5 juin 2017

La courte aventure simili-nationaliste de Couillard

Philippe Couillard a pondu (ou peut-être plutôt chié) un document ces derniers jours dans lequel il déclare qu'il veut renégocier la place du Québec dans la fédération canadienne.

Voici la nouvelle telle que rapporté par La Presse:

Bien déterminé à voir sa différence enfin reconnue officiellement d'un océan à l'autre, le Québec va lancer une vaste offensive à travers le pays pour convaincre les Canadiens de la justesse de ses revendications.

On reconnaît bien ici les tactiques fédéralistes malhonnêtes de La Presse.

Bien déterminé? Vaste offensive? Quelle farce! Le gouvernement ne se donne aucune échéance. Et il n'identifie pas la moindre conséquence si le projet n'aboutit jamais.

De plus, il parle d'une approche "pédagogique" et qualifie avec mépris toute autre stratégie de "couteau à la gorge".

Ben oui, parce qu'apparemment, pour les fédéralistes, exiger qu'on reconnaisse l'existence de notre évidente spécificité, c'est l'équivalent de tenir un couteau à la gorge du Canada.

Et à La Presse, on qualifie cet exercice digne d'un vil paillasson de "vaste offensive"?

Ils se fichent de nous complètement.

Ce document, dont La Presse Canadienne a obtenu copie, est intitulé Québécois, c'est notre façon d'être Canadiens et constitue la toute première politique du gouvernement Couillard «d'affirmation du Québec et des relations canadiennes».

Quel slogan pathétique.

Couillard prétend qu'il veut convaincre le reste du pays que les Québécois sont différents... avec un slogan qui affirme qu'ils ne le sont pas.

"Oui, on est des Québécois, mais ça ne veut strictement rien dire, c'est juste notre façon à nous d'être des Canadiens."

C'est officiel, chers amis. Elvis Gratton n'est plus une comédie de fiction. C'est un documentaire sur le parti libéral du Québec:



Dans le document, lancé à l'occasion des célébrations entourant le 150e anniversaire de la fédération canadienne, le gouvernement Couillard reprend à son compte toutes les revendications traditionnelles du Québec et s'approprie, en les actualisant, les fameuses cinq conditions préalables fixées par le gouvernement de Robert Bourassa en 1986:
- reconnaissance du Québec comme société distincte,
- limites au pouvoir fédéral de dépenser,
- garantie d'une représentation québécoise à la Cour suprême,
- droit de veto sur les modifications constitutionnelles
- et pouvoirs accrus en matière d'immigration.

Couillard a le culot de venir nous dire que le débat sur la souveraineté appartient au passé. Que cette question est celle de la génération précédente. Que lui, il est tellement plus moderne, tellement plus mondialiste, tellement plus progressiste!

Et après ça, il nous ressort la liste d'épicerie de ce couillon malhonnête de Robert Bourassa qui date de 1986!

Quel esti de gros insignifiant...

«Le Gouvernement du Québec est toujours déterminé à ce que ses demandes soient éventuellement discutées et qu'on parvienne ensemble à une solution constitutionnelle gagnante pour l'ensemble des partenaires fédératifs», peut-on lire dans le document.

Ben oui parce que même ces demandes minimalistes, peureuses, pissoues, pathétiques et dignes d'un lécheur de bottes sont ouvertes à la négociation. Couillard est prêt à négocier et, donc à reculer même là-dessus!

Même ce con de Bourassa avait plus d'épine dorsale que ça!

«En somme, une allégeance québécoise à laquelle s'additionne une appartenance canadienne représente la réalité identitaire d'une vaste majorité de Québécois», écrit-il.

Tu décris la réalité ou ton fantasme, mon Phil?

Dans son document, le gouvernement Couillard a tracé les contours de l'identité québécoise :

Ce que nous sommes comme Québécois :

Le Québec est libre de ses choix et capable d'assumer son destin et son développement.

Mais seulement avec la permission des Canadiens anglais, si ça ne les dérange pas trop, si jamais ils en ont envie et s'ils se sentent généreux ce jour-là. Et on va le quémander gentiment, poliment et respectueusement, sans quoi ce serait leur "mettre un couteau sur la gorge". Et s'ils disent non, on va s'excuser d'exister et reprendre notre trou.

Le Québec possède toutes les caractéristiques d'une nation et se reconnaît comme telle.

