21 juin 2017

PUNISHER: THE END de Ennis et Corben



J'adore Richard Corben. Pour moi, Richard Corben est... Dieu. Enfin, bon, je prends mes pilules et je me calme.

Je l'ai découvert pour la première fois au travers du film « Heavy Metal » de Gerald Potterton qui présentait une adaptation fort réussie des aventures de « Den », un jeune nerd qui se retrouve propulsé dans l'univers fabuleux de « Neverwhere ».

« Neverwhere » est une série (malheureusement, à ce jour, inachevée) qui se déroule dans un univers peuplé de toutes sortes de créatures fabuleuses : dragons, sorciers, monstres divers et surtout des femmes fabuleusement belles. A l'origine de cette fabuleuse saga se trouve un court-métrage en dessin-animé intitulé « Neverwhere ». Le comic-book en est la suite. Inspiré des œuvres de Edgard Rice Burroughs (« Barsoom »), Robert Erwin Howard (« Conan ») et H. P. Lovecraft, l'histoire tourne autour d'un jeune homme du nom de David Ellis Norman qui se retrouve propulsé dans un univers parallèle après avoir construit une machine à partir de notes laissées par son oncle qui l'a probablement précédé mais que l'on ne rencontrera jamais, à moins que Dan et Den ne soient la même personne, sachant que le second semble avoir partiellement perdu la mémoire au cours de son voyage.

En dehors de cela, Richard Corben est l'auteur d'innombrables récits dont « Bloodstar » d'après Howard, « Rip in time », « The Arabian nights » (en fait une suite aux aventures de Sinbad le marin, qui n'est pas un personnage des « 1001 nuits » contrairement à la croyance populaire),  « Vic and Blood » avec Harlan Ellison (qui est à la fois l'adaptation et la conclusion du film « A boy and his dog » sorti en 1975 avec un jeune Don Johnson dans le rôle de Vic), « The Bodissey » (qui est une sorte de parodie de « Den »), ainsi que d'un grand nombre de récits « underground ».

Il a également réalisé pour Marvel, en outre « Punisher : The end », « Marvel Max's Cage », « Ghost Rider : Johnny Blaze, de vie à trépas » « Starr the slayer » et « The Hulk : Banner ».

Richard Corben a en outre illustré plusieurs pochettes d'albums : « Bat out of Hell » de Meat Loaf, « Bad for good » pour Jim Steinman et « Livin' in Hysteria » pour « Heaven's Gate ». Il a également réalisé l'affiche du film de Brian de Palma : « Phantom of the paradise », en plus de co-réaliser le long-métrage : « The Dark Planet » avec Christopher Wheate.

Et je n'ai fait là qu'égratigner la surface.

Cela fait des années que je tente de mettre la main sur tout ce qu'il a fait et je suis encore très loin du but.

Mais revenons à « The end ». Cette mini-série écrite par Garth Ennis, parue en 2004, fait partie d'une collection Marvel qui s'attache à montrer les derniers jours de différents super-héros de l'univers Marvel : « Fantastic Four », « Hulk », « Iron Man », « Spider Girl », « Wolverine », « X-Men » et « Marvel » qui met en scène la fin de l'univers sous les yeux de Thanos.

Mais que peut être la fin pour le Punisher, cette arme vivante, serviteur de la mort, peut-être presque amoureux de celle-ci comme Thanos ? Que peut représenter la fin pour un homme dont la fonction unique est de tuer tous les criminels, tous les « coupables » qu'il croise, alors que cette population se renouvelle sans cesse ?

Castle est tel Sisyphe, poussant éternellement son rocher au sommet d'une colline, dans le Tartare. « On perçoit l'absurdité du personnage tant dans le désespoir de tenter d'échapper à une mort inévitable, que dans la tentative d'achever un travail interminable. »
(Source : Wikipedia)

Mais il est aussi Thanatos, « ennemi implacable du genre humain. » (Source : Wikipedia)

Son cas semble correspondre également à celui des névrosés de guerre tels que décrits par Freud : «Freud, dans Au-delà du principe de plaisir, parvient à la conclusion paradoxale que principe de plaisir et pulsion de mort ne s'opposent pas, ne sont pas contraires : dans la mesure en effet où le plus bas niveau de tension (niveau que le principe de plaisir veut atteindre) correspond en définitive à l'état de repos du non-vivant, le principe de plaisir est au service de la pulsion de mort. »
(Source Wikipedia)

Pour résumer, le Punisher ne peut atteindre le repos tant que l'humanité perdurera. « La fin » est donc non seulement la sienne, mais celle du monde.

