1 août 2017

Les vertus de la punition

Voici un texte à propos de la punition qui a été écrit par une collaboratrice du site "La Parfaite Maman Cinglante".

C'est le titre qui a d'abord attiré mon attention:


Dès le départ, j'ai un problème avec cette fausse adéquation. Pour plusieurs raisons.

Premièrement, n'en déplaise à cette dame, Punition n'est pas synonyme d'Éducation.

Deuxièmement, je devine à son utilisation du terme "traumatisme" qu'il s'agit ici de vomir son mépris sur quiconque adopte une philosophie de l'éducation qui est différente de la sienne. Or, je connais trop bien ce mépris pour en avoir été la cible à de multiples reprises ces 20 dernières années.

Comme je l'ai déjà expliqué sur ce blogue, je n'utilise pas l'approche de la punition, de la menace, de la coercition et de la domination. Ni avec mes enfants et ni avec mes élèves. J'ai d'excellentes raisons d'agir ainsi, j'y reviendrai.

Or, comme la vaste majorité des enseignantes préconise une approche traditionnelle dans laquelle la domination et la punition jouent un rôle central, ma philosophie a souvent été la cible de mépris, de moqueries et parfois même de haine. On m'a insulté, vilipendé, isolé, diffamé et attaqué parce que je refuse obstinément d'utiliser cette approche.

Cet article est intéressant parce qu'il représente très bien l'idéologie traditionnelle et les fausses conceptions qui sont véhiculées à propos de l'éducation des enfants:

Depuis quand punir un enfant fait de nous de mauvais parents ?

Tout dépend de ce que vous entendez par "punir".

Si votre punition sert davantage à imposer votre autorité qu'à faire progresser votre enfant, alors vous êtes un mauvais parent. Le rôle du parent et de l'enseignant est d'amener l'enfant à comprendre que des limites existent et pourquoi elles existent. Il faut l'amener à comprendre que ces limites sont mises en place pour son propre bien-être et sa sécurité. Malheureusement, trop souvent, les adultes punissent pour écraser et soumettre. Ça devient une lutte de pouvoir et c'est très malsain. Dans ce contexte, la rébellion de l'enfant est, tôt ou tard, inévitable et elle peut avoir des conséquences tragiques.

Si votre punition vise à humilier votre enfant, alors vous êtes un mauvais parent. Cela est encore fréquent et c'est une abomination. J'ai vu des enseignantes hurler après des enfants, devant leurs amis, afin de les anéantir aux yeux des autres. Je les ai vues ridiculiser des enfants devant les autres. Le rôle de l'adulte est d'aider l'enfant à se construire et à s'épanouir, pas de le détruire. L'auteure de cet article utilise le terme "traumatisme" en le tournant en dérision, mais elle a tort. Ces traumatismes sont bien réels et dévastateurs.

Est-ce que cela signifie que toute forme de punition est à proscrire? Bien sûr que non, même si elle affirme le contraire. Il s'agit là d'une tactique très souvent employée par les matrones contre des gens comme moi: elles caricaturent notre position en la ridiculisant, elles déforment notre approche en affirmant que nous acceptons tous les comportements et que nous n'avons aucun contrôle sur la classe, etc. C'est faux.

On a un très bel exemple de cette tactique dans le paragraphe suivant:

Nous sommes dans l’ère de psychologie infantile fois mille. Les livres et les nombreux sites internet nous suggèrent de laisser l’enfant gérer ses émotions. La littérature sur l’éducation bienveillante pousse comme des pissenlits et on mise sur le renforcement positif au lieu des punitions conséquences pour ne pas diminuer l’enfant. Il faut tellement le garder sur son piédestal. « Allez mon enfant ! Tu es tellement hot, tellement bon, même si tu frappes, tu craches, tu cries et tu ne respectes aucune consigne! »

Voyons donc.

Complètement ridicule.

Voir si je laisse les enfants me frapper et me cracher dessus.

Comme s'il n'était pas assez choquant de voir l'auteure rejeter du revers de la main toute l'étude de la psychologie avec une grossière attitude antiscientifique et anti-intellectuelle (ce qui est encore plus aberrant quand on apprend qu'elle a été éducatrice de garderie pendant des années), en plus de ça, elle utilise une tactique foncièrement malhonnête pour diffamer ceux qui ne pensent pas comme elle.

