20 janvier 2018

La fois où j’ai été « violé »…

Vous croyez que la question du viol est très simple?

Vous croyez que c'est noir ou blanc, bien ou mal, sans zones grises?

Vous croyez que seules les femmes en sont systématiquement les victimes?

Vous croyez que les accusations publiques revanchardes sont la solution méritée, juste, honorable et raisonnable?

Si c'est le cas, vous devez lire cet émouvant texte de Jean-François Guay sur le blogue JusteSix.

Extrait:

Est-ce un aspect révélateur de cette nouvelle génération qui ne peut supporter d’être offensée et pour qui la justice ne suffit plus? Faut-il, pour ces jeunes, répondre avec violence et « BalancerSonPorc » pour que celui-ci comprenne bien qu’il n’a pas été convenable? Ainsi se soulagent-elles désormais de cette terrible épreuve? Jusqu’à ce qu’elles choisissent un autre porc à balancer, et ce tout aussi longtemps que ce sera la faute du porc.

En l’absence d’introspection, du porc à balancer il y aura, et aura, et aura ! Entrer en relation est une prise de risque, on accepte le risque que cela puisse être juste nul.

Grandissez un peu et prenez vos responsabilités bon Dieu !



9 commentaires:

Etienne a dit...

ps rapport au billet, mais ce video est interessant
https://www.youtube.com/watch?time_continue=421&v=aMcjxSThD54

fylouz a dit...

Je viens de lire cette histoire par hasard sur le site du Newyorker. Je précise que je n'ai compris qu'ensuite qu'il s'agissait d'une fiction. Mais la façon dont l'auteure décrit l'ambivalence des rapports hommes/femmes est, je trouve fort intéressante.

https://www.newyorker.com/magazine/2017/12/11/cat-person

Nous suivons l'histoire d'une étudiante du nom de Margot, qui travaille dans un cinéma, à servir boissons et nourriture. Un jour, elle est surprise par le choix d'un client et lui en fait la remarque (juste histoire de parler, la job est peu intéressante).

Physiquement, l'homme - Robert - est présenté comme "cute", environ 25 ans, grand, tatoué, mais en surpoid et un peu trop barbu. Robert ne réagit pas. Une semaine plus tard, il revient et obtient son numéro.

Par la suite, ils ont une relation active sur les réseaux sociaux. Robert ne parle pas beaucoup de lui (ce que certains pourraient qualifier de timidité) et s'abstient d'initier la conversation (ce que certains pourraient voir comme une façon de ne pas s'imposer et de laisser à sa correspondante la possibilité de clore la relation). Margot le trouve malgré tout très intelligent.

fylouz a dit...

Un soir, alors qu'elle se plaint de ne rien avoir à manger, il l'invite, "so she put a jacket over her pajamas and met him at the 7-Eleven." Terrain neutre, donc. Pour la tenue... Ben pour la tenue, on n'a plus le droit de faire de commentaires, alors je ferme ma gueule. Plus tard, au moment de se quitter, Margot s'attend à un baiser (et se prépare à l'éviter). Elle est donc surprise que Robert se contente d'un chaste baiser sur le front.

Dans les semaines qui suivent, la relation se poursuit. Margot y trouve un grand intérêt. Elle apprend que Robert a deux chats. Elle raconte - en plaisantant - à son père qu'elle a quelqu'un dans sa vie et qu'elle va l'épouser. Elle rapporte l'incident à Robert. A son retour sur le campus, elle tente de revoir Robert mais celui-ci semble l'éviter. "Margot didn’t like this; it felt as if the dynamic had shifted out of her favor". Robert l'invite au cinéma.

Robert veut voir le film là où Margot travaille. Elle refuse. Ils iront dans un multiplex "out of town". C'est le choix de Margot.

Sur la route, Robert parle peu, ce qui met Margot mal à l'aise. Après tout, elle ne sait rien de lui. Ne serait-il pas un violeur et un meurtrier ?

Au cinéma, Robert fait une plaisanterie au caissier qui tombe à plat "in a way that embarrassed everyone involved, but Margot most of all."

fylouz a dit...

Durant le film, Robert ne tente aucune approche. Margot se pose des questions sur sa tenue, celle de Robert n'a rien de particulier.

Robert propose d'aller prendre un verre "as if being polite were an obligation that had been imposed on him." Margot est triste car elle prend cela comme une attente de la part de Robert de trouver un prétexte pour mettre fin à la relation. Margot en veut plus, elle accepte. Elle juge la réaction de Robert décevante. Il lui propose de la ramener chez elle, elle refuse.

Vient la question du film. C'est Robert qui l'a choisi. C'était un film... sur l'Holocauste. Ce que Margot juge comme "so inappropriate for a first date". Suivent toute une série de considérations de la part de Margot sur le choix d'un tel film par lui, par rapport à elle.

Robert décide de l'emmener dans un bar qu'il connait, mais Margot se voit refuser l'entrée. Pas une seule fois, elle n'a précisé son âge : 20 ans.

“But you did that—what do you call it? That gap year,” he objected, as though this were an argument he could win."

fylouz a dit...

Robert, constatant son état, la prend dans ses bras et l'embrasse sur le front. Puis, cette fois, il l'embrasse pour de bon. Le baiser est - du point de vue de Margot - pathétique.

Robert emmène Margot dans un autre bar. Il lui propose une "Vodka Soda". Elle préfère une bière. Robert fait de nombreuses remarques sur l'aspect "artsy" des films qu'il suppose que Margot apprécie (elle est étudiante en cinéma). Margot joue de cela, "as if she were petting a large, skittish animal, like a horse or a bear, skillfully coaxing it to eat from her hand."

