24 février 2018

LE GRAND SILENCE II



DEUXIEME PARTIE : MALEVIL

(La première partie est ici.)

« O le plus bel être de la création, le dernier et le meilleur ouvrage de Dieu,créature en qui excelle, pour charmer la vue et la pensée, tout ce qui a été forméde sacré, de divin, de bon, d'aimable, de doux ! Comment t'es-tu perdue ? »
Le Paradis Perdu (1667), Chant IX de John Milton

« Quand il ouvrit le second sceau, j'entendis le second être vivant qui disait: Viens. »
« Et il sortit un autre cheval, roux. Celui qui le montait reçut le pouvoir d'enlever la paix de la terre, afin que les hommes s'égorgeassent les uns les autres; et une grande épée lui fut donnée. »
Apocalypse (6:3-4)

1981 : seize ans ont passé depuis « The War Game ». Quatre passeront encore avant que la BBC ne projette le film de Peter Watkins pour la première fois, à la télévision.

Cette année là sort donc en salle un film de science-fiction français : « Malevil » de Christian de Chalonge.

Là, le lecteur est en droit de faire une pause dans sa lecture (voire de passer totalement à autre chose, je n'oblige personne) : « Ça existe les films de science-fiction français ?  Et pourquoi pas un mammifère qui pond des œufs, tant qu'à faire ? »

Et la réponse – aussi gênante puisse t-elle être pour l'histoire – est oui. La preuve :


Je vous rassure, cette infâme créature est en voie de disparition tout comme le cinéma de SF français (si quelqu'un ne s'occupe pas rapidement de Luc Besson – Nikita, où es tu ?), voire le cinéma français tout court.

En fait, le site www.senscritique.com n'en liste pas moins de 122 (en comptant ceux qui doivent sortir en 2018) depuis « Le voyage dans la lune » (1902) de Georges Méliès.

De fait, si les premiers films sur la menace nucléaire semblent exclusivement Étasuniens de « The Phantom Empire » (1935) à « The Atom Strikes », « The Beginning or the End », « Cloak and Dagger » et « A Tale of two cities » (1946). Ça commence à changer dès 1947 avec « La Bataille de l'eau lourde », film franco-norvégien de Titus Vibe Muller et Jean Dréville.

Suivent en 1950 le court-métrage documentaire « La Bombe atomique en action » et « La Beauté du Diable » de René Clair, énième version de la légende de Faust et qui est, à ma connaissance, le premier à imaginer la vision d'une guerre nucléaire.



Ben oui, on est comme ça en France, « On n'a pas de pétrole, mais on a des idées ».



Bon, en même temps, j'ai jamais dit qu'elles étaient bonnes, mais on a la bombe à neutrons, hein... Alors, attention dans les commentaires.

Bon, en même temps... Y'a l'autre là :

«Oui, ils ont la bombe, mais ils n’ont pas aujourd’hui les capacités de frappe qu’ils auront dans cinq ans. S’ils n’y renoncent pas –et je ne parle pas de réduire ni même de cesser de produire des bombes, parce que cesser ne signifie rien. Je veux dire se débarrasser de toutes leurs bombes. Et s’ils ne le font pas, j’imposerai à ce pays des sanctions tellement dures, tellement incroyables…»
Donald Trump, 1987.

Autrement dit JE ferais mieux de surveiller mes commentaires.

En tout cas, revenons à nos moutons.





Donc, en 1959 suit « Hiroshima, mon amour » (qui n'est pas un film XXX, bande de petits malins), puis à partir de 1960 une série de documentaires :

→ De Valmy à Reggane : ce document de 12 minutes est diffusé sur la RTF en octobre 1960. Le journaliste Pierre Sabbagh écrit au directeur des programmes Alain Ollivier que « le ministre de l'information vient de me demander une campagne d'information pour la Défense nationale ». Le film sera réalisé avec le concours des services cinématographiques de l'Armée. Un mois plus tôt, en prévision d'un débat mené par Michel Droit, René Thibault (directeur des informations) a informé son patron Raymond Janot que « le choix des participants sera arrêté en accord avec le service d'information du ministère de la Défense nationale et le cabinet de M. Messmer. »
La télévision des trente glorieuses : culture et politique (Marie-Françoise Lévy)

→ La même année voit également la réalisation de « Reggane à l'heure H », autre court-métrage documentaire de 26 minutes consacré aux préparatifs et constructions des laboratoires français, les mines d'uranium, l'explosion test et les mesures de contamination.
Un ex-légionnaire allemand déserteur aurait témoigné de l'utilisation de cobayes humains lors de ce test : des prisonniers algériens.

→ En 1966, c'est « Atolls à l'heure nucléaire » consacré aux expérimentations nucléaires françaises à Mururoa et Fangataufa. Court-métrage documentaire de 29 minutes.

→ En 1967 est réalisé le court-métrage documentaire « Marine, atome, Tahiti » d'une durée de 20 minutes : participation de la marine aux expérimentations nucléaires du Pacifique.

→ « La bombe de A à H » (1971 : dossier de 71 minutes sur la force de dissuasion française.

→ « L'explosion nucléaire » (1973) : court-métrage documentaire de 25 minutes sur les effets thermiques, mécaniques et radioactifs de l'explosion d'une arme nucléaire.

→ « La Défense contre les armes nucléaires » (1975) : court-métrage documentaire de 21 minutes sur les effets des armes nucléaires et les moyens pour s'en protéger.

→ « Les engins balistiques » (1975) : court-métrage documentaire de 9 minutes sur les deux composantes de la force de dissuasion française : les sous-marins lanceurs d'engins et les missiles du plateau d'Albion.

→ « Les abris antisouffle improvisés (1977) : court-métrage documentaire de 19 minutes réalisé par la sécurité civile sur la réalisation d'abri simple, peu onéreuse, d'exécution rapide et pouvant abriter jusqu'à plusieurs dizaines de personnes.

→ « Ce monde est dangereux » (1977) : moyen-métrage documentaire de 50 minutes sur l' « équilibre » et les forces de dissuasion. Le titre semble tiré d'une citation d'Einstein : « Le monde est trop dangereux pour qu'on y vive, non à cause des gens qui font le mal, mais à cause de ceux qui les laissent faire sans bouger. »

→ « Les engins à charge nucléaire » (1979) : court-métrage documentaire de 11 minutes sur les caractéristiques des missiles.

Jusque-là, donc, l'information est contrôlée et distillée par l'État et l'armée. Elle est à leur gloire et se veut rassurante.

1980 voit la réalisation de deux documentaires sur les événements de Plogoff, en Bretagne, où la population s'oppose violemment à un projet de centrale nucléaire.

→ « Dossier Plogoff » : reportage de 50 minutes sur les réactions de la population du cap Sizun pendant l'enquête d'utilité publique qui a précédé le chantier de la centrale.

Cliquez ici.

→ « Plogoff, des pierres contre des fusils » : documentaire de 112 minutes sur les manifestations antinucléaires.



Pour la première fois, donc, on a droit à des œuvres documentaires indépendantes qui remettent en question le discours officiel. L'information a beau être sous contrôle, la France reste une démocratie – aussi imparfaite fut-elle – et sa population se pose des questions.

Au niveau des œuvres de fiction, on compte durant cette période les films suivants :

→ « L'Atlantide » (1961) : adaptation franco-italienne niveau nanard de Ulmer, Mazini et Borzage (tombé fort opportunément malade après quelques jours de tournage) du roman de Pierre Benoît. Trois hommes se retrouvent dans le royaume souterrain de l'Atlantide (situé en plein Sahara) après le crash de leur hélicoptère. Pas de bol : un test nucléaire est prévu dans le coin.