On appelle ceci la tactique de l'homme de paille. Plutôt que de réagir aux arguments mis de l'avant par les gens avec qui elle est en désaccord, elle se construit un faux adversaire (l'homme de paille), elle l'affuble des arguments les plus idiots, et elle attaque ces derniers en affirmant qu'ils sont représentatifs des propos de ses adversaires.

J'y ai goûté tellement souvent...

Or, évidemment, c'est une sombre farce. Personne ne parle de placer l'enfant sur un piédestal. Personne ne dit qu'il faut complimenter un enfant qui se comporte mal, qui nous frappe, qui nous crache dessus ou qui crie. Absolument personne. Les gens qui acceptent ça sont des ignares qui ne connaissent absolument rien à l'éducation.

Mais regardons ces propos de plus près.

Nous sommes dans l'ère de la psychologie infantile fois mille? Faux. On est à l'ère de la psychologie, point. De nombreuses études tant en psychologie qu'en neurologie viennent jeter un regard extrêmement éclairant sur le développement de l'être humain, ce qui nous donne une meilleure compréhension que jamais auparavant. Où est le mal?

Cette dame a beau comparer les textes qui traitent de la psychologie bienveillante à des mauvaises herbes, elle ne les a manifestement jamais lus. Prenez ce texte-ci par exemple. Aller lire ça et vous verrez que c'est tout ce qu'il y a de plus raisonnable! Nulle part il n'est question d'encourager les enfants à mal se comporter.

Respecter un enfant, ce n'est pas le mettre sur un piédestal, c'est lui accorder une valeur intrinsèque et le traiter comme un être humain à part entière. C'est le traiter comme une personne, pas comme un subordonné inférieur.

Penses-tu vraiment qu’en étant chummy chummy avec ton kid, en le laissant faire ce qu’il veut, en lui donnant tout ce qu’il désire même s’il le mérite zéro pis une barre, il va t’écouter, t’obéir et apprendre les règles de la vie par lui-même ?

Laisse-moi rire un peu.

Encore une fois, Madame déforme tout. Et ce genre de propos méprisants est tellement fréquent dans mon milieu, vous n'avez pas idée.

Les lecteurs de longue date de ce blogue se souviendront peut-être que ma vieille charogne d'ex-directrice, celle qui m'a harcelé jusqu'à ce que j'en tombe malade, a carrément utiliser cette même expression de chummy-chummy pour m'attaquer, me diffamer et me faire passer pour fou.

Respecter un enfant, ça ne veut pas dire qu'on le laisse faire tout ce qu'il veut. Et ça ne veut pas dire qu'on lui donne tout ce qu'il désire.

Et il y a de meilleures méthodes pour s'assurer que les enfants nous écoutent que la coercition, la domination, l'humiliation et la punition.

Premièrement, les enfants apprennent en nous observant et en nous imitant. Nos plus proches cousins sont les singes, ne l'oublions pas. Lorsqu'on se comporte de façon respectueuse avec les enfants, dans la vaste majorité des cas, ils font comme nous et nous respecte en retour. Lorsqu'on prend le temps de les écouter, ils prennent le temps de nous écouter. C'est tout simple.

Deuxièmement, ne pas utiliser l'approche coercitive ne signifie pas qu'on est automatiquement trop "chummy-chummy" avec les enfants. Je m'efforce d'établir une atmosphère de saine camaraderie dans ma classe, mais cela ne signifie pas que les enfants n'ont aucune limite. Il y en a et elles sont claires. Les enfants les connaissent et ils savent à l'avance quelles sont les conséquences lorsqu'elles sont transgressées. Ils savent également (parce que j'ai pris le temps de l'expliquer) que ces limites sont mises en place pour leur propre bien. Les enfants sont capables de se montrer raisonnables lorsqu'on prend le temps de les mettre dans le coup.