Mais cela étant dit, il s'empresse d'ajouter qu'il n'est qu'un aspect régional du Canada et qu'un Québécois, c'est un Canadien et rien d'autre. Bref, on est une sous-nation qui aimerait bien avoir le nom de Nation pour faire semblant.

La Nation québécoise est composée d'une majorité francophone.

Quelle déclaration audacieuse! Révolutionnaire! Ambitieuse! Et si progressiste!

Et le plus drôle s'est produit le lendemain lorsque le grand Juju Ier, avec le mépris caractéristique de sa famille de ploucs, s'est empressé de faire un gros doigt d'honneur à Couillard et à sa politique de paillasson castré:

Justin Trudeau s'est empressé, jeudi, de crever le ballon constitutionnel de Philippe Couillard, avant même que ce dernier n'ait présenté sa Politique d'affirmation du Québec et des relations canadiennes.

Dès son arrivée à la réunion de son conseil des ministres, M. Trudeau a rappelé sa position sur la question constitutionnelle: il ne veut pas en parler.

«Vous connaissez mes opinions sur la Constitution. On ne rouvre pas la Constitution», a-t-il lâché en s'éloignant vers son bureau.

Ça a le mérite d'être clair.

Et pendant que Couillard épongeait ce crachat de son visage potelé, Jean-François Lisée en a profité pour être bon (pour une fois) et pour parler de souveraineté, ce qui est très rafraîchissant comparativement à son approche habituelle qui consiste à chier dans ses culottes et à repousser ce projet fondamental aux calendes grecques:



Il a ajouté ceci:

«Pour moi, la seule chose qui change aujourd'hui, c'est que les libéraux reviennent à leur lucidité de base que le Canada est brisé», a observé M. Lisée.

M. Lisée commence-t-il à prendre conscience qu'il est le chef d'un parti souverainiste? Et qu'il est de son devoir de promouvoir et de défendre la souveraineté avec fougue et conviction? On peut toujours l'espérer.

La couverture médiatique, elle, est aussi médiocre qu'à son habitude. Sur toutes les tribunes, on répète que le gouvernement du Québec est déterminé à rouvrir les négociations constitutionnelles avec la Canada afin d'être enfin reconnu. Comme si Couillard s'était soudainement métamorphosé et que, de fédéraliste fanatique, il était devenu le grand défenseur de la nation!

Par chance, on peut compter sur la clairvoyance et la lucidité de Mathieu Bock-Côté pour voir la réalité:

(...) Mais contrairement à ce qu’on peut croire, il s’agit moins (...) de vendre le Québec au Canada que de vendre le Canada au Québec. Depuis la Révolution tranquille, les fédéralistes ont souvent présenté le fédéralisme aux Québécois comme une bonne opération comptable. On connaît la formule de Robert Bourrassa, qui vantait le fédéralisme rentable. Le Canada était une bonne affaire pour le Québec, alors mieux valait y rester. C’était une vision instrumentale de la fédération. Le Canada nous rendrait riche, l’indépendance nous rendrait pauvre – on en comprenait que le Canada n’était pas une affaire de cœur, sauf pour une très petite minorité de francophones. C’est cette perspective que le manifeste gouvernemental veut dépasser en cherchant à montrer de quelle manière la participation à l’expérience canadienne est au cœur de l’identité québécoise.

(...) Québécois, notre façon d’être Canadiens mise d’ailleurs sur une forme de patriotisme lyrique lorsqu’il est question du Canada, comme si c’est cette corde identitaire qui faisait d’abord vibrer les auteurs du document. Il s’agit de montrer de quelle manière les Québécois appartiennent substantiellement au Canada : ils ne pourraient s’en séparer sans s’arracher une bonne partie d’eux-mêmes. Cette vision a davantage caractérisé le PLC que le PLQ depuis un demi-siècle : il faut noter que le premier a colonisé idéologiquement le second depuis le dernier référendum.

(...) en 1981-1982, les Québécois ont été exclus de la constitution canadienne. Ils se percevaient comme un peuple fondateur, on leur a appris qu’ils n’étaient qu’une province aisément contournable dans une entreprise de refondation constitutionnelle du pays. Dans le Canada de 1982, le peuple québécois n’est plus qu’une grosse minorité ethnique et le Québec est une province comme les autres. Le manifeste gouvernemental convient du caractère inélégant de la refondation de 1982 mais cherche néanmoins à la relativiser (...) Dans la longue histoire politique du Canada, 1982 serait un triste moment, mais ne serait qu’un moment.

