J'ai un contrôle aux deux semaines sur les dernières notions vues. Je donne des "examens" deux semaines avant la fin de l'étape pour "justifier" ma note et c'est tout.

Et en US, j'ai poussé l'idée à offrir aux élèves une évaluation différenciée. J'ai eu trois présentations sur les Iroquoiens jusqu'a maintenant: un Prezi, une maquette où tous les éléments étaient présents et une histoire où l'élève passait toutes les informations vues. Ça se fait :)

Prof Solitaire a dit…

Ce que tu partages là est de la musique à mes oreilles...

J'essaie aussi de garder les évaluations formelles à un minimum, il semblerait bien que nos réflexions nous amènent dans la même direction, chère collègue!