10 juin 2017

SEXE STORY de Brenot et Coryn (NSFW)

Lorsque j'ai aperçu cette BD sur les rayons de ma librairie préférée, je n'ai pas su résister. "Enfin un livre qui transgresse le plus grand tabou de l'histoire" me suis-je dit. Je l'ai achetée sur un coup de tête.

Grave erreur. Si j'avais su ce que je sais maintenant, il serait resté sur sa tablette.

Au premier coup d'oeil, il avait pourtant l'air prometteur. J'ai tout de suite adoré les dessins de Laeticia Coryn. Son style est à mi-chemin entre le réalisme et le style traditionnel de la BD humoristique européenne. Ses dessins sont efficaces, ses cases sont agréables à regarder et ses personnages sont hyper-expressifs. Elle réussit avec brio à dessiner des scènes de sexe sans tomber dans l'érotisme cheap. J'adore.

Si vous avez mon âge, vous vous souvenez peut-être de cette série de sublimes dessins animés qui s'intitulait "Il était une fois l'homme"? J'avais tout simplement adoré cette série, tellement que mes parents m'avaient offert la série de BD qui en était inspirée. En regardant Sexe Story, j'ai pensé à une version de cette série, mais pour adultes. Certains des dessins me rappelaient vraiment les personnages de la série télé.

Autre détail intéressant, il s'agit d'une édition spéciale pour le Québec dans laquelle le langage a été adapté pour notre réalité locale. Une merveilleuse attention. C'est donc avec beaucoup de plaisir qu'on voit poindre des expressions québécoises ici et là et elles font toujours sourire.

Le scénario de Brenot a le mérite d'être clair, même si je ne suis pas d'accord avec plusieurs de ses choix et de ses interprétations. L'humour, omniprésent, est généralement efficace.

Ce sont les seuls commentaires positifs que vous trouverez dans ce billet. Parce que malheureusement, en lisant cette BD, mon enthousiasme initial s'est rapidement transformé en effroi.

L'auteur de cette BD est pourtant psychiatre et anthropologue, en plus d'être directeur des enseignements de sexologie à l'université de Paris Descartes. Bref, en théorie, pas un plouc.

Mon premier sursaut est survenu dès la deuxième planche. En nous parlant de la transition entre singes et humains (Homo habilis pour être plus précis), Brenot nous parle de trois "innovations" fondamentales:


Va pour la disparition de l'oestrus et celle de l'os pénien, ce sont bien là des caractéristiques fondamentales de la sexualité humaine. En passant, chapeau pour le rayon de lumière qui éclaire l'érection et le "Aaaa" musical, j'étais tordu le rire en lisant ça. J'entendais carrément ce "Aaaa" dans ma tête, pas vous?

Pour ce qui est de l'apparition du sentiment amoureux, là, je trouve qu'il exagère. Je sais bien qu'il s'agit d'une BD et pas d'un ouvrage scientifique, mais quand même... c'est bien de vulgariser la science pour la rendre plus digeste au commun des mortels, mais ici on tombe davantage dans la simplification abusive qui dénature la réalité. Qui peut affirmer ce qu'est le sentiment amoureux? Ou que les singes, des êtres qui ne cessent de nous éblouir par leur extraordinaire complexité, sont incapables de le ressentir? Ou qu'il est subitement apparu précisément chez Homo habilis et pas chez l'australopithèque?

Mais bon, le gag avec la toune d'Elton John m'a bien fait rigoler, alors j'étais prêt à tout pardonner.

En lisant la dernière case de cette page, j'ai senti mon coeur s'enfoncer dans ma poitrine et mon enthousiasme éclater comme une coupe de cristal qu'on échappe sur le sol.

"La DOMINATION MASCULINE et L'ASSERVISSEMENT DES FEMELLES marqueront profondément l'humanité JUSQU'À NOS JOURS?"

Ah! ben tabarnak... c'est là que j'ai réalisé que je venais de claquer 30 balles sur un torchon de propagande féministe.