→ « RoGoPaG » (1962) : sketche « Le nouveau monde » de Jean-Luc Godard. Une explosion atomique a lieu. La radio déclare qu'il n'y a aucune conséquence mais le monde est devenu complètement insensible sur le plan psychologique. Le titre est dérivé des noms des quatre metteurs-en-scène : ROssellini, GOdard, PAsolini, Gregoritti. Le sketche « La Ricotta » de Pasolini provoqua la mise sous séquestre du film par la censure italienne pour « offense à la religion d'état ». Le film sortit en Italie dépouillé de celui-ci et fut invisible en France jusqu'en 1991.



Il faudra patienter ensuite jusqu'en 1975 pour découvrir l'étrange « Demain les mômes » de Jean Pourtalé. Une catastrophe inconnue (nucléaire ?) à annihilé toute la population. Un couple tente de survivre. La femme est assassinée. L'homme découvre la présence près de chez lui d'une communauté d'enfants étrangement insensibles, s'avérant de plus en plus menaçants. Le film a un caractère écologique quasi-inédit, se déroulant quasi exclusivement à la campagne et s'achevant sur la vision d'une mer primordiale.

Dans la littérature de science-fiction, l'enfant joue un rôle particulièrement important. Il symbolise l'avenir et l'espoir bien sûr, mais se fait également l'interprète de l'auteur et de ses opinions sur l'avenir. Il est l'élément par lequel renaitra (ou pas) l'humanité dans l'avenir. Il est innocence et donc terrain fertile pour représenter les bases morales de la future humanité. Il permet (en principe) de séparer le bien du mal.

Or, dans « Demain les mômes », si l'adulte s'émerveille au départ de voir s'installer près de chez lui cette communauté d'enfants. L'inquiétude ne tarde pas à s'installer alors que ceux-là refusent obstinément tout dialogue avec celui-ci, se montrent d'une inhumaine indifférence à son égard et n'acceptent son enseignement et son aide que pour apprendre à se servir d'une arme. Lorsque l'adulte tente de reprendre le contrôle, de s'imposer en figure d'autorité, c'en est fini de toute « tolérance » à son égard.



Cinq ans plus tard, l'inénarrable Serge Korber nous gratifiera de « Cherchez l'erreur » avec Roland Magdane, humoriste très populaire à l'époque : un savant très étourdit travaille dans un laboratoire de recherches nucléaires. Il trouve un peu de réconfort chez un chien (n'allez pas vous faire encore des idées, bande de mécréants).



Ces films, aussi exceptionnels soient-ils dans leur rareté (expression d'une forme de censure ou désintérêt des producteurs ?), ont au moins le mérite d'exprimer une inquiétude vis-à-vis de la Bombe et du nucléaire. A la fin de « Cherchez l'erreur », le savant détruit sa formule. Assez, c't'assez.

Pour en finir avec cette mise en bouche (encore un peu de courage, on y arrive), j'évoquerais quelques pépites qui me sont passé sous le nez dans la rédaction de ma première partie :

→ « Rat » (La Guerre) (1960) : film serbo-croate de Veljko Bulajic de 84 minutes. Ce film qui semble avoir été distribué aux USA sous le titre « The Atomic Warbride » (amputé d'une douzaine de minutes) raconte l'histoire d'un jeune couple qui se marie le jour du déclenchement de la 3ème guerre mondiale.

→ « Ikarie X.B.1 » : film tchécoslovaque de Jindřich Polák (1963) : pas vraiment de rapport avec la guerre nucléaire ici. Il s'agit de suivre l'expédition du vaisseau « Icarus X.B.1 » en 2163 vers une mystérieuse « Planète blanche » en orbite d'Alpha du Centaure. L'expédition, qui doit durer 28 mois en temps spatial et quinze ans en temps terrien est notamment menacée par une « étoile noire » radioactive. Le film de 86 minutes a « bénéficié » d'une sortie aux USA de 65 minutes avec une fin modifiée où l'on découvre que la planète blanche est en fait la Terre, ravagée par une guerre nucléaire.

→ « 23 Skidoo » (1964) : court-métrage canadien de 8 minutes tourné à Montréal par Julian Biggs et Kathleen Shannon. Le film nous montre la grande métropole totalement désertée de ses habitants. Les équipements demeurent opérationnels. Le plan d'une dépêche incomplète nous donne l'explication : la première bombe à neutrons a explosé.

→ « Crack in the world » (1965) : film Américain de Andrew Marton de 96 minutes. Un groupe de scientifiques tente d'exploiter l'énergie géothermique en employant un missile nucléaire lancé dans un puits préalablement creusé. L'entreprise entraine une catastrophe planétaire.

→ « The Bedford Incident » (1965) : film anglo-américain de James B. Harris de 100 minutes, produit et interprété par Richard Widmark. Un capitaine de destroyer traque un sous-marin soviétique dans l'Arctique, poussant ses hommes à bout jusqu'à l'erreur fatale.

→ « Hiroshima-Nagasaki, August 1945 » : court-métrage documentaire américain de Erik Barnouw, de 16 minutes, réalisé à partir de trois heures de documents originaux. L'américain Erik Barnouw et le japonais Iwasaki furent les premiers à filmer des images des conséquences des bombardements de 1945. Celles-ci, gardées secrètes jusque là, furent réunies pour ce documentaire à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire des attaques. Surréaliste et effrayant.

→ « Hiroshima. A document of the Atomic Bombing » : version de Ogasawa du précédent. Durée : 30 minutes.

→ « Hiroshima-Nagasaki » : documentaire américain en trois parties : reportage sur une exposition de photos sur Hiroshima ; extraits du film de Barnouw ; extraits du film de Reed (1967 -  BBC) : « Building the Bomb ».

→ « Glen and Ronda » (1971) : film américain de Jim McBride (94 minutes). Vingt ans après la Bombe, un jeune couple découvre des comic-books évoquant la cité de Metropolis et partent en quête de celle-ci. Le film fut classé X pour nudité masculine.

→ « Zero Population Growth » (1971) : film britannique de Michael Campus (90 minutes). Dans le futur, la Terre est à la fois surpeuplée et gravement polluée. Le gouvernement prend la décision d'interdire toute nouvelle naissance pour les vingt-cinq prochaines années. Oliver Reed et Géraldine Chaplin ont malgré tout un enfant et s'enfuient. La fin du film semble indiquer que la pollution est d'origine nucléaire.

→ « Arms and Security : How Much Is Enough ? » (1972) : documentaire américain de Howard Enders : l'escalade nucléaire depuis 1946.

→ « Only the Strong » (1972) : documentaire américain produit par l'« Institute for American Strategy ». Éloge de la Bombe, symbole de paix.

→ « Rumour of War » (1972) : documentaire britannique de Peter Jones. Interview du capitaine Murchison, chargé de la surveillance de la base d'Albuquerque.

→ « And when the War is over : the American Military in the 70's » (1973) : documentaire américain de Fred Freed. Images du travail quotidien de ceux qui travaillent dans le nucléaire, simplification à outrance et statistiques douteuses.

→ « Dark Star » (1974) : premier long-métrage (85 minutes) de John Carpenter sur scénario de Dan O'Bannon (« Alien »). L'équipage du vaisseau « Dark Star », chargé depuis vingt ans de détruire des planètes instables est confronté à un « alien de compagnie » et une bombe récalcitrante.



