26 juin 2017

Le réchauffement climatique n'existe pas?

Le Youtubeur potholer54 est l'un des meilleurs pour donner la réplique aux climatosceptiques. J'en ai déjà partagé un bon exemple avec vous ici.

Dans celui-ci, il anéantit complètement les pseudo-arguments d'un certain Bill Whittle:





21 juin 2017

PUNISHER: THE END de Ennis et Corben



J'adore Richard Corben. Pour moi, Richard Corben est... Dieu. Enfin, bon, je prends mes pilules et je me calme.

Je l'ai découvert pour la première fois au travers du film « Heavy Metal » de Gerald Potterton qui présentait une adaptation fort réussie des aventures de « Den », un jeune nerd qui se retrouve propulsé dans l'univers fabuleux de « Neverwhere ».

« Neverwhere » est une série (malheureusement, à ce jour, inachevée) qui se déroule dans un univers peuplé de toutes sortes de créatures fabuleuses : dragons, sorciers, monstres divers et surtout des femmes fabuleusement belles. A l'origine de cette fabuleuse saga se trouve un court-métrage en dessin-animé intitulé « Neverwhere ». Le comic-book en est la suite. Inspiré des œuvres de Edgard Rice Burroughs (« Barsoom »), Robert Erwin Howard (« Conan ») et H. P. Lovecraft, l'histoire tourne autour d'un jeune homme du nom de David Ellis Norman qui se retrouve propulsé dans un univers parallèle après avoir construit une machine à partir de notes laissées par son oncle qui l'a probablement précédé mais que l'on ne rencontrera jamais, à moins que Dan et Den ne soient la même personne, sachant que le second semble avoir partiellement perdu la mémoire au cours de son voyage.

En dehors de cela, Richard Corben est l'auteur d'innombrables récits dont « Bloodstar » d'après Howard, « Rip in time », « The Arabian nights » (en fait une suite aux aventures de Sinbad le marin, qui n'est pas un personnage des « 1001 nuits » contrairement à la croyance populaire),  « Vic and Blood » avec Harlan Ellison (qui est à la fois l'adaptation et la conclusion du film « A boy and his dog » sorti en 1975 avec un jeune Don Johnson dans le rôle de Vic), « The Bodissey » (qui est une sorte de parodie de « Den »), ainsi que d'un grand nombre de récits « underground ».

Il a également réalisé pour Marvel, en outre « Punisher : The end », « Marvel Max's Cage », « Ghost Rider : Johnny Blaze, de vie à trépas » « Starr the slayer » et « The Hulk : Banner ».

Richard Corben a en outre illustré plusieurs pochettes d'albums : « Bat out of Hell » de Meat Loaf, « Bad for good » pour Jim Steinman et « Livin' in Hysteria » pour « Heaven's Gate ». Il a également réalisé l'affiche du film de Brian de Palma : « Phantom of the paradise », en plus de co-réaliser le long-métrage : « The Dark Planet » avec Christopher Wheate.

Et je n'ai fait là qu'égratigner la surface.

Cela fait des années que je tente de mettre la main sur tout ce qu'il a fait et je suis encore très loin du but.

Mais revenons à « The end ». Cette mini-série écrite par Garth Ennis, parue en 2004, fait partie d'une collection Marvel qui s'attache à montrer les derniers jours de différents super-héros de l'univers Marvel : « Fantastic Four », « Hulk », « Iron Man », « Spider Girl », « Wolverine », « X-Men » et « Marvel » qui met en scène la fin de l'univers sous les yeux de Thanos.

Mais que peut être la fin pour le Punisher, cette arme vivante, serviteur de la mort, peut-être presque amoureux de celle-ci comme Thanos ? Que peut représenter la fin pour un homme dont la fonction unique est de tuer tous les criminels, tous les « coupables » qu'il croise, alors que cette population se renouvelle sans cesse ?

Castle est tel Sisyphe, poussant éternellement son rocher au sommet d'une colline, dans le Tartare. « On perçoit l'absurdité du personnage tant dans le désespoir de tenter d'échapper à une mort inévitable, que dans la tentative d'achever un travail interminable. »
(Source : Wikipedia)

Mais il est aussi Thanatos, « ennemi implacable du genre humain. » (Source : Wikipedia)

Son cas semble correspondre également à celui des névrosés de guerre tels que décrits par Freud : «Freud, dans Au-delà du principe de plaisir, parvient à la conclusion paradoxale que principe de plaisir et pulsion de mort ne s'opposent pas, ne sont pas contraires : dans la mesure en effet où le plus bas niveau de tension (niveau que le principe de plaisir veut atteindre) correspond en définitive à l'état de repos du non-vivant, le principe de plaisir est au service de la pulsion de mort. »
(Source Wikipedia)

Pour résumer, le Punisher ne peut atteindre le repos tant que l'humanité perdurera. « La fin » est donc non seulement la sienne, mais celle du monde.

L'histoire débute « D'ici peu ». La troisième guerre mondiale s'apprête à prendre un tour dramatique. Après avoir commencé en Irak, au Pakistan et en Corée du Nord, elle s'est étendue à la Chine et à la Birmanie. Des pourparlers de paix à Dublin ont échoué. Ce sera la guerre nucléaire sous huit jours maximum, les missiles sont peut-être déjà en route.

Au pénitencier de Sing-Sing, le directeur prend son téléphone sous les yeux de son adjoint et donne l'ordre de distribuer les armes à tous les gardes. L'ordre émane d'Albany, la situation est bel et bien irréversible et il est exclu de relâcher des criminels dans un monde irradié : « Ça ferait désordre. » Le ciel est traversé de nuages sombres, le soleil se couche sur l'humanité.

Dans les couloirs de la prison, aux cellules désormais pleines de cadavres sanglants, cinq gardes errent encore. Les autres se sont enfuis, mais il n'est pas dans l'intention du capitaine qui dirige cette tuerie de masse de les suivre. Comme il en informe ses derniers adjoints, il existe dans le sous-sol du pénitencier un abri antinucléaire parfaitement approvisionné.

En attendant, il leur reste un dernier boulot à effectuer. Ils doivent s'occuper du bâtiment D, celui qui abrite les pires raclures de l'établissement, et parmi eux « un fils de pute qui aurait tué tous nos détenus s'ils l'avaient pas bouclé ici. ». 

Cet homme, vous l'aurez deviné, c'est Frank Castle, dit « le Punisher ».

Pendant « trente ou quarante ans il a sévi, tuant à tour de bras... » 

On peut donc estimer son âge actuel à une soixantaine d'année. C'est pour cela qu'il a fini par être arrêté et envoyé ici. Mais pour lui ce fut « un vrai cadeau de Noël. (...) D'un seul coup, il avait un public captif. »

Résultat : « Trente-six trous du cul à la morgue un mois après son arrivée. »

« Un an après, un juge a dit qu'expédier un homme à Sing-Sing, c'était comme de filer de la barbaque à un tigre. »

Les hommes arrivent devant la cellule du Punisher, prêts à le mettre une bonne foi hors d'état de nuire. C'est à ce moment que l'attaque survient, précédée d'une pulsion électromagnétique qui a pour effet de griller toutes les installations électriques des environs. Y compris de neutraliser les portes des cellules. Dans l'obscurité, les cinq gardes sont livrés à leur pire cauchemar.

Dix hommes se sont réfugiés dans le bunker lorsque les missiles ont atteint leurs cibles. Près d'un an plus tard, deux hommes émergent d'un tunnel : Frank Castle et un petit escroc du nom de Paris Peters. Ils vont marcher dans les ruines d'un monde mort. « Il ne reste même pas un rat ou une mouche. » Les scènes que Richard Corben dessine là sont absolument époustouflantes. Les nuages sont en feu, le paysage qui se révèle à eux dans ce clair-obscur est terrifiant. Je doute qu'un autre dessinateur eut été capable de rendre l'horreur de celui-ci avec une telle maestria. Il est impossible de déterminer avec certitude si c'est le jour ou la nuit.

