9 février 2018

Entrevue avec René Lavertue

J'ai commencé à enseigner en 1996 et pendant mes premières années de métier, j'ai souvent entendu parler d'un certain René Lavertue. Mes collègues féminines parlaient de lui avec le plus suprême des mépris. Elles dressaient le portrait d'un arnaqueur incompétent, un sale type qui avait trouvé le moyen de se faire payer sans travailler, une espèce de brillant fraudeur contre lequel fusaient les plaintes les plus graves mais qui était toujours assez habile pour se défendre contre les accusations qui étaient soulevées contre lui. Bref, un crosseur.

Je ne crois pas l'avoir déjà rencontré et comme l'apprentissage de l'enseignement est très exigeant, je n'ai pas eu le temps de vérifier la véracité de ces propos. De toute façon, à cette époque, en jeune idéaliste niais et féministe de surcroît, je n'avais aucune raison de douter de la parole de mes collègues féminines.

Fast forward 21 ans. Après toutes les épreuves, toutes les trahisons et toutes les horreurs que j'ai subies au sein du système d'éducation... voilà que le nom de René Lavertue réapparaît. Il a été interviewé par Olivier Kaestlé et Lise Bilodeau dans le cadre de leur émission Tant qu'il y aura des hommes. Je suis tombé en bas de ma chaise en lisant le nom. Le monde est petit en maudit.

J'ai écouté l'entrevue avec beaucoup de plaisir et je suis reconnaissant à Olivier et Lise d'avoir offert la possibilité à M. Lavertue de s'exprimer de la sorte. Si j'aurais jadis douté de la véracité d'une histoire aussi rocambolesque que la sienne, l'expérience m'a très durement appris que ce qu'il raconte à propos du système d'éducation est parfaitement et cruellement plausible. Des années de harcèlement et de diffamation contre un homme qui ne cherche absolument pas les ennuis? Je le crois facilement pour l'avoir vécu moi-même.

Son plaidoyer pour une école plus libre me rejoint également. C'est d'ailleurs un drôle de hasard, j'ai présentement un billet sur le sujet qui attend d'être terminé pour être publié. Je ne suis pas surpris d'entendre de tels propos de la bouche d'un homme. Contrairement à ce que plusieurs croient, les enseignantes sont généralement beaucoup plus autoritaires que nous.

Évidemment, je n'endosse pas toutes les vues du bonhomme, comme par exemple sa philosophie socialiste, son opinion de la nature des différences hommes-femmes ou son amour de Simone de Beauvoir, etc. Mais si on n'écoute plus les gens sous prétexte qu'on n'est pas d'accord sur absolument tout, alors on n'écoutera plus personne. De plus, aucune de ces positions idéologiques ne justifie les mauvais traitements et le harcèlement qu'il a subis.

Vous pouvez écouter l'entrevue en cliquant ici.

À écouter également:

"Tant qu'il y aura des hommes"





5 commentaires:

fylouz a dit...

Intéressant. Malheureusement, René Lavertue ne se trouve pas dans le studio et fait son entrevue par téléphone. La première demi-heure est quasi-incompréhensible.

Prof Solitaire a dit...

Tu n'as pas tort. J'avoue que si je ne l'avais pas déjà connu de réputation, j'aurais été assez perdu...

fylouz a dit...

Ben justement, en parlant de réputation, bien que tu laisses entendre que ce monsieur est une sorte de petite célébrité au Québec, je n'ai rien trouvé sur lui sur Internet, à part mentions de ses livres. Tu les as lus ? C'est bon ? En tout cas, son histoire est vraiment... disons, typique de notre époque. C'est du harcèlement moral.

Prof Solitaire a dit...

Non, non, il n'a rien d'une célébrité... j'en ai entendu parler parce que j'ai travaillé pour la même commission scolaire que lui et parce que je travaillais avec des femmes qui l'avaient connu. En dehors de ce milieu, personne ne le connait. Je n'ai pas lu ses livres, je ne savais même pas qu'il avait écrit avant d'écouter cette entrevue.

C'est clairement du harcèlement, en effet. Un homme marginal comme lui devient automatiquement une cible dans notre système d'éducation. On ne tolère pas l'originalité, encore moins lorsqu'elle émane d'un homme. Je ne suis pas étonné que tout le monde ait voulu sa peau. Et en bout de ligne, il s'est beaucoup mieux battu que moi et il a admirablement tiré son épingle du jeu.

fylouz a dit...

Mouais, se retrouve pendant des années mis au placard à commettre des taches insignifiantes alors qu'on a placé toute sa motivation dans un certain choix de carrière. J'ai entendu parler de cas de suicides à cause de ce genre de pratique dégueulasse : le mépris, les pressions, la démotivation. Pour de nombreuses personnes, tu leur enlève leur famille ou leur carrière, ça les détruit.