5 mars 2017

BEFORE WATCHMEN: Comedian

Quiconque a lu l'extraordinaire série Watchmen est familier avec le Comedian. Bien que la série s'ouvre sur son assassinat, le lecteur apprend à découvrir le personnage à travers de nombreux flashbacks. Ces derniers nous dressent le portrait d'un homme sombre, impulsif, cynique, dangereux et parfois carrément malveillant.

Mais par dessus tout, le Comedian (Eddie Blake de son vrai nom) est un personnage qui SAIT. Tel un Machiavel, il connait la réalité qui se cache derrière l'histoire officielle et les grands titres des journaux. Il sait quels secrets cachent les puissants. C'est d'ailleurs précisément pour cette raison qu'il est tué dès les premières pages de la série Watchmen.

C'est donc avec beaucoup d'espoir que j'ai entamé cette série-ci. J'espérais en savoir plus sur ce personnage, mais surtout à propos de ce qu'il savait. Et, à travers cela, j'espérais une meilleure compréhension du monde des Watchmen.

Il s'agit d'une uchronie dans laquelle Nixon est toujours président en 1985. Le scandale du Watergate n'a jamais éclaté et il a été réélu et réélu depuis. Le Vietnam a été carrément annexé par les USA et devient le 51e état. J'avais vraiment envie d'en savoir plus sur les événements qui ont mené à cette nouvelle réalité.

Malheureusement, et ce malgré des débuts prometteurs, cette série n'offre à peu près rien d'intéressant.

1963

Dans le premier numéro, on découvre que le Comedian était vraiment très proche des Kennedy. Très, très proche. Il joue même au football avec les trois frères devant leur résidence privée. Puis, on voit la première dame, Jacqueline Kennedy, demander à Eddie de supprimer Marilyn Monroe, la maîtresse de son mari. Le Comedian obtempère. Puis, à la fin du numéro, alors qu'il s'apprête à arrêter Moloch, il apprend par le biais de la télé que JFK a été assassiné.

1964

Dans le second numéro, on voit qu'Eddie est toujours lié d'amitié avec Robert Kennedy. Puis, il est envoyé au Vietnam à titre de "conseiller", afin de remonter le moral des troupes. Toutefois, il décide de prendre une part très active dans les combats. Il est sans merci. Il connait et participe à toutes les magouilles. C'est même lui qui est responsable du déclenchement officiel des hostilités. En effet, c'est lui qui a tiré sur le USS Maddox, dans le golfe du Tonkin.

Mon problème ici, c'est que les événements se déroulent exactement de la même manière que dans notre monde à nous. En d'autres termes, la présence du Comedian lors de ces événements est complètement inutile et redondante. Dans notre monde, Monroe est morte, JFK est assassiné et la guerre du Vietnam est déclenchée par l'incident du USS Maddox. À quoi bon introduire un personnage fictif dans cette histoire si sa présence n'a absolument aucun impact?

1965

Dans le troisième comic, Eddie revient temporairement aux USA et est confronté aux manifestations contre la guerre du Vietnam. Il semble être très hostile à la cause des droits civils des Noirs. Il intervient même dans une manif pour encourager les Noirs à piller des magasins afin que ces derniers aient mauvaise presse. Robert Kenney désapprouve et la relation entre eux devient tendue.

1968

Dans le quatrième comic, le Comedian est toujours au Vietnam. Il se drogue et son état mental semble se détériorer. Il en a marre de cette guerre et veut qu'elle finisse une bonne fois pour toute. La meilleure façon d'atteindre cet objectif, selon lui, est de semer la terreur chez l'ennemi. Il décide donc de mener une attaque contre un village sans défense qu'on devine être Mỹ Lai. Les habitants sont impitoyablement massacrés. Encore une fois, l'histoire progresse de la même façon que dans notre monde et la présence du Comedian est donc complètement inutile.

Le cinquième comic nous montre le massacre et ses répercussions. À la toute fin, Robert Kennedy reçoit un rapport à propos de ce qui s'est passé et est horrifié.

Dans le sixième comic, Eddie est de retour aux USA. Un contact au sein du FBI l'informe de l'existence d'un complot pour assassiner Robert Kennedy. Sur le coup, Eddie veut en informer son ami, mais il change d'idée lorsque ce dernier l'informe qu'il a l'intention de rendre public l'implication d'Eddie dans le massacre de Mỹ Lai. Le Comedian est aux côtés de RFK lors de son dernier discours au Ambassador Hotel. Puis, lors de la fusillade qui s'ensuit et dans la confusion, c'est Eddie qui tire le coup de grâce et qui assassine Robert Kennedy. Les dernières pages nous montrent un Eddie Blake, assis dans sa voiture, couvert de sang et rongé par le remord.

Encore une fois, tout se déroule exactement de la même manière que dans notre monde. La présence du Comedian n'est nullement nécessaire. On n'apprend absolument rien d'intéressant, ni à propos du personnage du Comedian, ni à propos du monde dans lequel il évolue.

Parlez-moi d'une série parfaitement inutile!

Seule qualité rédemptrice de cette série: les très bons dessins de J.G. Jones. Quoi que, là aussi, il ne s'agit pas des plus belles planches de la carrière de ce talentueux artiste.

Les couvertures sont également très réussies. Malheureusement, il s'agit d'un leurre...


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