Ces hommes sont déjà morts et ils le savent : « Il faut mille ans pour que la radioactivité retombe à un niveau négligeable. » En conséquence, ils n'ont que soixante-douze heures à vivre.

L'un des survivants du bunker, William Teacher, a révélé un secret à Castle avant de mourir. Un secret qui l'a emmené croupir à Sing-Sing. Castle a donc un but, le Punisher a encore des gens à tuer. Peters, lui, se contente de le suivre pour ne pas mourir seul : « C'est la fin du monde. Et j'ai rien de mieux à faire. »

Les deux hommes se dirigent vers New York, environ quarante miles à pied dans un désert irradié, peuplé de fantômes, des squelettes abandonnés dans des voitures bloquées dans des kilomètres de bouchons, aussi loin que le regard porte dans cette nuit éternelle.

Lorsqu'ils atteignent New York, c'est pour découvrir une cité totalement dévastée. « Brooklyn a été frappé de plein fouet. » La « mégalopolis » n'a jamais autant mérité son surnom. C'est ce que nous découvrons sur une superbe et irréelle double-page.

L'état des deux hommes se dégrade rapidement. Du liquide leur coule des yeux et du coin de la bouche. Ils souffrent de desquamation. Mais Castle est au bout de son voyage : là où se trouvait les tours jumelles, un bunker à quatre-vingt-dix étages de profondeur, soit près de trois-cent mètres. Tout au fond, un ascenseur avec un digicode. Castle possède le code, offert par Teach. Il sait aussi ce qui les attend lorsque les portes se refermeront.

Réveil dans une chambre d'hôpital aseptisée dans des cases à dominante verte. Une docteure en combinaison antiradiations le soigne. A l'extérieur, deux gardes dans le même accoutrement attendent, l'arme au poing. « On a eu des suicides. Mais aussi quelques meurtres. » lui dit-elle. D'autres bunkers existent ou existaient. Ils sont sans nouvelles de Washington, Dallas, Los Angeles.

Elle lui fait une piqûre d'adrénaline pour tenir le coup. Erreur fatale. Castle est prêt à accomplir la tâche qui l'a mené jusque-là. Il lui donne l'ordre de réveiller Paris.

Et c'est parti. « Il était une fois une bande d'enculés. (…) Ils pouvaient vendre n'importe quoi à n'importe qui. (...) Et un jour... inévitablement... Ils sont allés trop loin avec la planète. » Sur une pleine page, Castle, vêtu de noir, le visage grimaçant, les yeux rouges sang décharge ses fusils d'assaut. En arrière-plan, on peut voir la Terre, dans l'obscurité de l'espace. Les deux Amériques piquetées de points rouges, manifestations des impacts nucléaires.

Et puis Castle et Peters atteignent leur but, tenant à peine debout, perdant leurs cheveux, du sang dégoulinant par tous leurs orifices et pris de tremblements incontrôlables : le Saint Graal, le COVEN. « C'est l'heure. » La vengeance de « Teach » a sonné.

Un homme tente de négocier : ils ont perdu tout contact avec Washington depuis cinq mois, ceux de Los Angeles se sont entretués, d'autres, à travers le monde se sont tus au bout de trois mois. Ils sont les derniers, les seuls qui puissent encore perpétuer la race humaine à l'aide d'embryons congelés. Ils doivent donc vivre. Les cases qui montrent la salle de communication sont teintées de bleu-vert, mais tandis que l'homme parle, Corben nous présente le visage du Punisher en gros plan sur fond rouge sang, à demi obscurci et les yeux rougeoyants comme ceux du Terminator.

« Des vendeurs hors pair. 
Capables de vendre n'importe quoi à n'importe qui. 
Sauf moi. »

Quand tout est fini, Castle quitte le bunker. Des flammes s'en échappent, semblant se propager partout, mettant le feu aux immeubles en ruine et aux monceaux d'ossements.

« On est en 1976. »

Castle s'en va rejoindre sa famille. Il espère arriver à temps pour les sauver.



Les Québécois sont-ils des immigrants?

Dans ce billet, je dénonçais les propos d'Obama qui a déclaré à Montréal que nous sommes "un pays d'immigrants".

Voici quelques autres articles qui s'attaquent à cette notion ridicule.

D'abord, le maître, Mathieu Bock-Côté:

Une fraude historique

Le 375e anniversaire de Montréal nous rappelle à quel point l’histoire est l’objet d’immenses manipulations idéologiques. L’une d’entre elles cherche à nous faire croire que nous serions tous des immigrants, mis à part les Amérindiens, seuls vrais fondateurs de la ville et du pays. Les Français? Ils n’auraient été qu’une vague migratoire parmi bien d’autres dans l’histoire de Montréal. Ensuite seraient venues d’autres vagues, les Anglais, les Écossais, les Irlandais, les Italiens, les Grecs et tant d’autres.

Il faut dire que ce n’est pas vraiment nouveau. Même au ministère de l’Éducation, on tient aussi ce discours à propos du Québec. On déclasse symboliquement la Nouvelle-France d’un trait de plume. On fait disparaître la France et son effort de colonisation. On réécrit l’histoire. On en invente une nouvelle, mensongère, mais conforme aux canons de la rectitude politique. C’est une histoire multiculturaliste. Une histoire fabulée.

On comprend l’enjeu politique de cette réécriture. Il s’agit de nier aujourd’hui que la majorité historique francophone soit le cœur de la nation. On veut en faire une communauté parmi d’autres, ayant le même statut que n’importe quelle communauté immigrée­­.

Cette thèse a des conséquences identitaires. On justifie historiquement un nouveau droit fondamental, celui de ne pas s’intégrer à la nation d’accueil. On veut transformer les Québécois­­ francophones en étrangers­­ chez eux.

Prétendre que nous sommes tous des immigrants, c’est insulter l’histoire de ceux qui ont fondé, défriché et inventé ce pays. C’est humilier la mémoire de la Nouvelle-France. C’est mépriser sa grandeur mystique et conquérante. C’est nier nos racines françaises. C’est nier notre identité et ridicu­liser nos combats pour la préserver.

Redisons-le: nous ne sommes pas tous des immigrants. Nous voulons bien accueillir dans des proportions raisonnables ceux qui veulent s’ajouter à nous pour peu qu’ils s’intègrent. Nous ne voulons­­ pas pour autant nous effacer­­ et disparaître.

Denise Bombardier:

Immigrants, nous?

Rien ne nous sera épargné­­. Montréal est en fête et cette commémoration de la fondation de Ville-Marie par nos ancêtres français permet au maire Denis Coderre de conclure que «nous sommes tous des immigrants». Tous, mais d’abord et avant tout les Canadiens français de souche. On a bien compris­­ le message.

Le maire n’en est pas à un raccourci près lorsqu’il veut nous faire part de la réflexion qui inspire ses initiatives. Pour comprendre sa vision orthodoxe du multiculturalisme, ne l’oublions pas, puisque Denis Coderre­­ a été dans une vie antérieure ministre libéral à Ottawa. Le multiculturalisme s’est développé et s’est épanoui, si l’on peut dire, pour en arriver à cette création surprenante qu’est le Canada post national tant vanté et incarné par Justin Trudeau. Dans ses voyages à l’étranger, il commande l’admiration­­ de nombre de gens qui ignorent par ailleurs ce qu’est le Canada­­ en dehors des clichés. Et c’est à l’initiative de Pierre-Elliot Trudeau, père de la Charte des droits que le multiculturalisme, cette réponse au nationalisme québécois, s’est imposé. Que Denis Coderre prenne ses aises avec l’histoire et nos ancêtres français ne devrait donc pas nous surprendre.