J'étais complètement découragé. Moi qui prends plaisir à me réfugier dans la BD pour fuir la connerie du monde, voilà que cette dernière vient s'immiscer dans mon jardin secret.

J'entends d'ici certains d'entre vous me dire que j'exagère et que je vois du féminisme partout. Que l'auteur est un universitaire et qu'il doit bien savoir de quoi il parle. Que cette description de l'humanité est peut-être tout à fait fidèle à la réalité après tout. Qui suis-je pour le contester?

Ben c'est vrai que je ne suis pas grand-chose. Je n'ai aucun titre honorifique à écrire après mon nom. Mais je suis pas mal curieux et je lis beaucoup. Et mes lectures me poussent à affirmer que cette case ne décrit pas la réalité et qu'elle s'inspire davantage de fantasmes féministes que de faits avérés.

Il faut d'abord savoir que cette idée que l'on s'est longtemps faite de l'évolution humaine découle essentiellement de l'étude des chimpanzés. Traditionnellement considérés comme nos plus proches cousins, ces grands singes se sont avérés être parfois belliqueux, violents et très centrés autour des mâles.

On a donc longtemps pensé que, logiquement, le comportement de nos lointains ancêtres préhistoriques avait dû ressembler à celui des chimpanzés. Les premier hommes sont donc souvent décrits comme possédant une nature violente et dominatrice.

Or, on sait maintenant deux choses qu'on ignorait jadis. Premièrement, plusieurs des comportements qui ont été observés chez les chimpanzés ne sont pas naturels. La présence des observateurs humains aurait fort probablement été la cause de certains des comportements violents qu'on leur attribue. Bref, lorsqu'on leur fiche la paix, les chimpanzés ne sont pas du tout comme on les décrit:

Male chimps and humans are genetically violent---NOT!
Do chimpanzees in the wild want to kill others? Is murder common among wild chimpanzees? Do male chimps (and their cousin male humans) have "killer" "demonic" instincts towards their fellows? If you look at the data, the answer to these questions is a resounding NO! But these beliefs are "gospel" in much of popular science. (...) Early research on chimpanzees found them to be unaggressive and peaceful. (...) With hindsight, it turned out that human feeding of the chimpanzees, with its restrictions and control, deeply affected the behavior and culture of the chimpanzees, such as keeping large groups of animals near the feeding site which promoted increased fighting among the males. 

Deuxièmement, une autre espèce a maintenant été identifiée: les bonobos. Et selon de récentes études, ces grands singes sont encore plus près de nous que les chimpanzés.

Or, le comportement naturel des bonobos ressemble plutôt à ceci:

(...) les bonobos vivent dans des communautés égalitaires et pacifiques qui sont principalement maintenues par les liens très solides qui unissent les femelles et, dans un moindre degré, les femelles aux mâles. (...) Si les chimpanzés règlent leurs conflits sexuels avec des luttes de pouvoir, les bonobos règlent leurs conflits de pouvoir avec le sexe. (...) Il s'agit d'une façon de renforcer les liens entre les membres de la bande. Les relations sexuelles y sont très fréquentes et les femelles s'accouplent avec de multiples mâles à chaque fois. Contrairement aux chimpanzés, les bonobos s'accouplent face à face en se regardant dans les yeux. On les a observés marcher bras dessus, bras dessous et se serrer longuement en s'embrassant tendrement en utilisant la langue (...) Ils s'accouplent en tout temps, indépendamment du cycle d'ovulation de la femelle.

(...) Les bonobos aiment s'accoupler dans diverses positions. La vulve est située vers l'avant chez les bonobos et les humains, alors qu'elle est située vers l'arrière chez les chimpanzés et les autres primates. Le partage de la nourriture est hautement associé aux relations sexuelles. L'homosexualité est présente chez les bonobos et les humains, mais très rares chez les chimpanzés. (...) Finalement, si le sexe occupe d'abord et avant tout une fonction reproductive chez les chimpanzés et les autres primates, les bonobos et les humains ont recours au sexe pour des motivations sociales (réduction des tensions, renforcement des liens, résolution des conflits ou amusement pur et simple).