Troisièmement, comme je viens de le dire, bien sûr qu'il y a des conséquences négatives lorsqu'un jeune transgresse les règles. Mais ces conséquences n'ont pas pour objectif d'humilier le jeune. Elles n'ont pas pour but d'écraser et d'affirmer sa toute-puissante autorité. Elles ont pour but de faire progresser le jeune, de lui faire comprendre pourquoi la règle en question est importante et quelles pourraient être les conséquences néfastes si tout le monde la transgressait comme il vient de le faire. L'idée, c'est d'amener le jeune à collaborer, à reconnaître le bien-fondé de la règle et de l'encourager à la respecter de son plein gré.

Si la seule chose qui pousse un enfant à respecter les règles c'est la peur de la punition, alors que croyez-vous qu'il fera lorsqu'il saura qu'il n'est pas observé? Il va s'empresser de les transgresser! Pourquoi pas? Personne n'a jamais pris la peine de lui faire comprendre l'importance de ces règles, on s'est juste contenté de le menacer! Alors lorsque la menace est absente, il n'y a aucune raison de respecter les règles!

C'est une évidence, on est tous comme ça. Les enfants ne sont pas des extra-terrestres, ce sont des êtres humains comme nous! On agirait exactement de la même façon à leur place!

Ton enfant te frappe, te pousse, te lance des objets alors qu’il a à peine trois ans et tu te sens coupable de le punir ? Je peux te jurer que s’il avait été le mien, je l’aurais enfermé dans sa chambre en ayant pris bien soin de sortir tout ce qui peut servir de jouets. J’aurais exigé des excuses avant même qu’il en sorte et le temps de retrait aurait fort probablement dépassé le temps suggéré par tous les spécialistes. J’aurais attendu sans dire un mot le temps qu’il faut et je lui aurais montré clairement qui est le boss dans ma maison. Mais surtout, surtout, je ne me serais aucunement sentie coupable et lui, il n’aurait pas été traumatisé.

Premièrement, mes enfants ne m'ont jamais frappé, poussé ou lancé des objets. Certainement pas à trois ans. Alors s'ils se comportent ainsi, soit ils souffrent de troubles sérieux (dans quel cas il faut consulter des spécialistes), soit vous êtes des parents de merde qui élèvent leurs enfants dans un environnement chaotique et inadéquat.

Deuxièmement, en lisant ce paragraphe, on voit bien que ce qui préoccupe l'auteure par dessus tout, ce n'est pas le bien-être de son enfant, c'est son propre ego et son pouvoir. Exiger des excuses à un enfant de trois ans? L'enfermer alors qu'il est en état de crise? Refuser de communiquer avec lui? Lui imposer sa propre autorité de "boss"? Tout ceci vise d'abord et avant tout à écraser, à soumettre et à dominer. Comme dans l'armée.

Imaginez traiter un enfant de trois ans comme on traite des soldats. Ou des chiens dans un centre d'élevage! Calvaire...

Et tu sais pourquoi? Parce que mon enfant a besoin que je l’aide à se construire, que je l’accompagne dans sa connaissance du monde, que je l’aide à se sizer dans les nombreux cadres qui l’entourent. Mon enfant n’a pas besoin que je lui fasse croire qu’il est le maître du monde. Plus je vais lui montrer comment fonctionne la vie, plus je vais lui apprendre les limites à ne pas franchir, plus il va se sentir sécure, moins il va essayer de me tester et plus je vais avoir totalement raison de le mettre sur un piédestal. Tu comprends?

Toujours la même obsession du pouvoir et du contrôle.

Respecter un enfant ne signifie pas qu'on lui fait croire qu'il est le maître du monde. C'est n'importe quoi.

Il n'y a aucun mal à laisser un enfant tester les limites, au contraire. Il faut qu'il les teste et qu'il comprenne pourquoi ces limites ont été mises en place.

Un enfant qui teste les limites ne le fait pas pour être rebelle, irrespectueux ou méchant. Il le fait PARCE QU'IL EST HUMAIN! Si je vous câlisse dans une situation qui ne vous est pas familière et que je ne vous explique rien, vous allez tester les limites vous aussi! Vous aurez besoin de le faire! Vous seriez folle de ne pas le faire! Vous allez tester les limites pour les identifier et les comprendre! Le rôle de l'adulte est d'accompagner l'enfant dans ce processus d'exploration, pas de lui piquer une crise, de l'enfermer, d'exiger des excuses et de le punir parce qu'il a OSÉ tester les limites!

