13 mai 2017

La souveraineté? Peut-être, mais...

Suite à la publication de ce billet, un lecteur a écrit un commentaire pour exprimer ses réserves face à la souveraineté du Québec.

J'ai trouvé son commentaire très intéressant parce qu'il est, en quelque sorte, une assez bonne synthèse d'arguments très répandus dans la population. Ce n'est donc pas dans le but de le tourner en dérision, mais plutôt dans celui d'offrir un point de vue différent que j'ai eu envie de répliquer.

Avec sa permission, voici donc son commentaire ainsi que ma réponse:

Je ne suis pas entièrement contre l'idée du Québec en tant que pays, mais pour ce faire il faudrait que j'aille confiance dans le leadership politique de ce nouveau pays, et ce n'est pas demain la veille que cela risque de ce produire.

Je ne ferais pas confiance au leadership actuel non plus. Mais comme ce dernier est presque entièrement composé de libéraux fédéralistes, ce ne sont pas ces rapaces-là qui seraient appelés à prendre la tête d'un éventuel pays souverain.

Pour ce qui est du leadership souverainiste, on a du monde très solide dans ce camp-là. Lisée a ses défauts et je ne me suis jamais gêné pour le critiquer, mais c'est un intellectuel solide et intègre. De plus, beaucoup de gens qualifiés qui ne se sentent nullement interpellés actuellement n'hésiteraient peut-être pas à mettre la main à la pâte s'il s'agissait d'établir une république souveraine, ce qui est un sujet beaucoup plus emballant et patriotique que la simple gérance d'une province.

Le nationalisme québécois est basé sur l'histoire du conflit Franco-Anglo dans lequel les immigrés ne se voient pas représentés. Ils y voient un conflit racial entre blancs, donc ce sont les blancs de-souche francophones qui veulent se bâtir un pays ils se s'y reconnaissent tout simplement pas.

Je ne suis pas d'accord. Le patriotisme québécois est comme tous les autres patriotismes du monde, il est basé sur une identité commune et une fierté de lui appartenir. C'est essentiellement aussi simple que ça.

Le conflit avec les voisins joue un rôle un peu mythique dans la définition de cette identité, comme c'est le cas dans beaucoup de nations, mais ce n'est ni le coeur et ni la raison d'être première de ce patriotisme.

Des gens m'ont déjà demandé comment je pouvais être souverainiste tout en étant anglophile et marié à une anglophone. Je m'étonne toujours qu'ils y voient une quelconque contradiction parce que moi, je n'en vois aucune. Être fier d'être ce que l'on est ne signifie pas automatiquement que l'on déteste l'autre ou que l'on se considère supérieur à lui. Moi, tout ce que je veux, c'est que mon peuple soit l'égal de tous les autres peuples de la Terre.

Si le Québec était un pays, nous pourrions enfin avoir une relation saine et fraternelle avec le Canada anglais. Une relation d'égalité plutôt que la relation de domination-soumission toxique dans laquelle nous sommes présentement coincés.

Finalement, à propos des immigrants, c'est là une des principales raisons pour laquelle le pays est si urgent. Présentement, la majorité des immigrants qui viennent s'établir ici adoptent l'identité canadienne et la langue anglaise. On ne peut pas leur en vouloir. Si vous alliez vivre en Espagne, vous apprendriez l'espagnol, pas le catalan. C'est tout à fait logique.

Or, si le Québec était un pays, les gens qui choisiraient de venir vivre ici seraient des gens qui souhaitent se joindre à la société québécoise et vivre en français. Ça aussi, c'est parfaitement logique.

Il faudrait plus qu'une simple division linguistique pour distinguer le Québec du Canada. Il faudrait des valeurs claires, différentes des valeurs Canadiennes, qui rassembleraient tous les québécois peu importe leur couleur de peau ou leurs origines.

J'ai vécu un an en Nouvelle-Zélande.

Sais-tu quelle est la différence principale entre un Néo-Zélandais et un Australien?

Non?

Eux non plus ne le savent pas trop.

Ils parlent la même langue, partagent un héritage britannique et des valeurs fondamentales communes, se sont battus dans les mêmes bataillons pendant les deux guerres mondiales, ont des intérêts économiques similaires, des positions géographiques voisines, écoutent la même musique et les mêmes émissions de télé, adorent tout autant le rugby et le criquet les uns que les autres, etc. Même leurs drapeaux sont presque identiques.

Mais ils savent qu'ils sont Néo-Zélandais. Ils en sont fiers. C'est ça leur identité. C'est envers ce pays qu'ils éprouvent un sentiment d'appartenance et de patriotisme. Ils ne sont pas des Australiens et s'offusquent lorsqu'on leur dit qu'ils le sont. Ils tiennent à leur souveraineté et n'accepteraient jamais de n'être qu'une province de l'Australie.