Voilà qui ressemble beaucoup plus à des comportements "humains" que ce qui est décrit dans cette BD!

Alors si les les chimpanzés ne sont pas aussi violents qu'on le dit et si les bonobos sont si pacifiques, alors pourquoi les premier hominidés auraient-ils subitement effectué un virage à 180 degrés pour constituer des clans caractérisées par la domination masculine agressive et l'asservissement des femelles? En fait, Homo habilis n'aurait eu aucune raison d'effectuer une telle révolution dans son mode de vie.

Bref, lorsqu'on regarde avant Homo habilis, on a les gentils bonobos. Et si on regarde après, on a les humains modernes et leurs pacifiques sociétés de chasseurs-cueilleurs dont plusieurs ont survécu jusqu'à nos jours.

Or, ces sociétés sont-elles caractérisées par la domination masculine et l'asservissement des femmes? Pas du tout:

Les sociétés égalitaires des chasseurs-cueilleurs
Is it true that hunter-gatherers were peaceful egalitarians? The answer is yes. (...) Wherever they were found (...) these societies had many characteristics in common. The people lived in small bands, of about 20 to 50 persons (including children) per band, who moved from camp to camp (...) The people had friends and relatives in neighboring bands and maintained peaceful relationships with neighboring bands. Warfare was unknown to most of these societies (...) In each of these societies, the dominant cultural ethos was one that emphasized individual autonomy, non-directive childrearing methods, nonviolence, sharing, cooperation, and consensual decision-making. Their core value, which underlay all of the rest, was that of the equality of individuals.

Le plus ahurissant, c'est que l'auteur admet lui-même qu'Homo habilis était organisé en "protosociété ÉGALITAIRE", et malgré tout, il conclue ceci:


Une société ÉGALITAIRE, par définition, ne peut pas être soumise à la domination d'un mâle. Cela est très précisément le contraire d'une société égalitaire. Ça n'a aucun sens.

De récentes études ont effectivement démontré que nos lointains ancêtres vivaient dans des sociétés égalitaires dans lesquelles ni les hommes et ni les femmes ne dominaient l'autre sexe:

L’égalité des sexes est-elle une invention moderne?
(...) il y a de bonnes raisons de croire que les premiers humains, qui arpentaient jadis la savane en petites tribus de chasseurs-cueilleurs, étaient des apôtres de l’égalité sexuelle. (...) C’est donc l’égalité entre les époux qui serait le fondement de l’organisation sociale singulière des chasseurs-cueilleurs. Ce résultat va dans le sens des observations recueillies sur le terrain (...) On peut donc penser que l’égalité sexuelle a été la norme pour l’espèce humaine durant la presque totalité de ses 200 000 ans d’existence, comme elle l’est toujours pour les chasseurs-cueilleurs d’aujourd’hui. Les chercheurs vont jusqu’à laisser entendre que c’est l’égalité entre maris et femmes qui a permis à Homo sapiens de devenir ce qu’il est: une créature remarquablement coopérative et inventive, sans pareille dans le règne animal. 

Voilà à quoi ressemblait probablement la réalité de nos ancêtres. Mais voilà, cette BD semble davantage intéressée à nous enfoncer des lubies féministes dans le fond de la gorge plutôt que de décrire la réalité.

Ainsi, à la page 12, on a droit à cette séquence:


Dans la troisième case, on a le stéréotype sexiste du mâle qui préfère jouer avec ses outils plutôt que de s'occuper des enfants. Madame est furieuse, Monsieur ne comprend pas pourquoi. Il est probablement trop con et pas assez empathique, je suppose? Et pourtant, cette notion peut être facilement rejetée du revers de la main. Dans les société de chasseurs-cueilleurs, les hommes s'investissent activement dans la vie des enfants. Il le faut bien, c'est leur responsabilité de leur transmettre d'importantes connaissances telles que la fabrication des outils ou les techniques de chasse. S'ils ne l'avaient pas fait, notre espèce se serait éteinte depuis longtemps.