Ce que je veux dire par-là, c’est qu’on devrait parfois agir au lieu de comprendre. 

On devrait AGIR au lieu de COMPRENDRE???

Mais elle débloque complètement, ma parole...

Le seul contexte qui me vient à l'esprit dans lequel ceci serait approprié, c'est une situation d'urgence où la survie de quelqu'un est menacée.

Dans n'importe quel autre contexte, ceci est tellement débile que les mots me manquent. C'est comme dire qu'il est préférable de se comporter instinctivement comme un animal sauvage plutôt que de se servir de sa tête.

Dément...

Ton enfant de deux ans fait des crises à répétition et toutes les études disent de le laisser faire et de chercher à comprendre ? Apprends-lui plutôt à se calmer. Apprends-lui l’autonomie dès le plus jeune âge. Apprends-lui les conséquences de ses actes. Apprends-lui le sens des responsabilités.

Et elle croit vraiment que c'est en punissant un enfant et en le soumettant à une autorité de fer qu'on va en arriver là?

Au contraire. Son approche ne calme pas, elle exacerbe la détresse et l'anxiété! Elle n'encourage pas la compréhension, mais l'abjecte soumission! Elle ne rend pas autonome, elle tue l'initiative et rend dépendant de l'autorité toute-puissante. Elle n'enseigne le sens des responsabilités, mais l'obéissance aveugle!

Ton enfant n’a pas besoin qu’on le comprenne, il a besoin qu’on l’encadre. 

Ah, parce qu'il est impossible de comprendre ET d'encadrer un enfant en même temps?

Ceci doit bien être la fausse dichotomie la plus stupide que j'ai vue de ma vie...

C’est à l’adolescence qu’il cherchera à être compris et te hurlera que tu ne le fais pas. Ici, maintenant, il a besoin que tu le guides, tout simplement.

Et si tu as réussi à établir une relation de respect mutuel avec ton jeune, si tu lui as montré par l'exemple que ce n'est pas en hurlant et en criant qu'on règle nos problèmes, si tu lui as montré que tu l'aimes, que tu le respectes et qu'il a le droit d'être lui-même avec toi, peut-être qu'une fois rendu à l'adolescence, ça va mieux se passer.

Si tu n'as pas passé les 12 années précédentes à l'écraser et à lui enfoncer ton esti d'autorité de petite fasciste de carnaval dans la gorge, peut-être que sa rébellion va être moins virulente.

Imaginez, c'est avec des gens comme ça que je travaille depuis deux décennies.



3 commentaires:

Étienne a dit…

Je fais la même chose quand je me sens coupable de la manière que j'ai agi avec mes enfants : je tente de justifier, de rationaliser mes actes. C'est ce que l'Auteur fait ici, mais dans une manière plus agressive. Elle doit vraiment se sentir coupable.

Admirateur depuis 2015 a dit…

C'est vrai que quand un parent critique son enfant, il doit le faire de manière très intelligente. En fait, j'irais même jusqu'à dire que l'avenir de l'enfant pourrait être compromis si n'arrête pas de se faire humilier dans son enfance. Il pourrait se convaincre qu'il est «nul, bon à rien» et aura une grande peur de prendre des risques dans la vie ou d'entrer en interaction avec d'autres, puisqu'il ne voudra pas être jugé pour ce qu'il est.

On pourrait demander à ceux qui ont une relation de pouvoir comment ils se sentiraient si leur boss leur disait qu'à chaque erreur commise, aussi minime soit-elle, il couperait une journée de salaire en plus de lui dire qu'il est un incompétent et au bout de 3 erreurs, il le suspendrait pour une semaine (non payée, évidemment) J'avoue que mon exemple est très extrême, mais je pense que cela vaudrait la peine d'essayer le dialogue pour en calmer certains.

Guillaume a dit…

Je vais revenir sur ce billet si j'ai le temps, mais je vais tout d'abord mentionner que je ne traiterais pas mon chat de cette façon, même s'il se prend pour le roi du monde pour vrai. Perdre patience, ça arrive à tout le monde, il ne faut pas en faire une vertu.

Et dans quel mauvais français elle s'exprime! Ah oui, et dans la forme comme dans le fond, je crois qu'elle présente des signes d'hystérie.