6 décembre 2017

Une souveraineté-association avec la France?

En cette triste époque où l'avenir politique du Québec semble sombre et sans issue, Yves Capuano nous propose une solution originale... mais est-elle réaliste?

Regardons de plus près. Extraits de l'article:

Je soutiens que le rapprochement politique du Québec avec la France serait souhaitable pour relancer l’idée de la souveraineté du Québec. La France constitue la mère patrie du Québec. Le Canada, lui, est lié à la Grande-Bretagne par la reine d’Angleterre qui n’en est rien de moins que le chef d’État.

J'ai toujours pensé qu'un rapprochement avec la France (à tous les points de vue: politique, économique, culturel, social, etc.) était non seulement souhaitable, mais essentiel pour notre survie comme peuple francophone. Donc jusqu'à date, je ne peux qu'agréer avec enthousiasme.

Pourquoi ne pas rapprocher le Québec de la France dans la politique constitutionnelle d’un Québec souverain dans un contexte de souveraineté-association, par exemple ? Une confédération francophone transatlantique pourrait aussi être envisagée.

Deux propositions très différentes sont mises de l'avant ici.

La souveraineté-association, d'abord. Il s'agit d'un concept un peu flou et qui a été mis de côté depuis longtemps. Si on lit René Lévesque, on voit qu'il s'agissait d'une souveraineté politique accompagnée d'une union économique, d'une espèce de vaste libre-échange avant l'heure. Un tel système avec la France serait-il souhaitable pour le Québec? Je ne sais pas. Sincèrement, je ne suis pas économiste, mais les résultats des accords de libre-échange sur l'économie québécoise ne m'impressionnent pas. Présentement, toutes nos entreprises sont achetées l'une après l'autre par des intérêts ontariens et américains... serait-il préférable qu'elles le soient par des intérêts français et européens? Est-il plus réjouissant de voir Bombardier vendu à des intérêts français que de voir St-Hubert vendu à des Ontariens? Je ne suis pas trop certain de voir comment.

Une confédération francophone est une proposition d'une autre nature. Il s'agit ici d'une union politique, pas seulement économique. D'une part, il me semble évident que le fait d'être un département français serait infiniment plus souhaitable que d'être une province canadienne. Une telle union mettrait fin à l'isolement québécois, encouragerait une immigration francophone, rehausserait le prestige de la langue française et assurerait la pérennité de notre langue. Rien de tout cela n'est possible au sein du Canada.

D'autre part, je trouve l'idée beaucoup moins intéressante que celle de la souveraineté. Au coeur de cette démarche se trouve le désir de voir le peuple québécois s'affranchir et d'enfin faire passer ses intérêts en premier. De briser son statut de sous-peuple pour enfin devenir un peuple souverain à part entière comme les autres peuples de la terre. Or, si notre présente situation nous condamne à n'être qu'un sous-groupe de pseudo-Canadiens, une confédération avec la France ne ferait de nous qu'un sous-groupe de pseudo-Français, des espèces de provinciaux à l'accent bizarre, rien de plus. L'avenir de la langue française serait assuré, ce qui est extraordinaire, mais on peut oublier tout l'aspect de notre affirmation nationale.

Or, cela est un morceau essentiel du projet de souveraineté et je ne crois pas qu'il soit souhaitable d'en faire fi. De plus, l'idée n'est pas vendeuse et je ne vois pas très bien comment elle pourrait rendre l'idée de la souveraineté plus attirante. Beaucoup de Québécois aiment la France, certains ne l'aiment pas, mais peu importe leur opinion de ce pays, aucun d'entre nous ne se considère "Français". Après quatre siècles, nous sommes un peuple entièrement distinct du peuple français. Prétendre le contraire serait ridicule.

Et si la protection et la promotion de la langue française est clairement un intérêt commun de nos deux peuples, cela ne signifie pas que nos autres intérêts soient les mêmes, au contraire. Économie, politique étrangère, rien de cela n'est nécessairement pareil. Imaginez, par exemple, si un important froid diplomatique s'installait entre la France et les USA. Ça s'est déjà vu d'ailleurs, il n'y a pas si longtemps. La France pourrait se le permettre, mais cela serait désastreux pour le Québec, les États-Unis étant notre principal partenaire économique.

