7 juillet 2017

Le PQ continue de creuser sa propre tombe

Je n'ai pas de mots assez forts pour exprimer ma déception face à Jean-François Lisée.

Moi qui ai lu et admiré cet homme depuis des décennies. Moi qui l'ai quasiment idolâtré comme l'un des plus grands intellectuels du Québec.

Voir maintenant cet homme que j'ai tant apprécié et admiré se dédier corps et âme à la destruction du parti politique pour lequel j'ai toujours voté et qui a porté le projet politique le plus emballant de ma vie est profondément pénible.

J'ai blogué à plusieurs reprises là-dessus et comme je n'ai pas envie de me répéter inlassablement, voici les billets en question:

Jean-François Lisée à la tête du PQ (9 octobre 2016)

Les leviers de Lisée (17 octobre 2016)

Les souverainistes quittent le PQ? (24 novembre 2016)

Lisée fait la sourde oreille (10 janvier 2017)

La stratégie de Lisée dérape (27 janvier 2017)

J'aurais vraiment ADORÉ avoir tort, mais malheureusement, tout ce qui se passe présentement vient confirmer mes dires.

Bref, après avoir repoussé aux calendes grecques la raison d'être de ce parti, la souveraineté... voilà que M. Lisée s'engage maintenant dans une nouvelle manoeuvre tout aussi mal avisée:

Le chef du Parti québécois veut faire du Québec une «nation verte» et demandera un mandat clair aux Québécois pour s’opposer au projet d’oléoduc Énergie Est lors des élections de 2018.

(...) «Laissez-moi vous dire ce qui va voir le jour, sous un gouvernement du Parti québécois. L’énergie verte. L’économie verte. L’innovation verte. Une nouvelle vague d’entrepreneuriat vert sur tout le territoire. Une nation verte», a énuméré le chef péquiste (...)

C'est pas croyable.

Voilà que Lisée veut transformer le PQ... en parti vert.

Les lecteurs de ce blogue connaissent mon intérêt aigu pour l'actuelle crise climatique et ils savent que je prends la question très au sérieux. Dans plusieurs billets, j'ai dénoncé vigoureusement le pipeline Énergie Est. Je ne dis pas qu'il ne s'agit pas d'une cause valable, au contraire!

Ce que je dis, c'est que ceci n'est pas l'ultime raison d'être du parti québécois.

Et si Lisée croit que c'est en faisant de l'environnement sa priorité qu'il va gagner les prochaines élections, il se fiche le doigt dans l'oeil jusqu'au coude.

Comment le sais-je?

Premièrement, parce qu'il n'est pas le premier à explorer cette voie. André Boisclair l'a fait avant lui. Souvenez-vous, il avait même changé le logo du parti pour y intégrer du vert! On sait tous comment cette histoire s'est terminée: aux élections de 2007, le PQ a fini troisième, derrière l'ADQ de Mario Dumont!

Deuxièmement, parce qu'aux dernières élections provinciales, le parti vert a récolté seulement 0,55% des voies! Lisée espère-t-il donc aller chercher un demi-point avec sa nouvelle stratégie?

Le gars voudrait complètement anéantir le parti québécois qu'il ne s'y prendrait pas autrement.

Et ce qui ne cesse de me renverser, c'est de voir tout le monde, y compris des observateurs brillants comme Mathieu Bock-Côté, affirmer que c'est le désintérêt pour la cause de la souveraineté qui est responsable du déclin du PQ.

Ils ont tout faux! C'est le contraire! L'appui à la  souveraineté est en chute libre parce que le parti qui existe dans le but d'en faire la promotion ne fait pas sa câlisse de job!

Complètement exaspérant...

Au fond, peut-être que c'est mieux ainsi. Après tout, quand on y pense, ce parti a été frileux depuis le début avec sa maudite "souveraineté-association". Si le PQ s'était moins préoccupé de faire peur au monde, s'il avait défendu sa cause avec plus de conviction, nous serions un pays aujourd'hui.

Le seul qui a passé près de réussir (et qui a gagné si on tient compte de la fraude fédérale), c'est Jacques Parizeau. Il avait la force de ses convictions, lui. Il était capable de promouvoir et de défendre la souveraineté avec intelligence et assurance, lui. Il était davantage intéressé par l'avenir de son peuple que par le pouvoir et la prochaine petite victoire électorale, lui.

Alors au fond, si ce parti est incapable de convaincre les gens de la nécessité de la souveraineté, s'il continue à en avoir peur et s'il la fuit, alors qu'il crève donc une bonne fois pour toute et qu'il laisse la place à un nouveau parti vraiment convaincu de la justesse de la cause souverainiste!



7 commentaires:

Guillaume a dit…

Lisée ne pouvait pas ignorer que la souveraineté est impopulaire et que la population ne le suivrait pas s'il avait dit vouloir faire un référendum lors du premier mandat. Même Parizeau en 1988 disait vouloir simplement rapatrier des pouvoirs à la pièce, pas faire de référendum sur l'indépendance! Il a attendu le bon moment et les bonnes circonstances avant de déclarer vouloir aller de l'avant. La position de Lisée est par ailleurs plus transparente que celle de ses anciens adversaires du temps de la course à la chefferie.

Ce qui est en train de planter Lisée et le PQ, c'est cette idée absurde d'alliance avec QS, un parti d'idéologues communautaristes qui n'a jamais vraiment été souverainiste (et j'ajouterais qu'ils n'ont jamais été de gauche non plus). Le virage vert est plus symptomatique qu'autre chose.