→ « A Boy and his Dog (1975) : film américain de J.Q. Jones (89 minutes) d'après un scénario de ce dernier et de Harlan Ellison (auteur de la nouvelle originale). Kennedy n'a pas été assassiné en 1963 et la troisième guerre mondiale a eu lieu entre 1950 et 1983, la quatrième en 2007. Entretemps, les États-Unis ont développés des chiens savants et télépathes. Blood est le chien, Vic l'humain. Ils survivent dans un désert recouvrant ce qui fut Phoenix. Le premier fournit des femmes au second, le second fournit de la nourriture au premier. Blood est nettement le « cerveau » des deux. Dans le désert de 2024, Vic est enlevé par les habitants d'une cité souterraine appelée Topeka dont les habitants mâles – stériles – sont des plus conservateurs. « A boy and his Dog » est ainsi en quelque sorte dans la continuité de « Dr Strangelove ». Ellison se sentit insulté par la dernière réplique du film et écrivit une suite dessinée par Richard Corben. On peut reconnaître Don Johnson dans un de ses premiers rôles.

→ « To Die, To Live » (1975) : documentaire britannique de Robert Vas réalisé à l'occasion du trentième anniversaire de Hiroshima et Nagasaki, mêlant images du passé et du présent, problème des « hibakushas ».

→ « Voyage dans les centrales de la Terre (1975) : documentaire Danois de Per Mannstaedt (52 minutes). Interrogation sur les dangers des centrales nucléaires et des déchets radioactifs.

→ « The Day the Sun Blowed up (1976) : documentaire Britannique de Stephen Peet sur les premiers essais de bombes atomiques.

→ « Papaya dei Caraibi (1978) : celui que vous attendiez tous ! Film Italien (86 minutes) de Jo D'Amato, alias Steve Benson, Hugo Clevero, David Hills, Kevin Mancuso, Peter Newton, Michael Wotruba, Robert Yip, Zak Roberts, George Hudson, Federico Slonisko, Gerry Lively, Igor Horwess. De son vrai nom : Aristide Massacesi, grand réalisateur de nanard-bis devant l'Éternel (215 films en tant que réalisateur, douze en tant que producteur) dont plusieurs « Black Emmanuelle », mais aussi « Caligula », « Messaline », des Rocco Siffredi, mais surtout connu pour les ignobles « Blue Holocaust », « Antropophagous » et « Horrible ». Ici, nous suivons les aventures de la cheffe d'une tribu cannibale qui s'oppose à une équipe de géologues venus dans son île dans le but de procéder à des essais nucléaires (ou la construction d'une centrale, je sais pas trop)... en les séduisant. Je sais bien que vous arrêterez votre lecture après cette bande-annonce, bande de parpaillots !



→ « The China Syndrome » ((1979) : film Américain de James Bridge (120 minutes). Une équipe de télévision enquête sur des malfaçons dans une centrale nucléaire. Le film sortit le 16 mars 1979 et fut immédiatement attaqué par l'industrie nucléaire américaine comme  « pure fiction ». Douze jours plus tard eut lieu l'incident de « Three Mile Island » dû à un dysfonctionnement du système de refroidissement du réacteur. Le film s'inspire en partie de l'affaire Silkwood qui vit la mort mystérieuse de l'activiste Karen Silkwood, décédée dans un accident de voiture alors qu'elle se rendait à un rendez-vous avec le journaliste David Burnham du « New York Times ». Le « syndrome chinois » est une expression utilisée pour décrire la fusion des composants d'un réacteur qui s'enfoncerait alors dans le sol « jusqu'en Chine. »

→ « Meteor » (1979) : film Américain de Ronald Neame (107 minutes). Un géocroiseur gigantesque se dirige vers la Terre. Les USA et l'Union Soviétique s'allient pour diriger leurs plate-formes spatiales de missiles vers celui-ci. Ironiquement, la sortie du film correspondit à l'échec des négociations SALT II.

→ « Paul Jacobs and the Nuclear Gang » (1979) : documentaire Américain (60 minutes) de Jack Willis et Saul Landau. Film sur la censure exercée par le gouvernement américain concernant les retombées dans le désert du Nevada et l'enquête de Paul Jacobs sur les conséquences de celles-ci sur les populations civiles et les militaires utilisés comme cobayes. Paul Jacobs est décédé d'un cancer avant la fin du tournage.

→ « Сталкер » (« Stalker ») (1979) : film ouest-germano-soviétique (163 minutes) de Andreï Tarkovski, scénario de Arcadi et Boris Strougatski d'après leur roman. Deux hommes emploient un « stalker » pour pénétrer dans une zone « interdite » pour une raison inconnue (catastrophe nucléaire, présence extra-terrestre ?) au cœur de laquelle existe une « chambre » où tous les vœux peuvent être réalisés. - 7 ans avant Tchernobyl.

→ « Enola Gay » (1980) : film Américain de David Lowell Rich (120 minutes). La décision et l'entrainement des équipages chargés des bombardements de Hiroshima et Nagasaki.
Le film consacre 113 minutes à  la préparation des équipages de B29 et à la vie des acteurs de l'événement. Le monde scientifique est à peine représenté, le monde politique encore moins. Tout l'espace du film appartient aux militaires et pour des pilotes, ça ne vole pas très haut : « Je crois qu'à la guerre, faut pas trop réfléchir, ça doit être un boulot comme un autre et puis c'est tout. » « Enola Gay » est un film de guerre classique avec tous les stéréotypes du genre, même si le point de vue japonais y est également représenté.

Jusque-là, la pratique des distributeurs représente un élément aggravant pour la diffusion de ces films qui sont retirés des salles au bout de quelques mois au plus et condamnés aux circuits des cinémathèques et des festivals. Même avec l'avènement de la vidéo, la plupart de ces films demeureront indisponibles.

Soulignons également que la plupart des films de fiction situés dans l'avenir – à l'exception de « On the beach », par exemple » nous montre la survivance d'une humanité, ou du moins de quelques-uns de ses membres. Même « Planet of the apes » (1968 – Franklin J. Schaffner) nous montre des survivants humains revenus à l'état sauvage.

Dans quelques rares cas, la position de l'œuvre est ambivalente : l'atome est à la fois source de vie et de mort comme dans la mini-série « L'île aux trente cercueils » (1979) où la légendaire « Pierre-Dieu » est à l'origine de magnifiques jardins en surface mais contamine tous ceux qui l'approche en-dessous.

Également, le légendaire « The Day the Earth stood still » de Robert Wise (1951) où l'extra-terrestre Klaatu tente d'avertir l'humanité des dangers de l'atome, en faisant une démonstration : pendant une demi-heure, toute activité électrique s'arrête sur Terre (un peu comme si une guerre nucléaire avait eu lieu) à l'exception des endroits les plus vitaux. Dans le même temps, il offre au professeur Barnhardt la formule pour l'utilisation de l'atome à des fins de voyages interplanétaires.

A la fin du film, Klaatu délivre un message qui est à la fois une offre de paix et un avertissement :

« Je pars bientôt, vous m'excuserez si mes paroles sont brutales. L'univers est plus petit chaque jour, et la menace d'une agression, d'où qu'elle vienne, n'est plus acceptable. La sécurité doit être pour tous ou nul ne sera en sécurité. Cela ne signifie pas renoncer à la liberté mais renoncer à agir avec irresponsabilité. Vos ancêtres l'avaient compris quand ils ont créé les lois et engagé des policiers pour les faire respecter. Sur les autres planètes, nous avons accepté ce principe depuis longtemps.