C'est tout ce dont on a besoin pour avoir un pays. Moi, comme la plupart des Québécois, c'est ici que je me sens chez moi. Lorsque je vais en Ontario ou en Alberta, je ne suis plus chez-nous. J'aime bien y aller, il y a des coins magnifiques, mais je m'y sens à l'étranger.

Les différences entre un Québécois et un Canadien anglais sont beaucoup plus considérables que celles qui existent entre un Néo-Zélandais et un Australien. Ou entre un Américain et un Canadien-anglais. Ou entre un Britannique et un Irlandais. Ou entre un Norvégien et un Suédois. Pourtant, personne ne remet en question le droit d'exister de ces pays.

Les Québécois ne valent pas moins que les Néo-Zélandais, que les Norvégiens ou que les Irlandais.

Il faudrait un leadership dont on peut être fier avec une vision claire et un plan économique fort et viable.

Entièrement d'accord là-dessus. Les souverainistes doivent élaborer un projet clair, emballant et rassembleur. J'aimerais me prêter à l'exercice sur ce blogue, mais je manque de temps pour pondre quelque chose de bien... éventuellement peut-être, stay tuned!

Cela prendrait un changement complet des structures gouvernementales pour éliminer les pertes, les gaspillages et la majeure partie de la bureaucratie lourde qui nous rend si taxés mais si peu servis. Ce nouveau gouvernement devra être léger et centriste plutôt que lourd et maternaliste-socialiste de gauche comme il l'est présentement.

Pas d'accord. Le nouveau pays ne doit pas être une utopie gauchiste, ni une utopie libertarienne. Il ne doit aliéner ni la droite, ni la gauche. Il doit être profondément ouvert, tolérant, démocratique et donner la possibilité à chacun de débattre des enjeux et, en cas de victoire électorale, de donner au pays les orientations pour lesquelles les citoyens auront voté.

Les gens devraient avoir le droit de voter pour des maternalistes-socialistes si ça leur chante...

Les québécois devraient être fiers de parler français, l'école devrait recevoir des plaintes de parents et d'élèves qui trouvent que le français n'y est pas assez fort à leur goût, pas de parents qui trouve que leur petit illettré devrait obtenir son diplôme même s'il n'est pas capable d'enchaîner dix mots sans faire de fautes.

Ceci n'est pas un pré-requis au pays.

La souveraineté n'est pas une récompense qu'on obtient après avoir construit une société idéale.

C'est le contraire!

La souveraineté, c'est L'OUTIL avec lequel on construit une société meilleure.

Quand nous serons rendus là, quand nous nous serons pris en main et que nous serons véritablement un peuple uni, fier et différent des autres qui nous entourent, stables financièrement et socialement.
Alors là je voterai oui à l'indépendance avec un grand sourire et la tête haute.

Je le répète, tu prends le problème à l'envers.

C'est en étant un pays souverain, c'est en prenant notre place aux côtés des autres nations du monde et c'est en assumant pleinement notre identité que nous deviendrons un peuple fier, uni, différent et épanoui.

Mais je ne voterai jamais pour remettre les clés d'un pays indépendant dans les mains d'incompétents sans vision qui ne font qu'empirer les problèmes, jeter de la poudre aux yeux du peuple tout en pelletant la facture vers l'avant et blâmer leurs échecs sur les bévues du gouvernement passé.

Tu décris les libéraux. Ce sont eux les parasites depuis 14 ans. Ce sont eux qui ne s'intéressent qu'à leur petite carrière et à leurs p'tits amis. Ce ne sont pas eux qui veulent un pays.

De plus, dans un pays souverains, le débat public pourrait enfin s'intéresser à autre chose qu'à la sempiternelle crise d'identité qui nous paralyse. On aura alors une vraie droite et une vraie gauche qui offrira des programmes distincts et tu pourras bien choisir de militer ou de voter pour qui tu veux.

On pourra enfin arrêter de simplement survivre et enfin commencer à vivre.

De tous les partis présentement à l'assemblée nationale, aucun d'entre eux n'est digne de confiance! C'est du pareil au même, des faces interchangeables qui ne veulent que s'enrichir et grossir le gouverne-maman tout en conservant leurs intérêts. Les politiciens actuels n'ont qu'un but, la réélection. Mais bon, je suis peut-être un peu cynique.

Définitivement.