(...) Le procès du colonialisme de ces grands empires a déjà été fait. Avec raison, d’ailleurs. Mais on ne peut pas réécrire l’histoire selon les critères moraux d’aujourd’hui. Les idéologues qui plaquent notre réa­lité actuelle à la lecture de celle du passé en arrivent, eux, à conclure que nous, les Blancs, sommes criminels de tous les malheurs du monde. En prenant possession de la Nouvelle­­-France, nous serions devenus­­ les initiateurs du génocide des autochtones et à ce jour, nous en demeurons les coupables.

Cette petite phrase prononcée par le maire Coderre pour bien montrer son ouverture aux communautés culturelles du Québec d’aujourd’hui est une façon de dénoncer insidieusement les Québécois qui se revendiquent de leur histoire, de leur culture propre et de leurs ancêtres, qui ont bâti ce pays. C’est une invitation à un déracinement collectif de la majorité francophone. Quel paradoxe tout de même de lancer le message aux immigrants de conserver leur culture d’origine et d’exiger des Québécois de souche qu’ils se fondent, eux, dans cette diversité culturelle canadienne en marche.

Le très honorable Governor of Canada a poussé cet argument idiot à son ultime extrême et ça lui a pété au visage:

Le gouverneur général David Johnston s'est excusé publiquement lundi pour avoir qualifié les membres des Premières Nations d'immigrants lors d'une récente entrevue.

(...) Dans une entrevue radio diffusée samedi à CBC, le gouverneur général mentionnait que l'immigration canadienne puisait ses racines si loin qu'elle incluait également les Autochtones.

Ces commentaires ont fait jaillir une pluie de critiques sur les médias sociaux, de nombreux Canadiens déplorant la mentalité coloniale inhérente à ce type d'interprétation de l'histoire.

Alors consolons-nous chers amis! Dans 13 000 ans, nos descendants pourront enfin être considérés comme n'étant pas des immigrants eux non plus!



"Le Québec n’est ni raciste ni islamophobe"

C'est ce qu'affirme Nadia El-Mabrouk dans ce texte:

En tant que néo-Québécoise d’origine tunisienne, je trouve profondément injuste que le Québec qui m’a accueillie à bras ouverts soit devenu la cible d’accusations de racisme et d’islamophobie. L’intégration à une nouvelle société est évidemment un défi pour tout immigrant, et les chances d’y parvenir ne sont pas les mêmes pour tous. Mais parler de l’islamophobie comme d’un mal qui rongerait le Québec est parfaitement injustifié.

L’islamophobie et le racisme ont tellement envahi le discours qu’ils font même avorter des projets de convergence politique. Ils sont utilisés comme des mots-matraques pour calomnier son adversaire.

(...) Les musulmans seraient-ils particulièrement touchés par les crimes haineux au Canada ? Selon des données de 2013 de Statistique Canada, les juifs seraient trois fois plus touchés que les musulmans, avec 181 crimes contre les juifs, 65 contre les musulmans et 29 contre les catholiques. En dehors de l’horrible attentat de la mosquée de Québec qui soulève encore de nombreuses questions, les chiffres ne révèlent pas une flambée de violence envers les musulmans. D’ailleurs, l’élan de solidarité qui s’est manifesté à la suite de cet attentat représente bien le Québec généreux que je connais.

Il est cependant évident que les innombrables actes de terreur commis presque quotidiennement partout sur la planète au nom de l’islam suscitent des propos haineux, de l’aversion et des réactions de rejet envers l’islam. La seule façon d’arrêter cette barbarie et de redorer le blason de l’islam est de s’attaquer à l’islam politique. C’est ce qu’explique l’islamologue Noomane Raboudi dans un article paru en mai et intitulé « S’engager contre l’islamisme ne peut que servir les musulmans au Québec et ailleurs ».

Mais au lieu de s’en prendre à l’islamisme, la volonté politique est plutôt d’endiguer tout discours critique envers l’islam et l’islamisme. À ce chapitre, les initiatives ne manquent pas. En témoigne la motion contre l’islamophobie adoptée à l’Assemblée nationale du Québec en 2015, la motion 103 adoptée en mars 2017 visant à endiguer l’islamophobie au Canada, le projet de loi 59 qui s’apparentait à une loi contre le délit de blasphème et, plus récemment, la création au Québec d’un comité-conseil en vue d’une commission sur le racisme et la discrimination systémique. L’éducation à l’autocensure est également présente dans le cours Éthique et culture religieuse, où les enseignants sont appelés à sensibiliser les élèves aux discours islamophobes, mais sans jamais les mettre en garde contre les dérives intégristes des religions.

Faire de l’islamophobie le problème à combattre a pour effet de faire porter la faute au citoyen, qui serait coupable, par ses propos, de provoquer la radicalisation. Ainsi, ce concept est bien souvent utilisé pour justifier la censure, et même camoufler des actes et discours répréhensibles.

On se souviendra de la sociologue Valérie Amiraux qui, agissant comme témoin expert en mai 2016 dans le procès de deux jeunes accusés d’avoir planifié un attentat terroriste à Montréal, recommandait qu’une partie de la preuve soit cachée au public pour ne pas attiser « l’islamophobie » !

Au chapitre de la censure, l’annulation à Québec de la pièce Djihad du réalisateur Ismaël Saidi est particulièrement choquante. Considérée en Europe comme un outil pédagogique unique de sensibilisation à la radicalisation, elle est ici censurée de peur de stigmatiser l’islam. N’y aurait-il que les islamistes à être autorisés à parler de l’islam au Québec ?

Par ailleurs, il est navrant de constater que les concepts d’islamophobie et de racisme sont utilisés à des fins politiques pour manipuler un électorat sensible à un discours de victimisation. En témoigne l’épisode du congrès de QS où certains membres influents ont violemment dénoncé le projet de laïcité du PQ. Pourtant, affirmer une laïcité de fait et d’apparence est en continuité avec la marche du Québec, amorcée depuis la Révolution tranquille, vers une neutralité complète de l’État à l’égard des religions. La défense de la liberté de conscience contre tout prosélytisme, principalement à l’école, est une condition essentielle permettant de freiner la montée des intégrismes religieux et de favoriser l’intégration de tous.

Finalement, ce concept d’islamophobie conduit à camper les musulmans dans une posture de victimes qui ne fait que ralentir le combat contre l’islamisme et favoriser la radicalisation. De plus, il offre une vision erronée du Québec et ne contribue pas à faire naître un débat d’idées sain entre les citoyens. Le Québec ne se divise pas entre musulmans et non-musulmans, mais plutôt entre partisans d’un communautarisme prônant un retour à des valeurs patriarcales conservatrices et un « nous » rassembleur de citoyens, de toutes les origines, soucieux de préserver des valeurs progressistes d’égalité, de liberté et de laïcité.



La radioactivité et la vie extra-terrestre?

Voici une nouvelle théorie fort intrigante:

A new study published in the Astrophysical Journal Letters examines whether radioactive decay could support life on ocean worlds like Jupiter’s moon Europa.

In the icy planetary bodies around the Solar System, radiation emitted by long-lived radionuclides contained in rocky cores could break up water molecules and support hydrogen-eating microorganisms.

To address this possibility, the study’s authors modeled a natural water-cracking process called radiolysis, and applied the model to several known or suspected ocean worlds: Enceladus, Ceres, Europa, Titania, Oberon, Pluto, and Charon.

(...) Ocean water permeating the porous rock of the core could be exposed to ionizing radiation and undergo radiolysis, producing molecular hydrogen and reactive oxygen compounds.