(...) Je suis venu vous donner ces informations. La façon dont vous dirigez votre planète ne nous regarde pas. Mais si vous menacez d'étendre votre violence, votre Terre sera réduite à un tas de cendres. Votre choix est simple : joignez-vous à nous et vivez en paix ou continuez sur votre voie et exposez-vous à la destruction. »

Dans « Holocaust 2000 /The Chosen/Rain of fire/Lucifer's curse » (G.-B./It. 1977) de  Alberto de Martino (surtout connu pour son cultissime « Operation Kid Brother » avec... Neil Connery, avec Bernard Lee et Lois Maxwell qui reprennent quasiment leurs rôles des « James Bond »), le nucléaire est carrément l'œuvre du démon. Kirk Douglas y interprète un riche homme d'affaire, Robert Caine, qui désire faire construire une centrale nucléaire sur un site biblique. Les morts inexplicables s'ensuivent parmi les opposants au projet, jusqu'à ce que Caine comprenne que son propre fils Angel n'est rien moins que l'antéchrist ! Notons au passage, l'allusion biblique : Angel Caine est forcément mauvais puisqu'il est le fils de... Caine, autrement dit Caïn, le premier assassin de l'histoire. L'idée sera reprise par Ridley Scott pour « Alien » dans lequel la première victime de la créature se nomme Kane.

A noter que la fin de la version US diffère de la version internationale :

Version US :



Version internationale :



Du point de vue du contexte international, entre « The War Game » et « Malevil », la situation s'est légèrement améliorée : la guerre du Viet-Nam est terminée, l'heure est à la « détente », du moins jusqu'en 1975, année qui voit :

→ la reprise des négociations de SALT II (janvier) qui aboutiront en 1979,
→ le début de la guerre civile angolaise (3 février),
→ la partition de Chypre (13 février),
→ la dernière tournée de Kissinger au Proche-Orient, refus d'Israël du principe de non-utilisation de → la force dans la résolution de la question israëlo-arabe, échec de la politique de Kissinger (7-22 mars),
→ l'échec du putsch de de Spinola au Portugal (11 mars),
→ l'abolition de la monarchie éthiopienne par le Derg (22 mars),
→ le début de la guerre du Liban (13 avril),
→ la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges (17 avril),
→ la chute de Saigon (30 avril),
→ l'installation d'une base soviétique à Berbera en Somalie (13 juin),
→ les accords d'Helsinki (1er août),
→ la prise de pouvoir par le Pathet Lao au Laos (23 août),
→ l'accorde de Sinaï II entre l'Égypte et Israël (4 septembre),
→ l'attribution du prix Nobel de la paix à Andreï Sakharov (qui ne pourra aller chercher son prix) (9 octobre),
→ le vote de la résolution 3379 de l'ONU assimilant le sionisme à une forme de racisme et de discrimination raciale (10 novembre),
→ l'accord franco-irakien pour la livraison du réacteur Osirak (18 novembre),
→ la mort de Franco en Espagne (20 novembre),
→ l'échec du putsch de de Carvalho au Portugal (25 novembre),
→ l'abolition de la monarchie du Laos et l'installation de centaines de troupes et de conseillers soviétiques (2 décembre),
→ la proclamation de l'indépendance du Timor oriental (28 novembre) et invasion de celui-ci par l'Indonésie (7 décembre).

En 1975, débute la « guerre fraiche », Brejnev est au pouvoir en URSS depuis 1964 (il décédera en 1982), Reagan sera élu président des USA en 1980.

En novembre 1979, un article de « Science et Vie » fait état de la découverte de fissures un an plus tôt par un ouvrier de Framatome à Chatou-sur-Saône dans la plaque d'acier qui forme la base du générateur de vapeur.

« A travers cette plaque passent les quelque 3400 tubes du circuit primaire, véhiculant l'eau radioactive provenant du cœur, dont la chaleur vaporise l'eau du circuit secondaire qui fait alors tourner la turbine. L'étanchéité de cette plaque est donc essentielle à la sécurité puisqu'une fissure à ce niveau permet à la radioactivité de fuir vers l'extérieur par le circuit secondaire. Cette plaque d'acier est protégée de la corrosion par la soudure d'une couche d'alliage, l'iconel. »

D'autres fissures sont découvertes à la fois derrière les plaques d'iconel mais aussi « dans une partie encore plus sensible du réacteur : dans les tubulures qui assurent la jonction entre le circuit primaire et le cœur du réacteur, et qui, de surcroît, supportent, en suspension, les 400 tonnes du réacteur lui-même. Là, c'est une couche d'acier inoxydable qui est appliquée par soudure. Et là encore, c'est la soudure qui provoque les fissures. »

Intervient alors la question des coûts de réparation pouvant aller jusqu'au démontage des réacteurs. Les autorités font le choix de fermer les yeux et de garder le secret.

La même année le biologiste dissident soviétique Jaures Medvedev publie « Le désastre nucléaire de l'Oural » qui fait état d'une catastrophe nucléaire à Kychtym, le 29 septembre 1957 au complexe nucléaire Maïak. Celle-ci fut provoquée par la panne du système de refroidissement de l'un des réservoirs de déchets nucléaires. Les réservoirs – d'un volume de 250 m3 – étaient installés dans des fosses à béton de 60 cm d'épaisseur et recouverts d'une dalle de 150 cm de béton d'un poids de 160 tonnes. La température à l'intérieur avoisinait entre 300 et 350 degrés Celsius.

L'explosion fut estimée à entre 70 et 100 tonnes de TNT. Les retombées radioactives (césium 137 et strontium 90) contaminèrent à long terme une région de 800 km2. A partir du 6 octobre, 10 000 personnes furent évacuées sans explication officielle. On estime le nombre de décès à 200.

Les chercheurs Robert Cochran et Robert Standish Noris du « National Ressources Defense Council » estimèrent que Kyshtym était « l' endroit le plus pollué de la planète. » Les rejets radioactifs auraient atteint les 120 millions de curies, soit deux fois et demie les doses relachées par Tchernobyl. Encore aujourd’hui, un homme qui s'aventurerait dans la zone contaminée sans protection serait exposé à une dose de 500 rad/heure, suffisante pour le tuer en une heure.

« Je travaille ici depuis 1959. Je suis du pays, né dans le village de Kuyach, que vous avez traversé en venant ici. Au moment de l'accident je me trouvais au village tout à fait par hasard, étant revenu de la tselina (les terres vierges du Kazakhstan) où je faisais un stage à l'Institut de mécanisation et d'électrification agricoles. Je ne connaissais rien au nucléaire. On profitait du dernier soleil, c'était un dimanche sec et chaud, on se baignait et on bronzait au bord du lac. Des troupeaux de vaches paissaient dans les pâturages, dans les champs on terminait la moisson. Soudain, vers 16 heures, du côté de la ville, on entendit une forte explosion. Les vitres tremblèrent. Personne n'y prêta attention car on savait que l'on était toujours en train de construire ou de faire quelque chose en ville, des tranchées, des fondations et les explosions étaient monnaie courante. La journée se termina tranquillement." Le lendemain, à l'aube, je fus réveillé par ma mère. Je vis partout des soldats, des véhicules tout terrain, des gens avec des dosimètres qui allaient et venaient, effectuaient des mesures sans rien expliquer. »

Le 28 mars 1979 a lieu l'incident de Three Mile Island. A l'époque, la Nuclear Regulatory Commission a classé les incidents nucléaires en neuf catégories : classe 1 : incidents mineurs (faible émission radioactive à l'extérieur du bâtiment ; classe 8 : problèmes importants (perte de liquide de refroidissement, rupture en chaîne des instruments de contrôle, etc.) ; classe 9 : « succession d'accidents plus graves que ceux des classes précédentes. »

La probabilité d'un incident de classe 9 est jugé si peu probable aux yeux des officiels de la NRC, des responsables des compagnies d'électricité et des fabricants de réacteur que l'on n'a pas jugé utile de l'inclure dans les programmes d'entrainement et de simulation. C'est pourtant ce qui s'est produit le 28 mars.