Je ne sais pas si tu es assez vieux, mais moi j'ai 44 ans et je me souviens de l'époque pré-Jean Charest. Des scandales et de la corruption généralisée comme celle qui existe présentement, il n'y en a pas eu sous Parizeau, Bouchard et Landry. Le gouvernement Lévesque est reconnu pour son intégrité et sa défense indéfectible des intérêts nationaux.

Alors tu généralises la corruption libérale à tout le monde. Et c'est bien malheureux.



5 commentaires:

Alex a dit…

J'aime bien ta réponse même si je ne partage pas ton point de vue.

Le problème avec les gens issus de l'immigration a bien été exprimé par votre phrase
"Des gens m'ont déjà demandé comment je pouvais être souverainiste tout en étant anglophile et marié à une anglophone."
Ce n'est pas qu'il y a réellement une quelconque contradiction, c'est qu'il y a une grande PERCEPTION de contradiction. C'est le même problème au niveau de l'immigration, ce n'est pas réellement une question uniquement entre blancs francophones, mais c'est perçu comme tel.

Je pense qu'au niveau politique du pays québécois on se rejoint pas mal, du moins initialement. J'apportais le point que présentement le gouvernement (et cela depuis plus de 40 ans à en regarder l'histoire) grossit, tout s'alourdit, le monstre en veux toujours plus, tant au niveau Canadien que Québécois, ce qui cause des pertes énormes en gaspillage et lourdeur gouvernementale à tous les niveaux.
Un nouveau pays ne pourra se permettre une telle lourdeur puisqu'il s'endetterais plus rapidement que le gouvernement Canadien dans la dernière année.

Je comprends ton point de vue que de faire du Québec un pays serait un outil pour faire une société meilleure, mais je trouve ça utopique comme façon de penser.
la création d'un pays serait le moment idéal pour tout mettre à zéro, toutes les lois, le système politique, la santé, l'éducation, l'économie... C'est utopique et ça ne se produira probablement jamais.
Au contraire je pense plutôt que les défis et l'impacte économique néfaste initiale d'une telle séparation ne ferait qu'accentuer les problèmes qu'on a déjà, surtout qu'en étant honnêtes nous devons réaliser que la formation du pays ne serait probablement pas utilisé comme nouveau point de départ à zéro.

À titre d'exemple; On ne suggérerais pas à un jeune de 24 ans sur le BS vivant dans le sous-sol de ses parents, diplômé mais sur-endetté et dont l'argent qu'il fait à travailler une jobine de fin de semaine en dessous de la table lui sert à se payer des jeux-vidéos, de la bière et des cigarettes de s'acheter une maison, une voiture et d'être responsable d'un enfant. Il faudrait premièrement qu'il se prenne en main, s'occupe de sa dette, mettent son diplôme à bon usage etc. Sinon la faillite l'attend dans le détour.
Il en est de même pour le Québec.

Mais pire encore, la vision multiculturaliste qui infecte chaque parti politique, même le PQ (j'ai cru, un moment, que ce serait différent avec Lisée mais il a démontré assez rapidement son absence de colonne), est le pire ennemi de la souveraineté. Justin Trudeau l'a bien décrit en disant que le Canada est le premier pays post-national, sans identité propre. Aujourd'hui la notion même du nationalisme est équivalente, pour plusieurs, au racisme et l’extrême droite.
Regarde juste comment la question de la charte des valeurs à divisé le peuple et a été ridiculisée par le médias comme étant raciste et rétrograde. Comment donc même considérer que la formation d'un pays est envisageable si la simple notion de mettre par écrit nos valeurs propres de base est si controversé?

Je n'ai que 33 ans, mais la corruption date de bien avant mon temps. Mon père était policier dans les années 70 et 80 et le système état déjà corrompu à l'époque. (Les histoires qu'il nous a racontés...)

Le PQ a historiquement toujours été l'ami des grands syndicats, et je ne connais pas de plus grande source de corruption moderne que ceux-là.
La corruption gouvernementale a toujours été là, dans l'ombre. La seule différence c'est qu'aujourd'hui elle a été montrée au grand jour et peut difficilement retourner se cacher, nous savons qu'elle est là maintenant.

Prof Solitaire a dit…

"Un nouveau pays ne pourra se permettre une telle lourdeur puisqu'il s'endetterais plus rapidement que le gouvernement Canadien dans la dernière année."

1- Je ne crois pas qu'il serait possible de s'endetter au même rythme que le Canada, même si on essayait.
2- Si tu as raison, alors tu mets de l'avant un argument intéressant en faveur de la souveraineté. Si c'est ce que ça prend pour nous forcer à couper dans la lourdeur bureaucratique, alors tant mieux!

"Je comprends ton point de vue que de faire du Québec un pays serait un outil pour faire une société meilleure, mais je trouve ça utopique comme façon de penser."