L'histoire débute « D'ici peu ». La troisième guerre mondiale s'apprête à prendre un tour dramatique. Après avoir commencé en Irak, au Pakistan et en Corée du Nord, elle s'est étendue à la Chine et à la Birmanie. Des pourparlers de paix à Dublin ont échoué. Ce sera la guerre nucléaire sous huit jours maximum, les missiles sont peut-être déjà en route.

Au pénitencier de Sing-Sing, le directeur prend son téléphone sous les yeux de son adjoint et donne l'ordre de distribuer les armes à tous les gardes. L'ordre émane d'Albany, la situation est bel et bien irréversible et il est exclu de relâcher des criminels dans un monde irradié : « Ça ferait désordre. » Le ciel est traversé de nuages sombres, le soleil se couche sur l'humanité.

Dans les couloirs de la prison, aux cellules désormais pleines de cadavres sanglants, cinq gardes errent encore. Les autres se sont enfuis, mais il n'est pas dans l'intention du capitaine qui dirige cette tuerie de masse de les suivre. Comme il en informe ses derniers adjoints, il existe dans le sous-sol du pénitencier un abri antinucléaire parfaitement approvisionné.

En attendant, il leur reste un dernier boulot à effectuer. Ils doivent s'occuper du bâtiment D, celui qui abrite les pires raclures de l'établissement, et parmi eux « un fils de pute qui aurait tué tous nos détenus s'ils l'avaient pas bouclé ici. ». 

Cet homme, vous l'aurez deviné, c'est Frank Castle, dit « le Punisher ».

Pendant « trente ou quarante ans il a sévi, tuant à tour de bras... » 

On peut donc estimer son âge actuel à une soixantaine d'année. C'est pour cela qu'il a fini par être arrêté et envoyé ici. Mais pour lui ce fut « un vrai cadeau de Noël. (...) D'un seul coup, il avait un public captif. »

Résultat : « Trente-six trous du cul à la morgue un mois après son arrivée. »

« Un an après, un juge a dit qu'expédier un homme à Sing-Sing, c'était comme de filer de la barbaque à un tigre. »

Les hommes arrivent devant la cellule du Punisher, prêts à le mettre une bonne foi hors d'état de nuire. C'est à ce moment que l'attaque survient, précédée d'une pulsion électromagnétique qui a pour effet de griller toutes les installations électriques des environs. Y compris de neutraliser les portes des cellules. Dans l'obscurité, les cinq gardes sont livrés à leur pire cauchemar.

Dix hommes se sont réfugiés dans le bunker lorsque les missiles ont atteint leurs cibles. Près d'un an plus tard, deux hommes émergent d'un tunnel : Frank Castle et un petit escroc du nom de Paris Peters. Ils vont marcher dans les ruines d'un monde mort. « Il ne reste même pas un rat ou une mouche. » Les scènes que Richard Corben dessine là sont absolument époustouflantes. Les nuages sont en feu, le paysage qui se révèle à eux dans ce clair-obscur est terrifiant. Je doute qu'un autre dessinateur eut été capable de rendre l'horreur de celui-ci avec une telle maestria. Il est impossible de déterminer avec certitude si c'est le jour ou la nuit.

Ces hommes sont déjà morts et ils le savent : « Il faut mille ans pour que la radioactivité retombe à un niveau négligeable. » En conséquence, ils n'ont que soixante-douze heures à vivre.

L'un des survivants du bunker, William Teacher, a révélé un secret à Castle avant de mourir. Un secret qui l'a emmené croupir à Sing-Sing. Castle a donc un but, le Punisher a encore des gens à tuer. Peters, lui, se contente de le suivre pour ne pas mourir seul : « C'est la fin du monde. Et j'ai rien de mieux à faire. »

Les deux hommes se dirigent vers New York, environ quarante miles à pied dans un désert irradié, peuplé de fantômes, des squelettes abandonnés dans des voitures bloquées dans des kilomètres de bouchons, aussi loin que le regard porte dans cette nuit éternelle.