L'incident permet de déterminer les limites des instruments de mesure : on ignorait où se trouvait le niveau de l'eau dans le circuit primaire ; quand s'est formée une bulle d'hydrogène, on n'a pas pu déterminer sa taille ; la température du cœur du réacteur était plus devinée que mesurée car l'ordinateur de la salle de contrôle était programmé pour lire des températures ne dépassant pas 370° C. Or, durant la première phase de l'accident la température du combustible nucléaire a atteint près de 2 000° C. On ignorait même comment se formaient les bulles d'hydrogène et de pression.

Peu de temps avant, le 5 mars, a débuté le procès Silkwood. Karen Silkwood, employée dans une usine de fabrications de combustibles nucléaires de la Kerr Mc Gee Nuclear Corp. avait été sérieusement contaminée par du plutonium et s'apprêtait à faire des révélations à la presse sur les usines qui manipulent le plutonium. Elle devait décéder le 13 novembre 1974 dans un accident de voiture.

Le mois de mars voit également une série de révélations sur les conséquences des essais nucléaires du Nevada avec augmentations des taux de leucémies et de cancers.

Enfin, le 16 mars avait vu la sortie dans 663 salles du film qualifié de « prémonitoire » : « The China Syndrome ». Le gouverneur de l'État de New-York en vient à déclarer que « le nucléaire n'est plus le futur ». Le gouverneur de Californie, Jerry Brown, réclame la fermeture immédiate de la centrale de Rancho Secopés de Sacramento et le sénateur Kennedy passe dans le camp des opposants.

Les manifestations antinucléaires se multiplient : 100 000 personnes à Hanovre, 3 000 à Francfort, 10 000 à Stockholm (ce qui entraine la fermeture de la centrale de Ringhalls), 20 000 à Copenhague, 2 500 à Borssele en Hollande. Le maire de Huy en Belgique ordonne la fermeture de la centrale de Tihange.

En France, le discours officiel est : «  Ça ne peut pas arriver ici car les réacteurs sont différents des réacteurs PWR (3) du type Westinghouse et que celui de Harrisburg était un PWR conçu par la firme Babcock et Wilcox (il y en a d'ailleurs huit identiques aux Etats-Unis). »

La différence se situe en fait dans la circulation de l'eau des circuits primaires. Dans les réacteurs Babcock et Wilcox, elle est contenue dans un tuyau qui traverse en ligne droite, du haut vers le bas, à travers le générateur de vapeur avant d'être refoulée vers le cœur du réacteur grâce à une pompe d'eau. Dans les réacteurs Westinghouse et donc Framatome, l'eau parcourt un U inversé, ce qui entraine un débit d'eau deux fois plus important dans le circuit secondaire. L'affirmation est donc fausse, l'accident est bel et bien possible. Il surviendra simplement deux fois moins rapidement.

En 1978, il y eut 2 835 incidents dans les 72 réacteurs en service aux États-Unis. Des incidents mineurs, mais qui, en s'additionnant seraient susceptibles de déclencher une catastrophe.

Le 11 avril 1979, la NRC annonçait que des modifications devaient être apportées sur les réacteurs du type de Three Mile Island, ainsi que ceux de Westinghouse. Le 24, André Giraud, ministre français de l'industrie déclarait pourtant : «  il n'est apparu aucun élément de nature à modifier notre attitude à l'égard des centrales à eau légère du modèle utilisé en France, ou à remettre en cause notre doctrine en matière de sûreté nucléaire. »

Quelle est la position de la France sur le plan militaire ?

En 1961, l'ONU a condamné les bombardements nucléaires comme « crimes contre l'humanité ». La même année, le 25 septembre, John Fitzgerald Kennedy déclare : « Chaque homme, chaque femme et chaque enfant vit sous le coup d’une épée de Damoclès atomique suspendue par le plus fin des fils, susceptible d’être coupé à n’importe quel moment par accident, erreur ou folie. »

Or, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, la politique américaine en est une « du fort au fort » : en cas de conflit armé, on passera à une riposte graduée : guerre mini-nucléaire, nucléaire tactique, nucléaire de théâtre, nucléaire stratégique. C'est le principe de la dissuasion : gravité de la sanction et certitude de celle-ci. « Si vis pacem, para bellum. » Si la réalité de la riposte nucléaire n'est pas crédible, alors la dissuasion ne fonctionne pas, or la France reste dans le flou quand à sa capacité à riposter. Elle n'est donc pas crédible.

Contrairement aux États-Unis et à l'Union Soviétique, la France – qui s'est affranchie du parapluie de l'OTAN – est contrainte de mener une politique du « faible au fort ». Elle ne dispose pas de moyens pour assurer une riposte graduée. En cas d'attaque par des forces conventionnelles, si la France ne peut repousser l'adversaire, elle n'aura pas d'autre choix que de passer directement à l'ultime option : la riposte nucléaire sous la forme d'armes dites préstratégiques (nucléaires tactiques), qui auront pour objet d'adresser un ultime avertissement à celui-ci. Si celui-ci demeure incompris, on passera aux frappes massives.

Autrement dit, la stratégie française vise à l'anéantissement total et massif de l'adversaire. Il ne s'agit plus de détruire quelques objectifs comme à Hiroshima et Nagasaki, mais d'anéantir l'ensemble des intérêts vitaux de l'ennemi en une seule frappe. Pendant ce temps, l'Union Soviétique remplace, en 1977, ses SS 4 et ses SS 5 par des SS 20 d'une plus longue portée (et donc moins susceptibles d'entrainer des retombées sur les pays du Bloc soviétique) et plus précis.

Comme on l'a vu, la majorité des films portant sur le sujet et la nature de l'apocalypse nucléaire sont Américains : ils définissent le cadre social et familial, celui du travail, celui des forces armées. La guerre s'annonce d'abord par l'intermédiaire des médias (quand elle n'a pas déjà eu lieu : catégorie post-atomique) : journaux, radio, télévision. C'est « chez eux » que la catastrophe survient, ce sont eux qui subissent les premiers les conséquences du conflit, conséquence – peut-être – d'un sentiment de culpabilité (cf. la célèbre « chute » de « Planet of the Apes »).

Dans l'univers post-nucléaire, les appareils électriques deviennent des pièces de musées, les véhicules des coquilles vides, la nourriture est contaminée. Les manières sont aussi affectées : à la solidarité succède le « chacun pour soit », le pillage, l'abandon d'accessoires comme les assiettes et les couverts, le meurtre voire le cannibalisme.