La langue est un élément central de l'identité d'un peuple, mais elle n'en est pas le seul. Les Néo-Zélandais parlent la même langue que les Australiens, mais ils ne manqueront pas de s'offusquer si vous les confondez avec leurs voisins. Les Américains ne sont pas des Britanniques, les Mexicains ne sont pas des Espagnols et les Brésiliens ne sont pas des Portugais. Ces peuples sont clairement très proches de par leur langue commune, mais ils demeurent néanmoins distincts à plusieurs égards. Il en va de même avec les Français et les Québécois.

Bref, si une confédération avec la France serait, à mon avis, plus souhaitable qu'une fédération avec le Canada, cela demeure une option beaucoup moins enviable qu'une véritable souveraineté.

Une entente France-Québec, permettant la libre circulation totale des personnes, des biens et des services entre nos deux pays, assurerait un marché commun intérieur de 74 millions d’habitants à nos entreprises et aux citoyens des deux pays. La France est la sixième puissance économique mondiale. La France possède la plus vaste zone économique exclusive (ZEE) océanique de la planète avec toutes ses îles et territoires répartis dans tous les océans. 

Ouais, mais l'économie des territoires outre-mer n'est pas toujours très reluisante. Il se trouve des gens en France qui se questionnent sérieusement à ce sujet. Les DOM-TOM représentent-ils de merveilleuses opportunités ou des boulets?

Unie au Québec, cette zone deviendrait encore plus grande. Le territoire des Québécois et des Français s’étendrait pratiquement à travers toute la planète. Le Québécois deviendrait véritablement ouvert sur le monde avec un accès à l’Europe et à l’Amérique du Nord en plus de tous les autres territoires français dispersés à travers le monde. Mais surtout, ce nouveau territoire serait francophone!

Les unions économiques et les accords de libre-échange sont toujours présentés comme étant des "accès pour nous à d'autres marchés"... ils oublient de nous dire que cela signifie également un accès aux autres au marché québécois. Serait-il vraiment si souhaitable que tous nos sièges sociaux se retrouvent à Paris?

Il serait logique d’utiliser l’armée française dans un Québec souverain ayant un statut d’État associé français. L’armée française serait actuellement la sixième en importance sur la planète, selon un récent classement effectué par la revue Business Insider, derrière les armées américaine, russe, chinoise, indienne et britannique. L’armée canadienne viendrait en seizième position selon ce même classement. La France est une puissance nucléaire reconnue, un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU avec droit de veto. La sécurité d’un Québec souverain serait ainsi augmentée avec la souveraineté.

Qui dit une armée plus imposante dit également des coûts plus élevés. Serait-il souhaitable de payer davantage pour des forces armées? Dans un contexte comme le nôtre où personne ne menace notre territoire?

D’un point de vue démographique, la venue encore plus nombreuse de Français au Québec assurerait la survie du français, de plus en plus menacé à Montréal. En ce qui concerne la culture, un espace culturel commun France-Québec serait renforcé par une telle entente qui s’appliquera bien entendu à notre culture commune.

Rien à redire là-dessus. C'est clairement l'argument le plus convainquant dans tout ce plaidoyer.

Et vous, qu'en pensez-vous?



3 commentaires:

fylouz a dit...