Dans la dernière case, Madame est littéralement enchaînée à un môme pendant qu'elle cueille des fruits. Comme le dirait Lisa Leblanc: "Sa vie, c'est d'la marde." Monsieur, lui, tout sourire, libre comme l'air (au point où on le dessine même avec des ailes), part à la chasse. Encore une fois, c'est ridicule pour un paquet de raisons.

Premièrement, comme je viens de le dire, les hommes devaient sûrement amener des jeunes chasser avec eux. Il le fallait bien pour assurer la relève. Deuxièmement, la chasse n'était pas toujours une partie de plaisir. Il s'agissait d'une occupation exigeante, épuisante et infiniment plus dangereuse que la cueillette. Les femelles n'avaient aucune raison d'être envieuses. Troisièmement, les enfants étaient la responsabilité partagée de tout le clan. Les jeunes enfants jouaient entre eux sous l'oeil attentif de nombreux adultes, pas d'une seule mère. Quatrièmement, s'occuper des enfants n'est pas nécessairement une corvée. Je sais bien que, de nos jours, les adultes s'empressent de foutre leurs enfants à la garderie le plus tôt possible, mais ils manquent quelque chose d'essentiel. Je suis bien placé pour affirmer que le fait de passer du temps avec des enfants peut être l'une des expériences les plus enrichissantes de la vie.

Ces cases révèlent l'aspect le plus pervers de cette BD: l'anachronisme. L'auteur projette des réalités modernes dans le lointain passé. Sa perception est viciée par la modernité. Et par son évident féminisme qui le pousse à voir toute l'histoire de notre espèce comme une longue lutte pour la libération des femmes.

Dans une des cases suivantes, on a droit à une scène dans laquelle deux mâles se disputent une femelle sans la moindre considération pour ses désirs à elle. Les salauds! Puis, nos deux protagonistes sont obligés de laisser aller leur prise à un troisième mâle encore plus costaud, au grand déplaisir de la femelle dont tout le monde se fiche éperdument encore une fois:


Or, de récentes études tendent à démontrer que cette interprétation de la vie sexuelle de nos ancêtres est profondément erronée.

Premièrement, lorsqu'on observe les grands singes, on remarque que chez ceux qui sont organisés en harem soumis à l'autorité exclusive d'un mâle dominant et où les mâles doivent s'affronter violemment pour s'accoupler, la taille du mâle est très supérieure à celle de la femelle. De plus, la taille du pénis et des testicules est très petite par rapport au reste du corps. Par exemple:

Les gorilles mâles (...) sont deux fois plus gros que les femelles. Chez les humains et les bonobos, bien que le dimorphisme soit encore observable, il n'est pas aussi frappant et démontre que nos ancêtres n'ont pas eu à se battre pour avoir accès aux femelles pendant plusieurs millions d'années. (...) Bien que physiquement plus imposant, le pénis du gorille ne mesure que 2,5 cm et ses testicules sont de la taille de haricots. Le bonobo, pourtant beaucoup plus petit, a un pénis trois fois plus long et des testicules de la taille d'oeufs de poules!

Or, chez l'humain, on observe très précisément le contraire que chez le gorille. Les hommes sont un peu plus grands que les femmes, mais ce dimorphisme sexuel est beaucoup moins prononcé que chez les gorilles. De plus, la taille du pénis humain par rapport au reste de son corps est très supérieure à celle d'un gorille.