(...) En gros, le Québec de Philippe Couillard pourrait bien signer la constitution pour un plat de lentille. Mais c’est encore trop! (...) Le gouvernement Couillard aura beau multiplier les appels au Canada, manifestement, ce dernier ne décrochera pas le combiné.

Les fédéralistes québécois vivent dans un monde parallèle – ils ont développé la psychologie politique qui y correspond. Ils s’imaginent que le Canada pense à eux. Ils s’imaginent que leur vision du Canada compte encore. Ils s’imaginent même que le Canada tiendra compte un jour de leur vision du Canada – c’est ce qu’ils souhaitent, manifestement, lorsqu’ils disent espérer qu’on reconnaisse le mode d’appartenance spécifique à l’expérience canadienne de la nation québécoise. Mais ce ne sont ici que des mots. 

(...) Car quoi qu’en dise le manifeste gouvernemental, le Canada ne s’est pas contenté d’un changement mineur en 1982. Il a connu une révolution identitaire et un changement de régime politique (...) En 1982, le Canada a sacrifié ce qui restait de sa matrice dualiste (sauf son bilinguisme officiel, qui sert surtout à angliciser le Québec, faut-il l’ajouter) pour se convertir au principe diversitaire et cette conversion se poursuit chaque année un peu, car elle est programmée dans la constitution. Dans cet esprit, l’aspiration du Québec de se voir reconnu comme une nation est perçue au Canada anglais comme une forme de suprémacisme ethnique. Cela ne changera pas.

Et alors? Et alors rien. Car pour ce manifeste, nous sommes fondamentalement canadiens, pour le meilleur, apparemment, et surtout pour le pire, dans les faits. Alors il n’y a aucun seuil de rupture envisagé avec le Canada même s’il refuse jusqu’à la fin des temps d’accorder au Québec le peu qu’il réclame. Le Canada nous dira non, non, non, non et encore non, et on continuera de lui dire oui en se sentant privilégiés de participer à un si beau pays. Certains reconnaîtront dans cet amour sacrificiel quelque chose d’admirable: d’autres n’y verront qu’une psychologie servile héritée de plus de deux siècles de domination politique. Pour nos fédéralistes, on peut perfectionner le Canada: on ne peut s’imaginer hors de lui. (...) Ils habitent un Canada imaginaire qui les a soumis mais qu’ils s’imaginent regarder d’égal à égal. Si cette posture n’était pas aussi nuisible au Québec, elle ferait pitié.

(...) Pour le gouvernement Couillard, la conversion du Québec au multiculturalisme est bien plus urgente que la conversion du Canada au binationalisme. Au passage, le manifeste gouvernemental nous apprend que le drapeau de Montréal, avec sa référence aux Français, aux Écossais et aux Irlandais comme communautés fondatrices de la métropole est «sans doute à l’image de la nation québécoise» (p.67). On serait tenté de demander au gouvernement s’il considère que le drapeau du Québec est encore selon lui à l’image de la nation québécoise, ou s’il le juge trop exclusivement associé à nos racines françaises?

(...) Et puisqu’il faut en finir avec la possibilité même de l’indépendance, qui toujours, peut resurgir, il faut reconstruire l’identité québécoise pour la connecter en profondeur à l’expérience canadienne, en nous vantant cette dernière comme une contribution grandiose au genre humain et comme un modèle pour notre temps, ce qui était aussi en d’autres temps la conviction du père Trudeau. Le gouvernement Couillard entend ainsi canadianiser les Québécois. On peut le dire autrement : il entend refaire des Québécois des Canadiens. Pour qui n’a pas une foi presque religieuse dans le Canada, on y verra une entreprise de dépersonnalisation nationale.

En terminant, j'aimerais proposer cette chanson à Philippe Couillard comme nouvel hymne national du Québec canadien.

Il va l'adorer, c'est en anglais:



Dear, I fear we're facing a problem
You love me no longer, I know
And maybe there is nothing
That I can do to make you do
Mama tells me I shouldn't bother
That I ought to stick to another man
A man that surely deserves me
But I think you do!

So I cry, I pray and I beg

Love me love me
Say that you love me
Fool me fool me
Go on and fool me
Love me love me
Pretend that you love me
Leave me leave me
Just say that you need me
Love me love me
Say that you love me
Leave me leave me
Just say that you need me
I can't care 'bout anything but you...



1 commentaire:

Guillaume a dit…

Une petite aventure courte, le temps d'un voyage de pêche comme Couillard les aime. Ce fut bref, mais ce fut bon. Nous avons un PM qui a les plaisirs précoces.