Cependant, cet univers de modernité se retrouve également dans les films japonais et européens, même si le modèle original américain est celui du bouclier de l'Occident et tout ces éléments où plutôt leur perte servent à souligner quelque part la responsabilité des survivants, même si on peut se poser la question, si les films « de monstres » japonais de type « Godzilla » ne représentent pas un moyen d'exorciser Hiroshima et Nagasaki en montrant une armée conventionnelle impuissante face à des créatures issues de l'atome. Dans les années 70, le Japon s'équipe en centrales nucléaires, Godzilla passe alors dans le camp des « bons », combattant des créatures comme Mothra, Rodan ou Megalon. Les survivants sont « élus » mais en même temps coupables, à la fois de ne pas avoir su prévenir la catastrophe mais aussi de ne pas avoir su profiter du « paradis » que représentait « le temps d'avant ». La punition réside dans la survivance, la rédemption dans la reconstruction.

Rien de tel dans le cinéma des pays communistes de l'époque, comme l'Union Soviétique, la Chine, la Corée du Nord. La science-fiction y est absente. « Stalker » est l'œuvre d'un dissident. La chercheuse Hélène Puiseux, évoquant un voyage en Corée du Nord au temps de Kim-Il-Sung, fait état d'une discussion avec trois interprètes. Elle leur demande s'ils ont de la science-fiction, mais devant leur incompréhension, se voit contrainte de leur expliquer le concept. Avec un air très choqué, ils lui répondent : « Ah non, on ne s’amuse pas à faire ça, on représente le présent, les améliorations qu’on peut y apporter, ou le passé et les améliorations qu’on y a apporté. »

En 1979, Pierre Granier-Deferre réalise « Le Toubib » (90 minutes), mettant en vedette Alain Delon et Véronique Jannot, d'après le roman de Jean Freustié : « Harmonie, ou les horreurs de la guerre » qui se déroulait sur une période de vingt-quatre heures. Le film, qui fut tourné en grande partie aux camps militaires de Sissonne et de Mourmelon, bénéficia de l'assistance de l'armée française. Alors que le roman se plaçait dans le cadre de la seconde guerre mondiale, le film nous installe dans une troisième guerre (à ce stade strictement conventionnelle) située dans le futur proche de 1983 mais qui évoque par moment la première guerre mondiale (les souterrains remplis de cadavres fusionnés dans les parois) et la – future, à ce stade – guerre de l'ex-Yougoslavie. L'aspect « anti-guerre » y est souligné par l'usage de mines antipersonnel redoutables, de gaz de combat, de munitions « sales ».

Passons à « Malevil ».

« Malevil » est, à la base, un roman de l'écrivain français né le 29 août 1908 à Tebessa, en Algérie. Il déménage en France en 1918 et devient agrégé d'anglais et docteur ès lettres (il consacre sa thèse de doctorat à Oscar Wilde). Dans les années qui suivent, il est professeur de lycée à Bordeaux et Neuilly-sur-Seine. En 1939, il est mobilisé comme agent de liaisons avec les forces britanniques à Dunkerque où il est fait prisonnier. Il en tirera en 1949 le roman « Week-end à Zuydcoote » (prix Nobel de littérature en 1949, adapté à l'écran par Henri Verneuil en 1962 (https://www.youtube.com/watch?v=D2gfMxETEms). Proche du Parti Communiste, Merle entame avec ce roman sa période antibelliciste, ponctuée par « La mort est mon métier » (1952), pseudo-mémoires de Rudolf Hoss, commandant du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz,  adapté au petit écran par Theodor Kotulla en 1977, « L'île » (1962), inspiré des révoltés du Bounty, prix de la Fraternité, adapté au petit écran en 1987 par Serge Leterrier. Ce roman préfigure la période « historique » de Merle, qu'il entamera en 1976.

En 1967 paraît le roman de science-fiction « Un animal doué de raison » qui imagine l'utilisation de dauphins supérieurement intelligents à des fins militaires en pleine guerre du Vietnam mais aussi leur capacité à se rebeller contre le rôle qu'on cherche à les contraindre à suivre. Le film devait être adapté par Roman Polanski, mais celui-ci y renonça suite au meurtre de son épouse Sharon Tate par la « famille Manson ». Le film fut finalement dirigé par Mike Nichols en 1973.

Suit en 1970 « Derrière la vitre », récit romancé de l'occupation de l'université de Nanterre en 1968.

Puis, en 1972, paraît le roman qui nous intéresse : « Malevil » qui recevra le prix « John Wood Campbell Memorial ».

En 1974, c'est au tour de « Les hommes protégés », roman avant-gardiste décrivant un monde où le patriarcat a été renversé suite à une épidémie foudroyante d'encéphalite ne s'attaquant qu'aux hommes. Suit « Madrapour » en 1976, histoire de passagers d'un avion sans équipage, métaphore de l'au-delà.

En 1977, il entame sa série historique « Fortune de France » (13 épisodes jusqu'en 2003).

En 1986 il publie « Le jour ne se lève pas pour nous », récit-reportage sur la vie à bord du sous-marin nucléaire « L'Inflexible ».

Suivent le roman historique « L'Idole » en 1987, « Le propre de l'homme » en 1989 sur un thème proche de « Un animal doué de raison », adapté au petit écran par Marc Rivière en 1996 et enfin l'inédit « Dernier été à Primerol » écrit par l'auteur au cours de sa captivité en Allemagne.

Par ailleurs, Robert Merle est l'auteur de quatre pièces de théâtre et cinq essais. Il a reçu le grand prix Jean Giono en 2003 pour l'ensemble de son œuvre. Robert Merle est décédé le 27 mars 2004.

Dans l´œuvre de Robert Merle on peut distinguer une deuxième période qui correspond à sa production dans le genre de la science-fiction. Il y développe complètement, jusqu´à l´absurde, des situations que la société ne révélait encore qu´à l´état latent et dont les conséquences n´étaient pas claires. Le but de l´auteur était de dénoncer, sous une forme romanesque, les dangers qui menaçaient l´espèce humaine, au nom des valeurs auxquelles il était attaché. Le risque nucléaire et la renaissance d´une société post-atomique est le sujet principal de Malevil (1972). Cette œuvre, dont la gravité a frappé les lecteurs du monde entier, a obtenu l´une des plus importantes distinctions attribuées aux États-Unis à une œuvre de science-fiction: le prix John W. Campbell (1974). Il s´agit d´un fait exceptionnel pour un roman français. Le prix John Wood Campbell Memorial, crée en 1973, a pour objectif de récompenser des œuvres de science-fiction. Le prix, étant un hommage à l´écrivain J.W.Campbell (qui était également l´éditeur du magazine Astouding Science Fiction), est remis lors des conférences annuelles dans les locaux de l´Université du Kansas. Malevil a aussi fait l´objet d´une adaptation au cinéma (1981). L´adaptation cinématographique de Malevil, réalisée par Christian de Chalonge, s´écarte du livre et s´achève par une fin complètement différente. Merle, estimant que l´esprit de son roman a été dénaturé, s´est montré distant du film; ainsi, il n´y apparaît que la mention «d´après un roman publié aux éditions Gallimard».

En 1981, donc, sort l'adaptation cinématographique du roman « Malevil » de Robert Merle. Quelle est la situation politique internationale sur l'écran de laquelle se projette le film ?

En 1979, le 11 février voit la victoire de la Révolution iranienne ; du 17 février au 16 mars, c'est la guerre sino-vietnamienne ; le 26 mars le traité de paix israélo-égyptien ; fin mars voit le début du second choc pétrolier ; le 19 juillet voit le triomphe de la révolution sandiniste au Nicaragua ; le 4 novembre, c'est le début de la crise des otages en Iran ; le 27 décembre, l'intervention soviétique en Afghanistan.