En fait, l'anatomie humaine semble plutôt pointer vers une société polygame où les hommes et les femmes étaient libres de s'accoupler avec qui ils le souhaitaient. La quantité astronomique de spermatozoïdes que produisent les hommes indique que la compétition entre les mâles se faisait au niveau cellulaire plutôt qu'au niveau physique. Sans parler de la forme du pénis qui semble être conçue pour retirer du vagin le sperme de l'amant précédent. Nos ancêtres n'avaient donc pas besoin de se battre pour s'accoupler avec les femelles et ce n'étaient pas seulement les plus costauds qui le faisaient. Si c'était le cas, ne serions-nous pas tous des colosses aujourd'hui?

De plus, les effets de la prolactine sur les hommes et les femmes sont un autre bon indicateur du comportement sexuel de nos ancêtres. Cette hormone, sécrétée lors de l'orgasme, provoque un effet relaxant chez l'homme qui perd rapidement son érection. La femme, elle, demeure réceptive et sa capacité à atteindre l'orgasme à de multiple reprises indique que nos lointaines aïeules s'accouplaient de plein gré avec plusieurs mâles à chaque fois.

C'est là une version de la vie de nos ancêtres bien différente de celle qu'on nous dépeint dans cette BD.

Et cela ne va pas en s'améliorant. Dès la page 14, on a droit à notre première scène de viol:


Encore une fois, l'homme prend son pied sans la moindre considération pour la femelle. Encore une fois, il est dépeint comme une brute épaisse, insensible et égoïste. Encore une fois, la femme est une pauvre victime condamnée à une vie de soumission, de violence, d'humiliation et de dégradation.

Plus féministe que ça, tu meurs.

Et si, dans leur société égalitaire, nos ancêtres s'étaient traités en égaux? Et s'ils s'étaient traités avec respect? Et s'ils ne s'étaient accouplés que lorsque tous les partenaires impliqués étaient consentants? Pourquoi pas? C'est ça une société égalitaire, non? Et dans un tel contexte où nos tabous modernes étaient absents, où chacun était libre de baiser avec qui il voulait et où ces relations sexuelles ne servaient pas qu'à la reproduction, mais également à renforcer les liens entre les membres du clan, pourquoi le viol aurait-il été nécessaire? Ou toléré?

À mon avis, il a probablement toujours existé, mais comme aujourd'hui, il n'était pas la norme et n'aurait pas été accepté par les autres membres du clan. Dans une société égalitaire comme la leur, tout membre qui s'en prenait physiquement à un autre membre ou qui se comportait de façon menaçante aurait été exilé.

Les choses ne s'améliorent pas lorsque l'auteur fait un saut dans le temps pour nous parler de la vie des premiers humains modernes qui habitaient l'Europe:


Ce n'était pas suffisant de dépeindre les hommes comme ds brutes épaisses dépourvues d'empathie qui violent les femmes, voilà qu'ils tentent d'échanger leurs propres filles comme si elles étaient des objets juste bonnes pour le troc. Et ça, c'est quand ils ne les violent pas.

Délirant.

Si vous avez consulté les liens que j'ai incorporés à ce billet, vous savez déjà que les jeunes chasseurs-cueilleurs passent justement d'un clan à l'autre dans le but d'éviter de se reproduire avec des membres de leur famille immédiate.

Les sources que je viens de consulter sur cette question sont unanimes: l'inceste est pratiquement inexistante dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs. Par exemple, celui-ci:

True, many evolutionary psychologists have adopted this view with gusto: Hunter-gatherers cooperate because they live in small bands with their kin. But as many have realized, actual bands of hunter-gatherers pretty quickly show that this isn’t true. Either men or women generally move when they marry, so bands have close relatives in them, but they also have unrelated individuals. In practice people often move with a sibling, or their adult parents may come to live with them as well (...) The net effect of residence changes is to reduce the levels of inbreeding within bands (...) 

Encore une fois, cela est parfaitement logique. On connait les effets désastreux qui peuvent accabler les descendants de l'inceste. Compte tenu de l'extraordinaire succès de notre espèce, il est évident qu'une telle pratique a été quasi-inexistante dès le départ. Nos ancêtres n'avaient pas besoin de Freud pour savoir que l'inceste était une mauvaise idée.