“Microbial communities sustained by H2 have been found in extreme environments on Earth,” Bouquet said.

“These include a groundwater sample found nearly 2 miles (3.2 km) deep in a South African gold mine and at hydrothermal vents on the ocean floor.”

(...) While hydrothermal activity can produce considerable quantities of hydrogen, in porous rocks often found under seafloors, radiolysis could produce copious amounts as well.

Radiolysis may also contribute to the potential habitability of ocean worlds in another way.

In addition to molecular hydrogen, it produces oxygen compounds that can react with certain minerals in the core to create sulfates, a food source for some kinds of microorganisms.

“Radiolysis in an ocean world’s outer core could be fundamental in supporting life,” Bouquet said.

“Because mixtures of water and rock are everywhere in the outer solar system, this insight increases the odds of abundant habitable real estate out there.”



Magnifique trilobite d'Anticosti

Le réchauffement climatique s'est-il arrêté en 1998?

Après avoir récemment répliqué à ce zigoto, voici que Thunderf00t s'y remet pour notre plus grand plaisir:





Dale Chihuly





Yehuda Adi Devir

Cet artiste israélien illustre les réalités quotidiennes de la vie de couple à travers ces très amusantes petites BD:





Silvio dB

Ehsan S. Azzuz

Elizabeth Beals

John Gallagher II












D'autres oeuvres ici.

Trouvé ici.


Austen Mengler

jorge molina manzanero II




D'autres oeuvres ici.

Trouvé ici.


Zulkarnaen Hasan Basri

20 juin 2017

Quotient intellectuel, intelligence et personnalité

Comme mes lecteurs de longue date le savent, j'adore qu'on bouscule mes idées préconçues. Et c'est ce qui est arrivé lorsque j'ai écouté cette fascinante conversation entre Sam Harris et Charles Murray.

Avant de l'écouter, si vous m'aviez demandé ce que je pense du quotient intellectuel, je vous aurais dit que c'est de la foutaise. Je vous aurais dit que l'intelligence n'est pas quelque chose qui peut être clairement définie et encore moins mesurée et chiffrée. Je vous aurais dit que l'intelligence d'un individu évolue pendant sa vie et que, comme un muscle, elle peut devenir plus efficace et plus puissante. Je vous aurais également dit que l'éducation des parents joue un rôle de premier plan dans le développement intellectuel des enfants.

Dans la même veine, je vous aurais affirmer sans hésiter que l'idée de comparer l'intelligence de différentes "races" est répugnante, que le concept même de race me semble périmé, que si un groupe ethnique réussit moins bien qu'un autre, cela est principalement dû à des problématiques sociales et pas à l'intelligence de ses membres.

Mais après avoir entendu cette conversation, je ne suis plus sûr de rien. Chacun des points ci-dessus est mis à mal par Murray et Harris, pour ne pas dire complètement anéanti. Et j'adore ça. Il faut absolument que je me tape ce livre.

Voici la conversation ainsi que quelques extraits notoires:



(31:12) "There is just this fact which is one of the most well attested facts in psychology that a person's ability to reason logically and mathematically and visual spacially along with their semantic knowledge of the world, the size of their vocabulary for instance, all of these abilities are highly correlated. It's this correlation which has been dubbed "general intelligence" and this is what IQ tests measure."

(35:05) "The role of IQ in explaining success, IQ has the same role as weight does in an offensive line in the NFL. If you take the starting linemen in the NFL and you correlate their productivity with their weight, the correlation's basically going to be zero. Because the heaviest linemen are not the best linemen. But you have to be 300 pounds to get the job. And that's the way with IQ. Motivation, what they now call grit, and a variety of other things are decisively important but if you're going to be a theoretical physicist, you have to weigh 300 pounds to begin with. And then, among theoretical physicists, these other qualities will be really important in determining how good you are." 

(38:34) "There is this notion that if traits are genetically determined, that's bad. And if traits are environmentally determined, that's good because we can do something about them. And if there is one lesson that we have learned from the last 70 years of social policy, it is that changing environments in ways that produce measurable results is really, really hard. We actually don't know how to do it, no matter how much money we spend."

(39:07) "Virtually everything important psychologically, these traits are highly heritable. This includes the big five personality traits: extraversion, agreeableness, conscientiousness, neuroticism and openness. A person's personality is about 50% ascribed to genetic inheritance and the rest to environment."

(39:45) "There's the shared environment and there's the non-shared environment. That's one of the things that the twins study has elucidated. It's the non-shared environment that takes up almost all of that 50% of personality characteristics that is not explained by genes. Non-shared environments can be all sorts of things. It can be you had different teachers in school, it can be you ran with different peer groups. It can also be that parents treat children differently. So the maternal warmth that a mother shows to one twin is sometimes much different than the warmth shown to another. But the thing about the non-shared environment is that it's not susceptible to systematic manipulation. It's idiosyncratic, it's non-systematic."

(41:10) "It is true that parents, (...) we resist that. With the non-shared environment and the small role left for parenting, I will say it flat out, I read that research with the most sceptical possible eye. I was looking for holes in it assiduously. (...) I don't know of anyone who's familiar with the litterature who thinks there's that much of a role left of the kind that parents thought they had in shaping their children."

(44:06) "There are many other things that IQ is correlated with. High IQ is correlated with things like liberal values, being less racist, less authoritarian, less sexist, even less religious, in particular less fundamentalist in your religiousity."

(46:00) "The right used to be kind of boosterish about IQ testing because it seemed to promise a direct road to meritocracy. It would get us out of these class differences and people could just be judged on their own merit."

(47:40) "Now ordinary people are perfectly comfortable with the idea that some people are smarter than others. They're perfectly comfortable that what we call smart gets you kinds of jobs you can't get otherwise. It's the elites who are under the impression that, oh, IQ tests only measure what IQ test measure, and nobody is really able to define intelligence (...) it's culturally biased, on and on. And all of these things are the equivalent of saying the Earth is flat. These are not opinions that you can hold in contest with the scientific litterature. (...) This stuff is not subject to debate anymore. The elite wisdom in colleges is that what I'm saying is pseudo-science. It's very frustrating."

(48:45) "You just referenced two things which are widely believed which are certainly known to be false. (...) The first claim is that IQ tests simply measure people's ability to take IQ tests. That is a shibboleth that is rattling around the brains of many of our listeners. No one in touch with the litterature has thought that was true for a generation. And then there's the idea that these tests are well known to be culturally biased, so that you just cannot get valid data on certain groups (...) That also is not the current opinion of psychometricians anywhere."

(49:35) "It's a matter of predictive validity. (...) If you're an employer and you have only one datum that you can get (...) You are better off knowing an IQ score than you are having a personal interview, having grades, having degrees or anything else. The single most informative thing you can have is an IQ score."

(54:08) "It's also widely believed that race is not a valid biological concept, it's a social construct. There are many ways to see this is untrue (...) It's not an accident that you can generally predict where a person's ancestors came from by sumply looking at his face. There are phenotypic differences between people that have genetic underpinnings and it's not just merely skin deep. There are genetic diseases that various racial groups have or are more prone to. (...) This is just straight biology."

(1:07:45) "To have political equality, you have to treat people as individuals. (...) The variance between individuals will be much higher than the variance between groups (...) The truth is that I learn nothing about a person's intelligence simply by being told that he's black or white or Asian. (...) There will be many many blacks who will be far more intelligent than most whites."

(1:10:48) "To give people a taste of the reaction you got to this book, the sociologist Steven Rosenthal called the book "a vehicle of Nazi propaganda wrapped in a cover of pseudo-scientific respectability, an academic version of Adolf Hitler's Mein Kampf." This was the tenor of the response even among intellectuals and academics who were reviewing the book."