En 1980, c'est le début de l'embargo céréalier contre l'URSS le 4 janvier ; le 24 mars, la guerre civile au Salvador ; le 18 mai, le soulèvement de Gwangju en Corée du Sud contre la dictature ; le 31 août, l'accord de Gdansk qui autorise les syndicats libres en Pologne ; le 22 septembre, le début de la guerre Iran-Irak et le début de la « Révolution conservatrice » marquée par les élections de Ronald Reagan aux USA  et de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne.

En 1981, le 20 janvier c'est la libération des otages américains de Téhéran ; le 23 février, l'échec d'une tentative de coup d'État militaire en Espagne ; le 10 mai, l'élection du président socialiste François Mitterrand en France ; le 6 octobre l'assassinat d'Anouar el-Sadate ; le 13 décembre, l'état de siège en Pologne.

Comme on le voit, ce ne sont pas les occasions de désespérer qui manquent : République des Mollahs en Iran (les otages sont libérés quelques minutes après l'investiture de Reagan), intervention soviétique en Afghanistan (et boycott des Jeux Olympiques de Moscou, embargo céréalier), fin d'une guerre civile et début d'une autre en Amérique du Sud (avec autorisation du financement secret des « contras » par Ronald Reagan), chaos politique en Europe (coup d'État en Espagne, élection de Mitterrand, élection de Thatcher et mort du militant Bobby Sands), début de la guerre Iran-Irak, assassinat de Sadate, état de siège en Pologne (et les risques d'intervention soviétique que cela entraine).

Ajoutons à ce brillant tableau l'élection de Pieter Botha en Afrique du Sud, l'affrontement de chasseurs américains et libyens au-dessus du golfe de Syrte, les décès « accidentels » des présidents équatorien, panaméen et péruvien, le procès de la « bande des quatre » en Chine, la guerre du Liban, la destruction du réacteur nucléaire d'Osirak par l'aviation Israélienne, les débuts de la dictature de Moubarak, l'assassinat de l'ambassadeur français au Liban, l'élection du général Jaruzelski en Pologne, la tentative d'assassinat contre Jean-Paul II, grandes manœuvres soviétiques et pressions de Moscou sur Varsovie, l'établissement de sanctions contre les deux pays par les USA, l'enlèvement du général James L. Dozier par les Brigades Rouges , l'incident du « S-363 » en Suède, enfin l'évocation d'une « guerre limitée » en Europe par Reagan.



« Malevil », le roman relate l'histoire d'un groupe d'amis, résidents et notables d'un petit village qui survivent miraculeusement à l'explosion d'une bombe au lithium (ou bombe H) qui a détruit toute la France. Nous sommes en 1977 et la troisième guerre mondiale a commencé. Elle est également terminée. Le monde n'existe plus. Ce premier groupe de survivants est composé de Emmanuel Comte, Meyssonnier, Colin, Peyssou,  Thomas, la Menou et son fils attardé mental, Momo.

Le projet de la bombe au lithium est lancé en 1949, lorsque les Soviétiques font exploser leur propre bombe à fission utilisant le plutonium. Le choc est important pour les américains qui pensaient bénéficier d'une avance technologique de dix ans. Le président Truman lance alors le projet de bombe à fusion des noyaux. Oppenheimer s'y oppose, y voyant un instrument de génocide. Le professeur Ulam suggère alors la fabrication d'une bombe à fission à une extrémité avec du matériel thermonucléaire à l'autre et fonctionnant par ondes de chocs afin d'allumer ce matériel. Le professeur Teller suggère alors l'utilisation de radiations pour comprimer le matériel. La première bombe H explose le 1er novembre 1952.

L'énergie est libérée tout d'abord sous la forme de rayonnements qui provoquent d'importantes brulures et des incendies. La Tsar Bomba provoqua des brulures au troisième degré dans un rayon de cent kilomètres.

Suit l'onde de choc, un souffle d'environ 1 000 kilomètres/heures provoquant la destruction des bâtiments et d'importants traumatismes sur les êtres vivants.

Enfin les radiations : instantanées et retombées. Dans le premier cas les survivants souffriront d'une fatigue générale, un mal de tête, des diarrhées et des vomissements. La victime se sentira ensuite mieux et souffrira à nouveau de diarrhées, pertes de cheveux, hémorragies et cancers. A long terme, les radiations affecteront les fœtus : fausses-couches. Si l'enfant survit il souffrira de troubles génétiques et de malformations.

Ces informations sont parvenues jusqu'à nous en observant les conséquences de telles explosions sur des cobayes humains.

La Mk41 (ou B41) produite par l'armée américaine était une bombe à trois étages fonctionnant sur le principe Teller-Ulam et contenant et comprenant un cylindre d'uranium naturel avec une enveloppe interne d'U238. Celle-ci contenait entre 500 et 1 000 kg de deutérure de lithium 6. Elle était qualifiée de « bombe H sale » en raison des grandes quantités de retombées très radioactives.



Pour le petit groupe de survivants de Malevil, c'est déjà l'après-guerre et l'heure est à la survivance. Le récit est relaté à travers les yeux de Emmanuel qui reporte des notes dans son journal intime. Un deuxième point de vue nous est donné par Thomas, ce qui nous permet d'obtenir une narration plus objective.

Le petit groupe se retrouve brutalement replongé au Moyen-Age. Ils ont cependant un avantage : ce sont des « gens de la campagne ». Ils disposent donc d'une capacité de résilience que des citadins n'auraient pas. Il sont capables de subsister en mode autarcique. Ils ne se déchirent pas entre eux, ils coopèrent pour le bien de tous. S'il y a un leader, celui-ci n'est pas un dictateur. La communauté décide, il a le dernier mot. Ce système d'union amicale permet d'aller de l'avant et même d'intégrer des représentants de communautés hostiles.

La bombe ne semble pas  avoir laissé de retombées, cependant chaque jour est un combat : soins du bétail, réparation d'outils, améliorations de l'habitation, défense. Chaque événement devient essentiel pour la survie ou la destruction de la communauté. Malevil devient une « robinsonnade ». C'est un écosystème indépendant.

Le danger principal ne peut donc venir que de l'extérieur comme « ceux de La Roque ».

Les femmes prennent une place plus importante dans cette société : la Menou est la gardienne des traditions, les autres représentent l'avenir de la communauté en tant que génitrices.

Le rapport à la nature a également changé. La bombe a tout dévasté, tout a brulé, même le ciel a disparu. Il faut donc veiller à lui rendre sa vitalité autant que possible, car elle est pour les survivants leur seul moyen de subsistance.

Enfin, afin d'assurer et entretenir la cohésion sociale, Emmanuel est amené à adopter un rôle de chef religieux.

Lorsque « Malevil » sort sur les écrans français en 1980, Christian de Challonge est un jeune metteur-en-scène de 43 ans qui n'en est qu'à son quatrième long-métrage. Son deuxième film – « L'alliance » – sorti en 1971 évoque déjà le spectre du nucléaire. Après avoir obtenu le prix Jean Vigo pour son premier long-métrage « O Salto », il signe un coup de maitre en 1978 avec « L'argent des autres » dans lequel Jean-Louis Trintignant incarne un fondé de pouvoir licencié pour avoir accordé des prêts importants, auxquels il était opposé, à un homme d'affaire véreux. « L'argent des autres » évoque le scandale de la garantie foncière survenu en 1971, scandale politico-financier basé sur le système de Ponzi qui nuira gravement au parti gaulliste. Le film remportera le prestigieux prix Louis-Delluc en 1978 et les Césars du meilleur film et du meilleur réalisateur l'année suivante.