Mais cette BD pousse la diffamation jusqu'au bout:


Ben oui, les femmes ne se faisaient pas seulement violer par leur père, mais par leurs frères aussi.

En bref, à en croire cette BD, les hommes sont fondamentalement des salopards lubriques, des brutes insensibles qui dominent, asservissent et violent les femmes, y compris leurs propres filles et leurs soeurs, sans le moindre souci pour leurs désirs à elles, ni pour leur bien-être. Des gros dégueulasses.

Les femmes, elles, n'ont que des vertus. Ce sont des héroïnes tragiques, privées de leur liberté, qui subissent les pires violences et toutes les humiliations. Elles ne font de mal à personne, elles. Elles ne violent personne, elles. Elles ne frappent personne, elles. Ce sont des déesses magnifiques, sublimes et parfaites, comme l'indique la dernière page de cette section:


Après tout ça, complètement écoeuré, j'ai arrêté de lire. Je ne peux donc pas vous parler de la suite. Sera-ce un autre ramassis d'immondices sexistes comme cette première partie? Je vous en reparlerai peut-être éventuellement...

Évidemment, vous me direz que ce n'est qu'une BD, que ça n'a pas d'importance, qu'il ne faut pas faire une tempête dans un verre d'eau, etc.

Permettez-moi d'être en profond désaccord.

Combien de milliers de personnes liront cette BD? Combien de milliers de personnes croiront chaque mot qui y est écrit comme s'il s'agissait de parole d'évangile? Combien de personnes construiront leur vision de ce qu'est l'humanité, de ce qu'est la sexualité humaine et de ce que sont les hommes et les femmes à partir de cette BD et des autres innombrables ouvrages féministes diffamatoires comme celui-ci?

Voyez par vous mêmes:

Sexe Story : le sexe raconté en bande dessinée
Le livre de Laetitia Coryn et Philippe Brenot retrace, de façon sérieuse et ludique tout à la fois, l'histoire de la sexualité humaine, de la préhistoire jusqu'à nos jours. Plus de 25 000 exemplaires du premier ouvrage du genre en bande dessinée ont été vendus en France depuis sa parution, en avril. (...) Sexe Story démontre notamment comment l'humain a construit la domination masculine.

Sexe Story. La première histoire de la sexualité en BD, Philippe Brenot et Laetitia Coryn
Complète, ludique, précise et sans aucun tabou (...), cette histoire du sexe se pose en oeuvre éducative et divertissante habilement conçue pour ne pas bouder son plaisir.

Sex Story : La Première Histoire de la Sexualité en BD
Tout ce que les livres d'Histoire n'osent pas raconter. Sex Story dévoile la grande histoire du sexe et de l'amour. (...) Retraçant l'évolution des mœurs sexuelles en Occident des origines à nos jours, cet ouvrage est fait pour vous. Sex Story met à mal le tabou du sexe pour proposer un éclairage neuf. Mêlant rigueur historique et narration ludique, ce récit passionnant met les pieds dans le plat. (...) c'est une immense fresque historique et anthropologique qui s'étale sous nos yeux. Deux cent pages pour voir l'histoire sous un autre angle. Tout, vous saurez tout sur le sexe !

Sex story
Les deux auteurs nous offrent une étude passionnante sur l'histoire sexuelle de l'humanité. De la préhistoire à nos jours, c'est l'apparition du sentiment amoureux, du sexisme et de l'apprentissage ou non de la tolérance qui se raconte devant vos yeux! Une BD indispensable tant dans sa forme que dans son fond!

"Sex Story", la BD qui raconte sans tabou l'histoire de la sexualité
Cette histoire de la sexualité, ou plutôt de la liberté sexuelle, n’est pas du tout linéaire. Elle est traversée par des libérations des mœurs, puis par des longues périodes de répression. Il y a cependant un invariant dans cette histoire, hormis quelques exceptions égyptiennes ou étrusques: la domination des hommes sur les femmes.