(1:13:21) "We now have social policy embedded in employment policy, in academic policy which is based on the premise that (...) all groups are equal above the neck, whether it's men and women or wheter it's ethnicities. And when you have that embedded into law, you have a variety of bad things happen. (...) What social policy is doing in an employer's mind when it is a black candidate walking into that office is all sorts of things that are raising the cost of hiring that person (...) in terms of vulnerability to discrimination lawsuits, vulnerability to a variety of other regulatory penalties (...) because that person cannot be evaluated on that person's merits and the decision made solely on those merits without encurring risks."


(1:15:15) "There is a strong argument to be made that my colleague at AEI Christina Hoff Sommers has made, that education in recent years has been taken over by essentially an elite wisdom which has feminized education and changed k-12 education into something that boys don't thrive in and girls do. And the answer to that is not to go back into an old form of education which was based on how boys learned, rather it's important to recognize differences between men and women, boys and girls, that exist to do a good job of educating them. Throughout the way that we conduct our economic and educational lives and a lot of other institutions, the equality premise, that all groups of people only have differences in outcomes because of racism or sexism or inappropriate institutions, that assumption has created huge harm."

(1:22:24) "How would I feel if I were a black kid my age, going into college and everybody thought I was there because I was an affirmative action kid? I would hate that. How would I feel if, on the job, I knew that everybody assumed I got that job because of affirmative action? I would hate that. And I would try to do my best to prove them wrong but I find that morally repugnant."





18 juin 2017

Message d'Alexia

Je me souviens très bien d'Alexia. Je lui ai enseigné en 2002-2003. C'était une élève très attachante qui avait un merveilleux sens de l'humour. Je me souviens de son joli sourire. Je me souviens qu'elle me suivait partout comme mon ombre et qu'elle était fascinée par le monde scolaire. Elle adorait m'écouter parler avec mes collègues. Je l'appelait mon petit radar parce qu'elle était toujours aux aguets.

Elle m'a écrit de temps en temps au cour des années, mais je n'avais pas de ses nouvelles depuis un bon bout de temps.

Puis, elle m'a recontacté sur Facebook l'autre jour. Elle va merveilleusement bien. Elle est fiancée et elle enseigne! En Égypte!

Puis, elle m'a écrit ceci: "J'essaye de t'imiter lorsque j'enseigne haha, j'ai toujours des flashbacks de lorsque j'étais dans ta classe! (...) tu m'as transmis ta passion pour l'enseignement."

Vous dire que ceci m'a touché serait un euphémisme!

Faque, c'est pas pour me péter les bretelles, mais la technique d'enseignement révolutionnaire du Prof Solitaire a maintenant des répercussions en Égypte, les cocos!

Quand t'es big, t'es big! ;-)


Je sais, je sais, j'ai un début de bedaine qui commence à poindre. Il faudrait ben que j'arrête le Mountain Dew et que je recommence à m'entraîner...

Éventuellement...


17 juin 2017

THE PUNISHER: BORN de Ennis, Robertson et Palmer



J'aime pas Garth Ennis. D'accord, c'est un grand scénariste de comic-books qui a reçu un paquet de prix, mais c'est aussi un gros cave.

Je m'explique, Garth Ennis est né en Irlande du nord en 1970. A l'origine catholique, il a rejeté ce qu'il considère comme une religion décadente et hypocrite pour devenir athée. Fasciné par le sujet de la seconde guerre mondiale, il est un fervent admirateur de l'esprit anglais et du principe du « Rule Brittania ». Il est également profondément francophobe.

Alors, vous me direz qu'il a le droit. Le problème, c'est que tout cela s'accompagne d'un esprit fanatique que je qualifierais de pénible et chiant à la longue. Ça relève chez lui carrément de la pathologie.

« That said, the volume (Preacher: All Hell's a-Coming) closes with a flash-back episode so outrageously anti-French that would land Ennis and co in some trouble were the slur directed at any other nationality. » (Source)

« Both a celebration as well as criticism of America and its myriad mythologies, a jab at organized religion (Ennis himself being a staunch atheist), and of course, French people getting beaten up at one point. It’s bloody, sacrilegious, and over-the-top. » (Source) (A propos de Preacher : Gone to Texas)

Ajoutons à cela qu'il est l'auteur ultra-controversé de la série « Crossed » qui est sans doute ce que j'ai lu de plus ignoble comme BD dans ma vie.

« En plus de faire régresser les Hommes à un état primitif dans lequel se nourrir et copuler deviennent les priorités principales, elle (l'infection) les libère des verrous qui les protègent normalement de leurs pulsions primaires les plus abjectes : viol, torture, cannibalisme, pédophilie, mutilations, et j'en passe. Ces individus infectés ont perdu toute morale, empathie ou sentiment de honte. » (Source)

Alors, vous demandez-vous, pourquoi est-ce que j'en parle si je n'aime pas ça ? Et bien disons que, comme dans le « paradoxe du singe savant », si on laissait un singe taper indéfiniment sur une machine à écrire, il finirait par écrire « Hamlet », autrement dit un chef-d'œuvre. Et cela, Ennis, l'a fait au moins à deux reprises avec... « The Punisher ».

Je ne peux pas dire que ce personnage soit mon préféré de l'univers Marvel, loin de là. Je le trouve assez primaire et peu intéressant et pourtant je possède deux volumes de mini-séries présentant ses aventures, toutes deux scénarisées par un auteur à qui j'aimerais mettre une tarte à la crème à la sauce piment rouge dans la gueule. Il s'agit de « Born » et de « The end » qui datent respectivement de 2003 et 2004.

Ce qui m'a attiré chez la première, ce sont d'abord les superbes couvertures de Wieslaw Walkuski qui représentent le visage statufié d'un G.I . La couverture du trade paperback représente par exemple ce qui apparaît comme un buste casqué, s'effritant pour laisser apparaître un crane humain.

« Born » est dessinée par Darick Robertson et encrée par Tom Palmer. Si graphiquement, on n'est pas vraiment dans le domaine du chef-d'œuvre, le résultat est toutefois redoutablement efficace.

« Born » est une « prequel ». Même si le titre complet est « The Punisher : Born », le personnage à la combinaison noire frappée d'un crane blanc n'y apparaît à aucun moment. L'action de cette mini-série de quatre épisodes se situe essentiellement sur une période de quatre jours en octobre 1971, dans le camp retranché de Valley Forge à la frontière Viet-Namo-Cambodgienne. Ce camp a été installé là afin de contrecarrer les mouvements des Viet-Congs.

La série porte sur deux personnages principaux : le narrateur, Stevie Goodwin qui représente la bonne conscience de l'Amérique, son visage humain, altruiste et plein de compassion, et le Captain Frank Castle. Si l'un est la face pile de l'Amérique, l'autre est bel et bien sa face sombre, totalement opposée en apparence à la première, même s'il arrive que l'un fasse preuve de cynisme et l'autre d'une certaine empathie. A ces deux individus, on pourrait rajouter un troisième personnage, non-identifié et invisible. Qu'est-il donc ? La mort, le diable, le fameux abîme Nitzschéen ? Seul Frank Castle est en tout cas conscient de sa présence qui le hante régulièrement. C'est le monstre que l'on croyait vaincu.

«Commettre le meurtre à l’appel du paganisme du sang, le commettre à l’appel du paganisme technique, c’est une seule et même chose, car le paganisme a besoin de meurtre pour pouvoir subsister».
Hermann Broch, « Le Tentateur. »

Comme l'écrit Juan Asensio sur son blogue: « Car la lumière s’est faite en lui : l’art seul est gratifié du don de prédire ce qui est encore inexprimable, et qui pourtant est déjà à portée de la main».