Au contraire, l'utopie c'est de croire que la société idéale est un pré-requis à l'indépendance. On serait aussi bien d'oublier ça, parce que des sociétés idéales n'existent pas. Tous les pays qui sont devenus souverains l'ont fait dans le but de bâtir une société meilleure, pas pour se récompenser d'avoir déjà réussi à atteindre leur but.

De plus, si le fait d'être une société idéale était un pré-requis à l'indépendance, alors aucun des pays qui existent actuellement ne mériteraient de l'être.

"la création d'un pays serait le moment idéal pour tout mettre à zéro, toutes les lois, le système politique, la santé, l'éducation, l'économie..."

EXACTEMENT! Imagine ça! L'opportunité de refondre la société et ses institutions, de les moderniser, de les rendre plus efficaces, de créer un pays pour le 21e siècle, de se réinventer! Ce serait extraordinaire!


Prof Solitaire a dit…

"Au contraire je pense plutôt que les défis et l'impacte économique néfaste initiale d'une telle séparation ne ferait qu'accentuer les problèmes qu'on a déjà"

1- Nous sommes à la hauteur de ces défis. Si le Kosovo et le Timor oriental est à la hauteur, alors nous le sommes aussi.

2- L'impact économique néfaste ne fait pas consensus auprès des experts. Et s'il se manifestait vraiment, il serait probablement de courte durée. Les études crédibles que j'ai lues s'entendent pas mal toutes là-dessus.

3- Les menaces de conséquences économiques néfastes sont l'arme principale des forces du statu quo. Et ce sont habituellement des menaces vides.

"surtout qu'en étant honnêtes nous devons réaliser que la formation du pays ne serait probablement pas utilisé comme nouveau point de départ à zéro."

C'est ton cynisme qui parle. Moi je pense que ça transformerait complètement la dynamique de la société et ce, en profondeur. Regarde l'impact colossal de la révolution tranquille et imagine l'impact encore plus colossal qu'aurait une réelle conquête de notre indépendance.

Ta comparaison du Québec à un jeune de 24 ans sur le BS reflète davantage un sentiment d'auto-dérision que la réalité. Ce sentiment d'infériorité est une conséquence de notre conquête, de notre domination étrangère et de nos défaites. Si nous nous en affranchissions, nous cesserions de nous apitoyer sur notre sort et nous pourrions être optimistes face à l'avenir. En ce sens, une comparaison à une personne qui quitte un(e) conjoint(e) abusif(ve) et dominateur(trice) refléterait mieux la réalité.

Le PQ a des tentations multiculturalistes, c'est vrai. Et c'est très inquiétant. Mais comparativement aux libéraux et aux solidaires, il est encore bien loin de cette folie.

Pour ce qui est de la corruption, bien sûr il y en a toujours eu et il y en aura toujours, mais ce que Charest a mis en place est bien pire que ce qui existait auparavant. Il faut remonter à Duplessis pour trouver pire.

Alex a dit…

Ma comparaison avec le jeune de 24 ans sur le BS reflète bien la réalité du Québec je trouve.
- Diplômé: donc qui possède des compétences certaines
- Endetté et qui se contente d'un emploi qui mène nulle-part et ne contribue en rien à son avenir.
- Il vit dans le sous-sol de ses parents, dépendant ce ceux-ci mais avec l'illusion d'une certaine autonomie tant qu'il suit certaines règles et reste dans le cadre qui lui est imposé et lui semble de plus en plus restrictif.

Il a tout ce qu'il lui faut pour s'accomplir et se sortir de son impasse mais il ne trouve tout simplement pas la motivation nécessaire à s'émanciper. Tout ce qu'il envisage lui demandera d'abandonner certains avantages dont il aime profiter.

Mais, à bien y réfléchir, si on pouvait se débarrasser du poison du multiculturalisme et former une plateforme nationaliste clairement inclusive et rassembleuse autour de valeurs occidentales communes, je serais prêt à affronter le défi et mettre mon épaule à la roue.
(J'ai au moins 3 amis qui en tomberais de leur chaise si ils lisaient ce dernier paragraphe :D)

Prof Solitaire a dit…

Je comprends l'idée de ta comparaison, mais j'sais pas, man... comparer tout un peuple à une seule personne, particulièrement à un loser qui vit dans le sous-sol de sa mère... ça demeure boiteux. C'est une généralisation abusive.

Pour le reste, on est pas mal sur la même longueur d'ondes. J'me disais bien qu'il restait un peu d'idéalisme sous ta carapace de cynique. Et je t'encourage à sortir du placard avec tes potes! ;-)