Très intéressant, mais sans doute irréalisable pour plusieurs raisons.
D'abord, si on parle d'un rattachement du Québec à la France - est-ce bien ce que je comprend là ? Même si ce n'est pas le cas, il parle bien d'une "entente France-Québec, permettant la libre circulation totale des personnes, des biens et des services entre nos deux pays", alors on en arrive à un rattachement du Québec... à l'Union Européenne.
Les Québécois seraient-ils pour ? Cela ne rentrerait-il pas en contradiction avec les termes de l'ALENA ?
Et les Français (sans compter les Européens) seraient-ils pour ?
N'importe quel réfugié provenant d'un état d'Amérique pourrait réclamer la nationalité française. Je doute que Marine Le Pen et consort apprécient l'idée.
Parlant de la ZEE océanique : apparemment, la France est en fait deuxième, derrière les USA, mais pourrait devenir la première dans l'avenir. En fait, c'est compliqué car il faut aussi tenir compte du futur référendum sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie l'année prochaine.
Effectivement, je pense que tu as raison de te poser des questions sur l'économie des DOM-TOM qui est soutenue à bout de bras par la métropole. Les Québécois seraient-ils d'accord pour payer leur part là-dessus ?
Yves Capuano aborde aussi le sujet de l'armée française, sixième du monde.
Le problème, c'est que la France est un pays en crise. Dernièrement, on a vu la démission du général de Villiers, chef d'état-major de l'armée après une confrontation explosive avec le président Macron sur le budget des forces de défense.
Par soucis d'économie, on a retardé plusieurs programmes de défense, comme celui du Rafale. C'est sans doute l'un des meilleurs chasseurs au monde mais c'est un programme qui a été lancé en 1988 ! Qu'est ce qui va le remplacer ? On parle d'un drone.
Le char Leclerc est coûteux et ne se vend pas. Le prochain 4x4 de l'armée sera... un Ford Ranger (remarque, s'il était construit au Québec...).
Le fusil d'assaut FAMAS sera remplacé par le HK-416 F allemand (au moins, on reste en Europe).
La marine ? Bon, on parlait de la ZEE océanique, là. Ça nécessite une marine puissante, non ?
J'ai lu récemment que l'état-major de la marine nationale réclamait un minimum de 16 frégates. Pendant ce temps, la Chine en produit une... tous les deux mois.
Après la seconde guerre mondiale, on disait que la France avait besoin d'un minimum de quatre porte-avions (deux en activité, deux en entretien), voire six, puis c'est tombé à trois, puis à deux.
Aujourd'hui, la France dispose d'un porte-avions : le "Charles de Gaulle". Il a été lancé en 1994. Sa construction a pris sept ans (l'étude de projet remontant à 1975). C'est le seul porte-avions nucléaire européen. Son usage a été marqué par divers problèmes : bris d'hélice, revêtement de piste trop abrasif, vibrations arrière, incident au gaz, usure prématurée d'un arbre d'hélice. Il a subi son premier arrêt technique majeur en 2007. Pendant dix-huit mois, la France a donc été privée de porte-avions. De fait, il n'est disponible que 57 à 60% du temps.
Depuis toutes ces années, on cause, on cause d'un deuxième PA et rien ne se fait. Et le "Charles de Gaulle" n'est pas éternel.
Le Québec serait-il prêt à s'engager financièrement ? Peut-être, si ça se traduisait par des contrats.
Bref, pas sûr que ces idées plaisent d'un coté ou de l'autre de la grande mare.

Prof Solitaire a dit...

Très intéressant commentaire, merci. On est pas mal sur la même longueur d'ondes que moi là-dessus... mais je ne connaissais rien à toutes ces histoires à propos de l'armée française, très intéressant...

Sébastien a dit...

"Présentement, toutes nos entreprises sont achetées l'une après l'autre par des intérêts ontariens et américains... serait-il préférable qu'elles le soient par des intérêts français et européens? Est-il plus réjouissant de voir Bombardier vendu à des intérêts français que de voir St-Hubert vendu à des Ontariens? "

À ce propos, ça ne fonctionne pas que dans un sens. Nos entreprises achètent également des entreprises à l'étanger, le meilleur exemple étant Couche-Tard. La mondialisation a pour effet de réduire le nombre d'entreprise dans certains secteurs. Dans ces secteurs, au lieu d'avoir quelques joueurs au niveau local ou national, nous avons un nombre similaire de joueurs au niveau mondial. Il y a bien sûr des avantages et inconvénients à la chose, mais je ne crois pas que cette souveraineté-association aurais une incidence sur la chose. D'ailleurs, il n'y a généralement rien qui empêcherait actuellement plus une compagnie française qu'une américaine ou ontarienne d'acheter une entreprise québécoise, sauf peut-être les secteurs où il y a des limites légales à la propriété étrangère comme par exemple les télécommunications.