Passé la troisième bière, Margot commence à se demander à quoi ressemblerais le sexe avec Robert. A la sortie, elle s'offre pour un nouveau baiser, mais Robert se contente de l'embrasser sur la joue : "You're drunk", ce qu'elle nie. Il lui dit qu'il va la ramener. Une fois dans la voiture, elle se penche vers lui et l'embrasse. Le baiser est aussi désagréable que précédemment. Ils décident d'aller chez lui. Margot le dit expressément.

Margot apprécie la maison de Robert, mais soudain, elle a cette pensée que tout cela n'est qu'un piège, une demeure remplie de cadavres ou de victimes enchaînées.

Robert l'embrasse puis l'amène à sa chambre (pas de lit, juste un matelas) et lui propose un peu de whisky. Pas de présence de chats. Robert a-t-il menti ?

fylouz a dit...

Robert commence à se déshabiller et Margot commence à se demander comment mettre fin à ce qu'elle a initié. Les caresses de Robert sont aussi maladroites que ses baisers. Pour surmonter cette expérience désagréable, Margot se réfugie dans le fantasme, imaginant comment Robert la voit, ce qui l'excite elle-même. Toutefois, lorsque les gestes de Robert se font plus intimes, elle ne peut empêcher sa répulsion de s'afficher. Robert la croit vierge, ce qui la fait rire.

Ils remettent ça, mais l'expérience est décidément pénible pour Margot : "This is the worst life decision I have ever made!"

Une fois fini, il lui demande ce qu'elle veut faire. Elle hausse les épaules et il télécharge un film avec sous-titres, auquel elle ne prête pas la moindre attention.

Robert se met à lui parler de ses sentiments, de ce qu'il a ressenti pour elle ces dernières semaines. Margot lui demande son âge : 34 ans.

Finalement, Margot refuse l'offre de Robert de rester et celui-ci la raccompagne. En la déposant, il l'embrasse encore : Beurk !

“A date,” she said to her imaginary boyfriend. “He called that a date.” And they both laughed and laughed."

Par la suite, Robert la texte mais elle ne répond pas. En fait, elle souhaite mettre fin à leur relation mais ignore comment. Finalement, c'est sa coloc qui prendra l'affaire en main en lui envoyant un texto. Margot est paniquée. Réponse de Robert : “O.K., Margot, I am sorry to hear that. I hope I did not do anything to upset you. You are a sweet girl and I really enjoyed the time we spent together. Please let me know if you change your mind.”

Un mois plus tard, avec un groupe d'amis, elle aperçoit Robert dans un bar. Tous ceux-ci sont au courant et entourent Margot immédiatement comme si Robert représentait une menace, l'extirpant de là "as if she were the President and they were the Secret Service."

Un peu plus tard, Robert texte Margot, lui disant qu'il la vue au bar : “Hey maybe I don’t have the right to ask but I just wish youd tell me what it is I did wrog” et autres messages du même type, de plus en plus pressants. Margot ne répond pas. Dernier message de Robert (qui termine ce récit) : "Whore".

Il est intéressant de noter que l'auteure - Kristen Roupenian - a répondu à quelques questions sur sa nouvelle.
https://www.newyorker.com/books/this-week-in-fiction/fiction-this-week-kristen-roupenian-2017-12-11

Je vous laisse juger par vous-mêmes. J'ai trouvé cette nouvelle très intéressante (je rappelle que j'ai d'abord cru que c'était un témoignage réel). Je pense qu'elle résume bien certains rapports hommes/femmes. Je pense à ma propre expérience en la matière : certains comportements de femmes avec qui je suis sorti, de réflexions qui m'ont été rapportées par la suite, des choses que j'ai pu dire ou faire et qui auront été mal interprétées.

Robert ne me semble pas être un sale type. Juste un type un peu paumé, un peu seul. Un gars qui vit seul avec ses chats, peut-être pour le restant de ses jours.

C'est peut-être ça l'avenir qui nous attend.

Il y a quelques temps, Prof, tu as publié cette caricature :

https://1.bp.blogspot.com/-AI8njnUs2UQ/WlstFPXdLUI/AAAAAAABSb0/X_kK-M8ZRy0RhG0zPZzh8gLwPb0VMTBogCLcBGAs/s1600/work.jpg

D'un côté, les mâles Alpha (à qui on pardonne tout, pour le moment. Ça ne durera pas), de l'autre les Oméga et à peu près tout ce qui se tient entre les deux. Au mieux l'ostracisation, au pire la prison. Alors ? L'ostracisme volontaire ?

fylouz a dit...

http://www.slate.fr/sites/default/files/styles/1090x500/public/fellini5.jpg

http://www.slate.fr/sites/default/files/Fellini8.png

Prof Solitaire a dit...

Des relations inconfortables et malaisées, on a tous connu ça je pense. C'est un domaine de la vie humaine qui est extrêmement difficile à naviguer parce que tout et son contraire devient parfois parfait et dans d'autres occasions complètement inapproprié.

Chacun et chacune se fait une image mentale de ce qu'une relation devrait être, habituellement sans en souffler mot à l'autre. Ce qui fait qu'on essaie de répondre à des attentes que nous ne connaissons pas et que nous devinons mal.

Et le comble, c'est que cette image mentale est changeante, elle évolue, elle se contredit parfois, ce qui fait que rien n'est stable et consistant. C'est à devenir fou...

Et ça, c'est avant que le féminisme s'en mêle pour venir en faire un champ de mines.

Prof Solitaire a dit...

@ Etienne: Les grands esprits se rencontrent, mon prochain billet sera justement là-dessus...