24 juillet 2017

Gala du Gouverneur général pour les arts

Une autre belle manifestation du beau et grand Canada bilingue soulignée par Sophie Durocher:

La semaine dernière à Ottawa avait lieu le Gala du Gouverneur général pour les arts du spectacle. On célébrait les récipiendaires, entre autres Martin Short, Michel J. Fox, Michael Bubblé, Jean Beaudin, Brigitte Haentjens, etc.

Je suivais sur Twitter le compte officiel des Prix du GG. Les gazouillis étaient remplis de fautes de français grossières. Le mot « hommage » écrit avec un seul « m » comme « homage ». L’anglicisme « hôte » au lieu de « animateur ». Des mauvaises conjugaisons comme : « L’orchestre entrent ».

Et des phrases bancales comme « Tant de talent dans une seule chambre » ou « Dans une première pour les Prix du Gouverneur général ». Et on parle ici de textes officiels émanant d’un organisme censé représenter TOUS les Canadiens.

Quand j’ai commencé à signaler ces fautes à l’auteur des gazouillis, il m’a répondu : « Nos excuses, des fois la fonction autocorrecte nous débile ! »

Hahahahaha ! De kessé ? « Nous débile » ? Le gars fait une faute aux deux mots et blâme ça sur son autocorrecteur ? Et il n’est même pas capable de voir que ce qu’il écrit est un charabia incompréhensible ?

Puis le chat est sorti du sac. L’auteur de ces lignes m’a écrit en anglais seulement : « Sorry. We’re only human. Worse, I’m an Anglo, for my sins. » Je n’ai aucun problème avec le fait que vous soyez anglophone, mais vous n’êtes pas bilingue ??? Les Prix du Gouverneur général ne sont même pas foutus d’engager un traducteur, un interprète qui manie les deux langues officielles du pays le soir où l’on remet sa plus haute distinction ?

Qui se moque des francophones ici ? Nous sommes des citoyens de seconde zone, on ne mérite même pas des textes soignés ?

Pour en rajouter une couche, l’auteur de ces gazouillis-charabias m’a écrit en privé, en anglais seulement, sur un ton sarcastique : « We will refrain from further insulting your beautiful language and tweet only photos and pre-scheduled links from this account. » (Nous allons nous abstenir de continuer à insulter votre merveilleuse langue et ne tweeterons que des photos et des liens préparés à l’avance à partir de ce compte ».)

Pensez-vous sérieusement, deux secondes, que les Prix du Gouverneur général confieraient leurs communications publiques à un unilingue francophone ? Pensez-vous sérieusement que si ce francophone utilisait un logiciel de traduction automatique pour recracher des textes dans un anglais approximatif ça passerait comme du beurre dans la poêle chez les Anglos ? Je vous le dis tout de suite, les éditorialistes du Globe and Mail et du National Post déchireraient leur chemise.

Mais un unilingue anglophone peut gazouiller pendant toute une soirée dans un français médiocre, et ça passe complètement sous le radar.

Joseph Facal ajoute:

Ces incidents sont si récurrents qu’on se demande si le communiqué de presse pour s’en excuser n’est pas prêt d’avance.

(...) Le plus triste est dans les têtes de tous ces Québécois qui n’y voient rien de grave, qui trouvent que c’est une tempête dans un verre d’eau, qui ne voient pas le rapport de force PO-LI-TI-QUE entre les deux langues. Ils voyagent au Canada anglais, ils y connaissent du monde, donc ils croient savoir de quoi ils parlent.

Ils trouvent les anglophones « ben fins », comme si c’était la question. Ils sont de ces gens dont le niveau­­­ de réflexion politique ne va pas au-delà du : « On est-tu ben au Kanadâââ­­­ ! » Ils sont de ceux qui passent automatiquement à l’anglais devant un anglophone pour être « gentils », pour montrer qu’ils le parlent ou parce que c’est « plus pratique ».

Le colonisé authentique ne voit plus les barreaux de sa prison mentale.

Dans les plantations, les esclaves qui travaillaient comme domestiques dans les maisons des maîtres finissaient par croire qu’ils faisaient partie de la famille et méprisaient les esclaves qui travaillaient dans les champs.

Pierre Bourgault disait jadis que certains Québécois trouvent tellement normal de recevoir des coups de pied au cul qu’ils ne les remarquent même plus.



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