L'objectif de Garth Ennis ici, est en fait de démontrer que Castle est un homme avide de sang, fasciné par la guerre : « He likes action, he likes adrenaline, and as he's starting to discover, he likes killing (...)and that the later deaths of his family were little more than an excuse. »
(Proposal for Born by Garth Ennis)

Le premier jour :

L'histoire commence avec l'arrivée d'un C130 Hercules sur la base de Valley Forge. Trois roquettes jaillissent de la jungle et l'une d'elle arrache une aile du mastodonte volant qui s'écrase à proximité de la piste, en plein sur le camp et les désœuvrés qui l'occupent.

Dans la jungle, un groupe de Marines observent placidement la scène. C'est une patrouille, ou plus exactement « la » patrouille, celle du Captain Frank Castle, composée et dirigée par les derniers hommes du camp retranché à se préoccuper de faire leur boulot. Vingt-neuf en tout sur plus d'une centaine.

Nous voici présentés à Stevie Goodwin, à trente-quatre jours et un réveil du grand départ. « I will not die in Viet-Nam », se dit-il. « I will no fall in love with war with Captain Frank Castle ».

Frank Castle mène la patrouille. Stevie a une confiance en lui, en fait, il a « foi » en lui. En six mois d'activité à Valley Forge, il n'a pas perdu un seul homme. C'est une véritable légende vivante, une légende constituée de récits trop sombres pour être crus, murmurés entre soldats dans la nuit viet-namienne, black-ops, missions secrètes, assassinats et enlèvement de général ennemi. C'est son troisième tour et l'état-major ne sachant plus que faire de lui l'a assigné à Valley Forge : « Alas for Captain Castle, he is running out of war. »

La patrouille tend une embuscade à une unité de ravitaillement ennemie qui est entièrement massacrée, et tandis que les hommes prélèvent des trophées sanglants sur les cadavres, Stevie détourne les yeux, songeant à ce qu'il fera de retour au pays, aux femmes qu'il rencontrera, à celle dont il tombera amoureux et qui lui donnera des fils à qui il fera découvrir l'Amérique, la vraie, pas ce cauchemar tropical. Un jour, ils apprendront que leur père a fait la guerre et ils poseront sur lui un regard nouveau, lui poseront des questions sur ce qu'il a fait là-bas « and I will never, ever tell them. »

De retour à la base, Castle fait son rapport au Colonel Ottman qui a ici un petit air de Mark Hamill. Son bureau est décoré de photos de femmes nues et il boit, et pas de l'eau. Il accueille avec indifférence le rapport de son subordonné, qui est pourtant plus qu'inquiétant. Les Viet-Congs sont en mouvement et les patrouilles sont insuffisantes à les freiner. Il se prépare quelque chose. Ottman lui annonce l'arrivée du Général Padden pour une inspection surprise et lui assigne la tache de lui offrir un tour du camp. Lui aura « la malaria ».

Le général n'est pas content et le fait savoir à Castle de façon claire, cette base est une honte. Castle lui réplique que son état et l'indifférence des hommes est la réponse à l'apparente indifférence de l'état-major lui-même. Valley Forge est la dernière base en activité dans la région et elle est virtuellement oubliée du monde. Le général lui annonce son intention de recommander la fermeture de celle-ci. Le soir tombe et alors qu'il prononce ces mots en se dirigeant vers son hélicoptère, le visage de Castle est progressivement enveloppé d'ombre qui en fait un masque noir. Il propose au général de lui apporter la preuve irréfutable que Valley Forge doit rester active.

Une fois cette preuve apportée et l'hélicoptère reparti, on retrouve Castle assis contre un bunker, perdu dans ses pensées. Deux êtres ont droit à des bulles de pensée dans cette BD : Steevie et Castle, ou plutôt la « part d'ombre » de celui-ci, qui le tente et l'asticote :

« I can fix it so you can do this forever, Frank. There'll be a price to pay but you can keep on going and never have to stop. 
Just say the word and I can fix it.
Who am I ?
Is that what you're asking ?
Well, who do you think I am, Frank...? »

Le second jour :

La patrouille est de nouveau de sortie. Steevie retrouve son ami Angel, un jeune noir dans la cahute des junkies. Ceux-ci sont pourvus par Coltrane et Garcia, les deux pires raclures de la base, mais il suffit d'une apparition de Castle pour qu'ils se calment.

Angel est la raison de Steevie pour participer à la patrouille, aussi près qu'il soit du grand départ. Il le lui doit car Angel lui a sauvé la vie.

Au bout de quelques heures de marche, la patrouille tombe dans une embuscade de franc-tireurs. Les hommes qui ne tombent pas sont tétanisés par la peur. Castle s'empare de la M-60 et met fin à lui tout seul au combat : « The war has bred a saying oft-repeated : « Payback is a motherfucker. » At Valley Forge we have another. « If you think payback's bad... You haven't met Frank Castle. »

L'un des franc-tireurs est vivant, ou plutôt vivante. L'un des hommes – McDonald - décide de prendre du bon temps avec elle. Les autres les entourent. Steevie et Angel détournent les yeux. Castle met fin à cette petite fête. Plus tard, Steevie est témoin d'un autre incident, impliquant encore une fois Castle. Il le gardera pour lui.

Mais Castle l'a vu.

« Because this place is hell an we need a man like him to lead us through it, and what that says about us is unthinkable. 
Because of the look he has in his eyes, the one that's always there. 
And worst of all... 
Because what he did to that girl today was his idea of helping her out. »

Le troisième jour :

« We cannot loose in Vietnam.
Try as we might. »

Ainsi commence ce chapitre, par les pensées de Steevie illustrées d'images de bombardements aériens, de destruction de villages, d'exécutions de masse, de largage d'agent orange que des enfants lèchent sur leurs bras.

Là, j'avoue avoir un peu tiqué sur quelques cases montrant le bombardement d'un pont à haubans embouteillé de véhicules. Je doute fort que le Viet-Nam du nord ait disposé de telles infrastructures à l'époque et que ses habitants aient eu droit à leurs véhicules personnels. Fin de la parenthèse.

« Because when we are gone... When the brave little fighters kick us out, and we finally loose all stomach for this wretched, knotted puzzle of a war...
No one – no one – in South East Asia, or anywhere on earth, will look at what is left of Vietnam...
And think it smart to fuck with the United States. »

Sur la base de Valley Forge, alors que Steevie s'interroge à haute voix sur leur présence dans ce pays, Angel s'émerveille du décollage de F4 Phantom II, un appareil largement utilisé par tous les corps d'armée, des Marines à l'USAF, en passant par la Navy, pour un total d'environ 150 victoires pour 676 appareils abattus durant la guerre. Mais pour le Captain Castle, cela représente une très inquiétante nouvelle. Les chasseurs volent sous la couverture nuageuse, ce qui signifie l'avènement d'un très violent orage. Valley Forge ne bénéficiera d'aucune couverture aérienne et devra se débrouiller seule en cas d'attaque ennemie. Mais de tout cela, Ottman n'en a rien à faire et à cet instant, Castle est à ÇA de le tuer.

Dans la nuit, l'ombre revient le hanter, le narguer. Il pourrait être le maître de Valley Forge à cette heure-ci. Personne ne poserait de question. Pas au moment où la base aurait le plus besoin de lui.

« That's what got you worried ?
That urge you have to give every motherfucker in the world exactly what they deserve ?
Because you can, Frank. You can. I keep telling you. I can fix it for you if you'll only say the word.
You can kill every single one of them.
That's the gift I'll give you.
It can be yours. »

Castle a ensuite une conversation avec Steevie. Il lui parle de sa famille, de sa femme, sa fille, un bébé pour bientôt. « I sometimes think they might be my last chance. »

Plus tard, l'ombre lui répond : « I'm your last chance, Frank. To be what you want to be. »

Steevie et Angel ont leur propre échange. Steevie désapprouve l'usage de drogue d'Angel et tente de le convaincre de vaincre son addiction. Lui non plus n'en a plus pour longtemps. Lui aussi peut rentrer chez lui. Celui-ci lui répond que son Amérique idéale, façon « Ozzie and Harriet » (une série à longue durée des années cinquante) n'existe pas : « That's the real America right there, back when you was shootin' each other, rapin' red indians an callin' me nigga... »

Et puis l'attaque commence.