Je pourrais continuer pendant des pages et des pages. Comme d'habitude, tout ce qui décrit les hommes comme des salauds est immédiatement accepté et applaudi sans que quiconque n'émette la moindre critique, ni la moindre réticence. C'est comme si ça allait de soi.

Et en bout de ligne, c'est toute la société, et particulièrement les hommes, qui payent le prix de cette interminable campagne de diffamation.

C'est vraiment malheureux. Tragique, en fait. Quelle belle occasion ratée.

Quand on dit que le féminisme s'immisce partout et qu'il vient toujours tout gâcher, on en a un exemple de plus.



9 commentaires:

fylouz a dit…

Puis-je te faire une suggestion ? Envoie une gentille lettre argumentée aux auteurs via l'éditeur, dont voici l'adresse : Les Arènes BD, 27 rue Jacob 75006 Paris.
Peut-être auront-ils la politesse de te répondre ?

Prof Solitaire a dit…

Que pourrais-je espérer comme réponse, selon toi?

fylouz a dit…

Ben, sois ils se justifient, avancent des arguments, soit ils ne te répondent pas du tout. Franchement, tu n'as rien à perdre, sinon un peu de ton temps.

Prof Solitaire a dit…

Et mon anonymat si un lien est fait entre la lettre et ce billet sur mon blogue...

fylouz a dit…

Ne sois pas paranoïaque. Change le ton de ta lettre, fais toi plus diplomate. En supposant qu'ils te répondent et que tu choisisse de publier cette réponse, encore faudrait-il qu'ils en retrouvent la trace sur ton blogue, ce qui me parait douteux. Bien sûr, par souci d’honnêteté, tu pourrais leur communiquer son adresse, mais alors, ils seraient les seuls à faire le lien. Et après, il y a des centaines de blogues qui parlent de BD...
Moi, en tout cas, ça me parait intéressant de connaitre leur point de vue.
Si ça t'inquiète vraiment, je peux servir d'intermédiaire. Ecrit ta lettre, je la transmettrais à mon nom. Après, on verra ce qui se passe.

fylouz a dit…

Tiens, pour te défouler : http://next.liberation.fr/culture-next/2017/06/14/le-manspreading-ou-la-place-des-hommes_1576816

Kevin Macarry a dit…

Un propos des singes Bonobo voici un article assez drole
http://carnetsdunpaien.hautetfort.com/archive/2014/08/20/un-singe-socialiste-le-bonobo-5431267.html



et un commentaire sur cet article
" Ce que je veux montrer également, c'est la stupidité statistique et scientifique de cette histoire de gênes en commun. Nous en avons 95/100 avec le bonobo, mais aussi 70/100 avec la mouche, la vache, etc. Bref, derrière des apparences sérieuses, on veut bourrer le crane des gens."

Prof Solitaire a dit…

@ Fylouz: Après mûre réflexion, l'idée ne m'emballe pas. Je soupçonne que ce sera une gigantesque perte de mon temps très précieux et limité. Mais si tu as envie de te prêter à l'exercice, n'hésite pas et je m'engage à publier une éventuelle réponse sur le blogue.

@ Kevin: Amusant billet, effectivement. Merci de partager. Cela étant dit, je continue de trouver que ces animaux peuvent nous en apprendre beaucoup à propos des origines de l'humanité. Surtout à propos de ce nous étions, mais aussi un peu à propos de ce que nous sommes devenus. Et s'ils sont menacés, ce n'est pas à cause de leur mode de vie...

Prof Solitaire a dit…

@ Fylouz: Si je me souviens bien, il y a des références à la fin de la BD... je ne les ai pas examinées de près, je vais le faire quand j'aurai une minute et j'y reviendrai ici... alors si tu décides de leur écrire, attends un peu, laisse-moi vérifier les sources avant...