Lorsqu'ils atteignent New York, c'est pour découvrir une cité totalement dévastée. « Brooklyn a été frappé de plein fouet. » La « mégalopolis » n'a jamais autant mérité son surnom. C'est ce que nous découvrons sur une superbe et irréelle double-page.

L'état des deux hommes se dégrade rapidement. Du liquide leur coule des yeux et du coin de la bouche. Ils souffrent de desquamation. Mais Castle est au bout de son voyage : là où se trouvait les tours jumelles, un bunker à quatre-vingt-dix étages de profondeur, soit près de trois-cent mètres. Tout au fond, un ascenseur avec un digicode. Castle possède le code, offert par Teach. Il sait aussi ce qui les attend lorsque les portes se refermeront.

Réveil dans une chambre d'hôpital aseptisée dans des cases à dominante verte. Une docteure en combinaison antiradiations le soigne. A l'extérieur, deux gardes dans le même accoutrement attendent, l'arme au poing. « On a eu des suicides. Mais aussi quelques meurtres. » lui dit-elle. D'autres bunkers existent ou existaient. Ils sont sans nouvelles de Washington, Dallas, Los Angeles.

Elle lui fait une piqûre d'adrénaline pour tenir le coup. Erreur fatale. Castle est prêt à accomplir la tâche qui l'a mené jusque-là. Il lui donne l'ordre de réveiller Paris.

Et c'est parti. « Il était une fois une bande d'enculés. (…) Ils pouvaient vendre n'importe quoi à n'importe qui. (...) Et un jour... inévitablement... Ils sont allés trop loin avec la planète. » Sur une pleine page, Castle, vêtu de noir, le visage grimaçant, les yeux rouges sang décharge ses fusils d'assaut. En arrière-plan, on peut voir la Terre, dans l'obscurité de l'espace. Les deux Amériques piquetées de points rouges, manifestations des impacts nucléaires.

Et puis Castle et Peters atteignent leur but, tenant à peine debout, perdant leurs cheveux, du sang dégoulinant par tous leurs orifices et pris de tremblements incontrôlables : le Saint Graal, le COVEN. « C'est l'heure. » La vengeance de « Teach » a sonné.

Un homme tente de négocier : ils ont perdu tout contact avec Washington depuis cinq mois, ceux de Los Angeles se sont entretués, d'autres, à travers le monde se sont tus au bout de trois mois. Ils sont les derniers, les seuls qui puissent encore perpétuer la race humaine à l'aide d'embryons congelés. Ils doivent donc vivre. Les cases qui montrent la salle de communication sont teintées de bleu-vert, mais tandis que l'homme parle, Corben nous présente le visage du Punisher en gros plan sur fond rouge sang, à demi obscurci et les yeux rougeoyants comme ceux du Terminator.

« Des vendeurs hors pair. 
Capables de vendre n'importe quoi à n'importe qui. 
Sauf moi. »

Quand tout est fini, Castle quitte le bunker. Des flammes s'en échappent, semblant se propager partout, mettant le feu aux immeubles en ruine et aux monceaux d'ossements.

« On est en 1976. »

Castle s'en va rejoindre sa famille. Il espère arriver à temps pour les sauver.



8 commentaires:

Prof Solitaire a dit…

Je ne savais pas que cette séquence du film Heavy Metal était inspirée de l'oeuvre de Corben... je serais vraiment curieux de lire ça. J'adore ce film et cette séquence en particulier. C'est John Candy qui prêtait sa voix au personnage principal dans le film, si je me souviens bien...

fylouz a dit…

Avisss aux marchés financiers, la cote du Prof solitaire (supposé grand amateur de pulpeuses créatures dessinées) qui a reconnu ignorer qui était Richard Corben, vient de chuter de AAA à AA- avec une perspective défavorable.

Prof Solitaire a dit…

Je sais, j'ai honte ;-)

fylouz a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=6mnTOcCJ6sw

Prof Solitaire a dit…

Phoque... ch'tu obligé? Y'a pas d'autre solution possible? ;-)

fylouz a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=829qMFSKuTk

Prof Solitaire a dit…

Mais qu'est-ce que c'est que ce truc-là? Sais-tu de quoi ils parlent vraiment? Ça a l'air tordant...

Prof Solitaire a dit…

Version originale: https://youtu.be/hSFWgKl-O-A

Tellement inapproprié et terrible que c'en est hilarant... j'ai rarement eu aussi honte de rire ;-)