Des sapeurs font exploser les barbelés. Castle réclame des fusées éclairantes. Le spectacle qui se révèle aux Marines les cloue sur place C'est...

Le dernier jour :


C'est Armaggeddon. L'ultime bataille de Valley Forge. Les Marines, ou ceux qui le peuvent encore, se battent pour leur vie dans l'obscurité d'où jaillissent d'incessantes explosions, sous une pluie drue qui empêche tout support aérien et perturbe les échanges radios. Les Viet-Congs se précipitent comme une marée avançant à la vitesse d'un cheval au galop, avec un fanatisme absolu, insouciants de leurs pertes.

Le poste de commande est pris, les canonniers qui n'ont pas abandonné leurs armes ont été passé à la baïonnette; les junkies au lance-flamme. Steevie et Castle courent vers la piste où l'on se bat encore, au corps à corps, Marines et Viet-Congs indistincts les uns des autres, s'étripant à coups de poings et d'armes blanches dans l'obscurité rougeoyante.

« In the end I can do no more than follow on a killer's heels, rushing with him to his Alamo. »

Soudain, au milieu de cet enfer, une vision miraculeuse, les F4 sont là, larguant des barils de napalm.

Petit à petit, le cercle autour de Castle rétrécit.

« Pressé de toutes parts, il se bat jusqu'à l'épuisement de ses forces et l'on peut se demander dans quelle faible mesure, l'appât de la rançon a pu retenir la main de ces guerriers avides, mais farouches, tout sanglants des coups que le roi leur portait. La voix de son fils cadet âgé de 14 ans, Philippe (qui en gardera le surnom de Hardi) qui était revenu se glisser à ses côtés retentit encore dans l'épopée française : — Père, gardez-vous à droite ! — Père, gardez-vous à gauche ! » 
(Jean-Michel Tourneur-Aumont, La Bataille de Poitiers et la construction de la France, Université de Poitiers, 1943)

Au beau milieu des combats, pressé de toutes parts, luttant avec une furie démoniaque, Castle est toujours harcelé par l'ombre.

« I can give it to you Franck.
There will be a price but nothing's free...
Say no, and you're one more KIA on a hill that no one cared about to start with.
Say yes...
And I'll give you what you've wanted all these years.
But you have to say it...
Say it...
Say it...
A war that lasts forever, a war that never ends, but you have to say the word, Frank...

Et là, un masque inhumain, le visage d'une bête sauvage, d'un démon sorti de l'enfer fait face au lecteur ET DONNE SA RÉPONSE.

Le lendemain à l'aube, une flottille de HUEY apparaît dans le ciel et se pose sur ce qui reste de Valley Forge. Au milieu de douzaines de cadavres, les soldats ne trouvent qu'un seul homme encore debout, ou plutôt une chose recouverte de sang des pieds à la tête, l'uniforme déchiré, les yeux rouge sang, la carcasse brisée d'un M-16 à la main, une vision d'horreur au milieu d'un champ de ruines duquel s'élève un nuage de fumée qui prend la forme d'un symbole, celui que choisira bientôt un homme qui vient de naître des entrailles d'un volcan.

Épilogue :

Aéroport John F. Kennedy. Frank Castle, en uniforme de parade, un bras en écharpe et s'appuyant sur une béquille sort du couloir de l'arrivée des passagers. Sa famille l'attend : sa femme, sa fille, son fils qu'il n'a jamais vu et qui observe cet étranger de grands yeux étonnés et inquiets.

Happy end.

Not.

Un soupir. L'ombre se rappelle une dernière fois à lui. Elle a rempli sa part du marché et elle a un dernier message pour lui avant de s'effacer à tout jamais de sa mémoire, horrible et glaçant :

« You remember I mentionned there'd be a price...? »



Vilain « Mascu » !

Voici un texte de Jean-François Guay qui redonne un peu d'espoir à un petit Prof Solitaire qui a parfois l'impression de prêcher tout seul dans le désert:

Rarement j’ai pu lire dans les médias tels que La Presse, Radio-Canada, Le Devoir, des voix fortes et réfléchies qui nous présentent un angle plus masculin sur divers enjeux sensibles de notre société. Pourtant chaque semaine on peut y lire nombre d’articles, chroniques et textes d’opinion sur la souffrance que vivent les femmes. Comme si la détresse ne pouvait être que féminine. Comme si, au Québec, les hommes d’aujourd’hui doivent se taire parce que jadis, c’était aux femmes de garder le silence.

Je suis étonné par la disproportion des publications féministes comparées à celles traitant de problématiques masculines dans ces trois grands médias. Même quand on parle de la violence des femmes, on termine le dossier en les présentant comme des victimes ayant eu des enfances difficiles.

Par exemple, Pascale Navarro, dans une récente chronique, pourfend The Red Pill, un film traitant justement de la souffrance des hommes. Francine Pelletier, quant à elle, traite abondamment de la culture du viol, ou même Judith Lussier fait fi des règles élémentaires de droit pour promouvoir le #OnVousCroit envers et contre toutes les apparences de mensonges. Des points de vue exclusivement de femmes sur des enjeux qui touchent tous les Québécois. Ou sont les voix masculines qui peuvent nuancer ce discours?

À titre d’exemple, les cancers du sein et de la prostate sont des champions tueurs selon les sexes alors que le premier occulte complètement le second dans les médias. Pourtant un homme sur sept contre une femme sur neuf aura ce type de cancer et il tue davantage d’hommes que de femmes ou à tout le moins dans des proportions similaires. La santé des hommes serait-elle de moindre importance? Il n’existe peu ou pas de ressources pour les hommes en difficulté ou victimes d’abus. D’ailleurs, la souffrance des hommes est décrite de façon anecdotique dans les pages d’opinion alors qu’elle y est présentée comme généralisée chez les femmes. Hormis Sophie Durocher, aucune d’entre elles ne parlera de la détresse des hommes sans dire que celle des femmes est supérieure et/ou infiniment plus dramatique. On se retrouve dans une espèce de course à la victimisation, perdue d’avance par les hommes.

De plus, affirmer ne pas être féministe revient pratiquement à avouer qu’on a voté Trump aux élections américaines. Pour que le discours d’un homme soit crédible, il lui faut faire une profession de foi envers le féminisme sans le critiquer, sinon il se verra étiqueté comme réactionnaire de droite et misogyne. Pourtant, comment puis-je me réclamer d’un mouvement qui ne fait pas de place à l’autre? Comment puis-je trouver une place dans un mouvement qui tend à nier ou à minimiser des problématiques touchant particulièrement les hommes comme le suicide, l’itinérance, mort violente, etc.?

Au Québec, on finance la détresse des femmes à coup de millions et c’est un exemple pour le monde entier, mais pour les hommes, ce ne sont que quelques centaines de milliers de dollars obtenus 12 ans après le rapport Rondeau sur la santé des hommes. À sa sortie, ce rapport a d’ailleurs été dénigré et décrit comme une menace à l’obtention éventuelle de fonds par la Fédération des femmes du Québec et 14 autres organismes, dont le CALACS.

Cette négation de la souffrance masculine conduit à de la détresse, faute de moyens et services. Ainsi, les CALACS refusent d’accueillir les hommes victimes de violence sexuelle. Pourtant, ils sont financés par la population québécoise sans distinction. Cette détresse peut se transformer en désespoir, voire en violence et… l’homme continue alors d’être perçu comme l’agresseur, la femme comme la victime et le cycle continue.