Lisée pourrait hypothétiquement surprendre: Corbyn l'a fait ici. Mais Corbyn contrairement à Lisée est un excellent campaigner, il sait être proche des gens, il ne se perd pas dans des grandes stratégies et sait garder son message simple. Lisée, c'est un excellent stratège s'il demeure le lieutenant d'un chef, mais il est lui même un piètre chef (ce que je craignais d'ailleurs).

Prof Solitaire a dit…

Bon point à propos de Parizeau. Mais je pense que tout le monde exagère l'importance de la tentative d'alliance avec QS.

La job première de Lisée, en tant que chef du PQ, c'est de promouvoir la souveraineté et de convaincre les gens de son urgence, pas de la fuir et pas de la noyer dans autre chose.

Kevin Macarry a dit…

et avec un peu de chance tout comme Nicolas Hulot il présentera le projet complétement fou d'une économie décarbonée, et donc d'une économie morte(car oui toute activité humaine est génératrice de carbone,tout comme l'activité animal,mais ça les verts ils s'en foutent on interdit le moteur thermique et en vante la voiture électrique ,dont les mines de lithiums détruisent des sols,rejettent énormément de co2 en plus d'être polluant ,je pense notamment aux énormes camions jaunes qui consomment en moyenne l'énergie produite pour un village de plus de 100 habitants par jours (ne me demandez pas d'où je tiens cette info j'ai oublié la source) )


Bref c'est juste que le PQ a choisis de faire dans l'originalité en faisant de la démagogie verte !comme tout les partis en fait.


d'ailleur c'est quoi cette histoire d'oléoduc Énergie Est ? j'avais entendu parler vite fait d'un oléoduc qui passait sur des terres appartenant aux tribus,c'est le cas ici?

Sébastien a dit…

Je ne comprends pas cette critique sur la proposition du PQ. Sachant qu'ils ont promis de ne pas faire de référendum, ils auront à gouverner pendant possiblement 4 ans s'ils sont élus. Il faut un programme pour ça et cette stratégie verte va dans ce sens.

On peut les critiquer de ne pas faire suffisamment la promotion de la souveraineté, mais ils doivent aussi proposer autre chose. Personnellement, j'aurais préféré qu'ils ne s'engage pas à ne pas utiliser de fonds publics pour la promotion de la souveraineté. Il faut bien sûr éviter des dépenses folles, mais on dirait qu'ils souhaitent être incritiquables ce qui est utopique.

Sébastien a dit…

Kevin tes arguments manque de structure. Tu pourrais au moins de donner la peine de googler "énergie est", c'est aux nouvelles depuis 2 ans...

Une économie sans carbone est impensable, mais ce n'est pas une raison de ne pas envisager une réduction significative de nos émissions. Les voitures électriques, bien qu'imparfaite, ont démontré une empreinte carbone moindre sur le cycle de vie du véhicule, même dans les régions où l'électricité est produite en grande partie avec du charbon.

Guillaume a dit…

Difficile de promettre un référendum dont personne ne veut. Et malheureusement la souveraineté est maintenant impopulaire. Pour être honnête je ne sais pas comment en faire la promotion sans avoir l'air désespéré ou déconnecté. Je suis d'accord que le PQ doit proposer autre chose, un programme de gouvernement crédible. L'ennui avec les programmes très centrés sur l'environnement, c'est que 1)à part les Républicains américains, la plupart des partis en occident pensent que c'est un problème sérieux, ou à tout le moins se donnent un vernis vert 2)les électeurs pour qui l'environnement est LA question primordiale votent pour un parti vert. Et ces électeurs-là sont rarissimes. Stéĥane Dion a voulu faire de l'environnement son cheval de bataille en 2008, on sait comment ça s'est terminé.

Quant à la tentative d'alliance avec QS, Lisée s'y est beaucoup trop commis. C'est bien beau de dire que tout le monde exagère, il aurait d'abord fallu qu'il ne soit pas aussi enthousiaste avec cette idée d'alliance avec un parti marginal. Et puis QS a quand même humilié le PQ en sabordant l'alliance. C'était extrêmement mesquin de leur part, mais c'était à prévoir.

Prof Solitaire a dit…

Très intéressants vos commentaires, messieurs.

En ce qui me concerne, j,en ai marre d'un PQ qui tente de s'inventer une raison d'être pour gagner des élections. J'ai envie d'un PQ qui s'assume, qui offre un projet républicain clair et rassembleur et qui dit au monde: Si vous votez pour nous, c'est pour avoir un pays, point. Et s'ils restent dans l'opposition, ben tant pis pour nous... ça leur donnera encore plus de temps pour convaincre du monde et élaborer un projet solide, avec des études et des chiffres sérieux, dépourvu d'improvisation.

L'autre option, c'est ce qu'on a depuis 20 ans: un PQ qui traite la souveraineté comme un boulet encombrant dont il faut prendre ses distances et, ce faisant, qui donne l'impression que le projet n'est ni emballant, ni souhaitable, ni vital, ni urgent et ni sérieux.

Ça a assez duré.

Ah et Kevin, à propos d'Énergie Est, clique ici:

http://profsolitaire.blogspot.ca/2015/08/pour-ou-contre-le-pipeline-energie-est.html