On a besoin d’un autre discours, un discours plus inclusif qui fait place aux hommes au Québec, car je me reconnais de moins en moins dans ces médias. Pourtant, je suis loin d’être un « mascu » de droite, comme le dirait Judith Lussier. Il faut simplement ouvrir le dialogue plutôt que de perpétuer la confrontation et l’opposition entre les genres.

Je souhaite que mes deux garçons aient une voix qui milite pour un accès aux mêmes services que pour ma fille lorsqu’ils en auront besoin. Je souhaite qu’ils soient présumés innocents lorsqu’une femme portera de fausses accusations contre eux et je souhaite qu’ils puissent trouver refuge dans une maison d’hébergement avec mes petits-enfants si leurs conjointes se montrent violentes avec eux. (...)



A.C. Grayling

16 juin 2017

BLUE de Gauckler et Houssin (1985)



D'abord, il y a la cité, ou plutôt ce qu'il en reste : derniers vestiges d'une ancienne civilisation qui fut peut-être la notre. Immeubles et constructions de béton à l'apparence anarchique et dont l'utilité originale est oubliée depuis longtemps, machines mystérieuses recouvertes de graffitis statufiées dans des positions grotesques. Tout cela est ravagé, détruit, anéanti. La cité a, de toute évidence, subi dans un lointain passé les ravages d'une guerre dont le souvenir est perdu depuis longtemps et ses habitants ne sont que les descendants misérables d'une civilisation avancée, dont la richesse et la puissance sont perdues à jamais.

Au-dessus, un ciel sombre et bas, chaque jour plus bas, d'où tombe une mystérieuse poussière grise.

A l'intérieur, ses habitants : clans sauvages façon « Mad Max » ne pensant qu'à s'affronter au travers de conflits incessants autant qu'absurdes :

- Bouleurs : colosses aux crânes rasés sur lequel a été greffé une plaque de métal faisant de ceux-ci une arme mortelle ;
- Youves : spécialistes des armes à feu, revêtus d'une tenue de camouflage, munis de casque et de sac à dos, ultimes vestiges de ce qui fut peut-être il y a très longtemps une armée régulière ;
- Patineurs : montés sur des patins à roulettes qui leur confèrent une rapidité inégalée et munis de haches aux lames aux formes étranges. Leur chef est Blue ;
- Errants : gardiens du chaos, armés de fusils, peut-être les descendants de groupes de franc-tireurs, semant la mort sans discrimination ;
- Saignants : implacables guerriers ricanants équipés de lames mortelles. Ils conduisent des « blindées », véhicules impressionnants, sorte d'enfants dégénérés et grotesques des redoutables monstres à quatre roues US des années 40 et 50. Leur chef est « La lame » ;
- Skins : crânes rasés et maigres, juchés sur des motos monstrueuses et armés de poings d'acier dentelés ;
- Musuls : à l'aspect asiatique, autrefois, le clan le plus puissant de la cité, aujourd'hui terré dans les profondeurs de la ville. Leur cheffe est la Reine Soliane ;
- Krishies : fantômes portant des bures de moines frappées d'un double symbole qui évoque des crosses. Non-violents et strictement neutres, ils bénéficient de la tolérance des autres clans car ils élèvent d'étranges quadrupèdes entre cheval et girafe dont ils distribuent les carcasses à tous, également ;
- Néons : les plus mystérieux d'entre tous, et les plus redoutables. Noirs allant nus, à l'exception d'un pagne et d'un crane humain en guise de couvre-chef, le corps peinturluré de stries et de symboles bleus et rouges, armés de bâtons lanceurs de foudre, aux yeux aveugles et muets mais communiquant rapidement sans que l'on sache comment. Ils sont les gardiens du mur.

Et donc, il y a... le mur.

Le mur encercle la cité sur toute sa longueur. Le mur est si haut qu'on n'en voit pas le sommet. Le mur est si épais que personne, jamais, n'a réussi à le percer. Le mur est recouvert d'immenses inscriptions en lettres de feu dont on peut en partie deviner certaines : « Au-delà de ce mur, pas de... ». Les alentours du mur sont constitués d'une ligne de bunkers abandonnés, hérissés de canons rouillés, bardés de fils de fer barbelés et leur surface garde la trace de combats terrifiants, seuls les squelettes abandonnés des combattants les habitent encore. Le mur est défendu par les Néons, innombrables.

« Blue » est l'adaptation par Philippe Gauckler et Joël Houssin du roman éponyme publié par le second en 1982. « Blue », la bande dessinée nous offre la vision d'un univers dystopique terrifiant et sans espoir. Le style de Gauckler est statique mais dynamisé par des aplats de couleurs et la précision des décors et des engins.

Blue, l'homme à la mèche bleue et au visage évoquant un jeune Marlon Brando, chef des Rouleurs, au visage barré de deux cicatrices si impressionnantes que l'on se demande par quel miracle il n'est pas aveugle ou au moins borgne, a formé un projet, une « grand-œuvre » : franchir le mur.

Projet a priori fou et impossible : les Musuls s'y sont essayés il y a de nombreuses années et s'y sont cassé les reins, forcés d'abandonner toute prétention hégémonique sur la cité, contraints de se retirer dans ses profondeurs pour y lécher leurs plaies profondes à l'abri de leurs anciens vassaux.

Blue sait qu'il ne concrétisera pas son projet avec son seul clan. Il lui faut disposer pour cela de milliers et de milliers d'hommes, de centaines de milliers, mais toujours moins que ce que les Musuls seuls avaient réussi à avancer. Il doit donc faire alliance avec ses pires ennemis, obtenir l'appui de tous les autres clans, ou du moins des Bouleurs, des Youves, des Saignants et des Skins.

Entre en scène Tout-Gris. C'est un jeune homme, sans rien de marquant qui le mette en valeur. Il ne se considère « ni puissant, ni brave ». Enfant, il a assisté au meurtre de sa mère. Quand on l'a retrouvé, ses cheveux avaient blanchi. Il ne rêve que d'une chose : se venger, mais cet espoir qui est peut-être tout ce qui le raccroche à la vie lui est retiré par Blue. Car Blue a besoins des Saignants, et l'assassin de la mère de Tout-Gris n'est autre que La Lame. Blue le tient donc sous surveillance très rapprochée. Il est prêt à tout pour maintenir debout cette coalition inespérée.

Par ailleurs, Tout-Gris a pour compagne Starlette, ancienne femme de Blue qui l'a abandonnée pour Hajine. Mais celle-ci a un secret qui fera sa perte.

Blue a un plan. Il s'agit de ne pas refaire les erreurs des Musuls. Il faut désorganiser les Néons en frappant partout à la fois et en organisant l'immense armée des clans réunis en quatre vagues. Les trois premières seront sacrifiées mais le grand rêve est à portée de main.

Lorsque l'attaque commence, la première vague est formée de la lie de la cité : « cent soixante-dix mille ringards » dont la devise est « Marche et crève ! » Au massacre, ils courent au milieu des éclaires des bâtons des Néons et sous une pluie de cendre toujours plus dense, et joyeusement ! L'élite formera la quatrième vague. Les Musuls, eux, se réjouissent : bientôt ils seront de nouveau maîtres de la cité.

Au terme d'une gigantesque bataille, seuls quelques-uns parviendront au sommet. Un seul saura alors, un seul connaîtra la terrible vérité, la réalisation amère de l'absurdité d'un combat pour un monde mort depuis longtemps.

« Blue » a fait l'objet d'une suite assez médiocre et inutile : « Phantom » en 1987, par les mêmes auteurs.