Christian de Challonge s'attaque ensuite à l'adaptation du pavé de 600 pages de Robert Merle à l'aide du scénariste Pierre Dumayet.

La distribution est à la fois prestigieuse et étonnante car elle utilise les talents de plusieurs acteurs qualifiés de « comiques » : Michel Serrault (Emmanuel Comte), Robert Dhéry (Peyssou) et Jacques Villeret (Momo). A quoi viennent s'ajouter Jacques Dutronc (Colin), Jean-Louis Trintignant (Fulbert), Hanns Zischler (le vétérinaire), Pénélope Palmer (Évelyne), Jean Leuvrais (Bouvreuil), Emilie Lihou (La Menou),  Jacqueline Parent (Cathy), Eduard Linkers (Fabrelatre), Marianik Révillon (Emma), Guy Saint-Jean et Bernard Waver (deux gendarmes), Reine Bartève (Judith), Michel Berto (le bébé) et André Cerf.

Le tournage a eu lieu dans le département de l'Aveyron, au château des Bourines à Bertholène, à Sévérac-l'Église, ainsi que dans le département de l'Hérault au Caylar et à Saint-Thibéry.

D'entrée, bien que superbe, l'affiche de Michel Landi nous induit quelque peu en erreur. Elle représente un convoi de survivants à pied et en charrettes traversant un immense désert ocre, évoquant un exode, alors que l'action du film tourne principalement autour de la bastide d'Emmanuel Comte et les environs.

Le film s'ouvre sur un magnifique décor champêtre. Tout n'est que verdure, prés et bois. Une 2CV Citroën de la Poste circule sur une petite route départementale.  De l'accordéon passe sur la radio du véhicule, la voix enchanteresse d'une présentatrice annonce du beau temps. Les paysans vaquent à leurs occupations, les enfants jouent. On y passerait ses vacances.

A la bastide, Momo accompagné de son chien s'enfuit, poursuivi par les cris de la Menou. Nous sommes samedi et pour Momo, c'est le jour du bain, opération qui sera menée sans façon dans une bassine dans la cour avec l'aide d'Emmanuel. On apprend que Momo a trente-deux ans.

Emmanuel rejoint le vétérinaire et Germain, son employé à l'écurie où le premier examine la jument et la truie. Emmanuel l'invite à déguster sa dernière cuvée à la cave. Le postier livre son courrier. C'est ainsi que l'on apprend qu'Emmanuel est le maire du village. Il est onze heures. La lettre du facteur vient d'Australie, c'est le fils d'Emmanuel.

La cave est un magnifique travail de construction médiévale. Pour un peu, on en ferait une salle de torture, mais dehors le coq chante, les poules caquètent et tout est bien... jusqu'à ce que débarquent Colin et Bouvreuil, le pharmacien pour une ridicule histoire de lampadaire. Emmanuel leur propose de poursuivre la conversation dans la cuisine, Bouvreuil refuse. Cette décision va leur sauver la vie.

Au-dehors, la 2CV repart dans un ronflement caractéristique. Bouvreuil pinaille sur l'emplacement du lampadaire, projet qui a déjà été modifié dix-sept fois ! Comme un gamin capricieux et borné, il met en jeu sa voix au conseil municipal.

Emmanuel reste d'un calme olympien, ce ne sera jamais que la dix-huitième modification ! Et il invite même le pharmacien à sa dégustation. Germain, Momo et sa mère les rejoignent.

Et puis la lumière s'éteint. Ils ne le savent pas encore, mais une bombe vient d'exploser et tous les appareils électriques ont été instantanément grillés par une impulsion électromagnétique. L'auteure Hélène Puiseux (« L'apocalypse nucléaire et son cinéma ») y voit la possibilité de l'explosion d'une centrale périgourdine. Pourtant, dès 1979, Jacqueline Denis-Lempereur avait anéanti cette possibilité dans un article pour « Science et Vie » : « Ce que serait l'accident majeur » :

« En premier lieu, il faut savoir que contrairement à une opinion répandue, un réacteur nucléaire PWR ne peut pas exploser comme une bombe atomique. En effet, dès l'arrêt du réacteur, la réaction en chaîne s'étouffe d'elle-même. Cette éventualité d'explosion est en revanche envisagée pour les surrégénérateurs à neutrons rapides ! »

Dehors, une étrange lumière bleutée apparaît à travers les rares ouvertures tandis qu'un sourd grondement va en s'amplifiant. L'énergie thermique est emportée par ce flash de lumière et par des rayons X qui transforme l'air en une boule de feu. La lumière bleue disparaît mais le petit groupe y voit comme si l'éclairage électrique était revenu. Un monstre se met à hurler au-dehors et on se bouche les oreilles pour y échapper : c'est l'onde de choc progressant à une vitesse de 1 000 km/h sous la forme d'un mur d'air solide et sphérique engendrée par la suppression due à l'expansion des gaz chauds.

Dans la cave, la chaleur devient insoutenable, les bouchons de bouteilles sautent, de même que ceux des futs de chêne. Les pâtés grésillent et fondent ainsi que les jambons suspendus au plafond. La vieille Menou se traine pour consoler son Momo, bientôt rejoint par Emmanuel qui lui enlève son chandail.

Dehors, tout redevient calme, enfin, mais aussi silencieux qu'un tombeau. La porte de la cave s'ouvre et lentement, pas à pas, un homme descend puis s'écroule. C'est le facteur, brulé vif. Le pharmacien s'avance. Va t-il l'aider ? Non, il monte l'escalier en rampant. C'est Emmanuel qui se traine jusqu'au mort pour l'identifier.

Plus tard, Colin est le premier à parler : « J'y vais. » Le pharmacien redescendu se contente de répéter : « C'est dangereux ». Colin regagne la cave et vomit. Momo est le suivant, suivi de sa mère qui démontre une puissance de volonté à l'inverse de son aspect fragile.

On a donc eu droit ici à une vision indirecte de la catastrophe nucléaire, soit que de Challonge n'ait pas disposé des moyens pour montrer celle-ci en tant que telle tout en se refusant à employer des images d'archives, soit que le metteur-en-scène ait fait le choix de la représenter par une série de détails troublants, renforcés par le jeu des acteurs. En l'occurrence, on se trouve enfermé dans cette cave avec ces gens, on les voit souffrir sans connaître la nature ni l'origine de leur souffrance.

A l'extérieur, Momo découvre un spectacle d'intense désolation : tout est gris ou noirci, de la cendre tombe du ciel, de nombreux bâtiments ont été gravement endommagés ou tombent en ruine, des arbres on été déracinés, leur faite comme tronçonné. Là où quelques minutes plus tôt régnait un insolent soleil estival, le crépuscule règne, et le silence.

De tout cela, Momo n'en a cure. Le grand enfant qu'il est part à la recherche de son chien.

Incapable de le suivre, la Menou redescend à la cave. Emmanuel lui demande : « Mais qu'est-ce que vous avez vu ? »

Et puis, dans ce désert soudain le miracle : un son. Celui, familier de la jument qui a miraculeusement survécu, de même que la truie et sa portée. Emmanuel traine le corps du vétérinaire dans la cuisine qui semble avoir été ravagée par un incendie aussi violent que bref. Le calendrier de la poste a brulé. Le temps s'est effectivement arrêté. Il y aura désormais une différence entre « avant » et « maintenant ».

Plus tard, soignant leurs bêtes (auxquelles s'est ajoutée une vache), Emmanuel et la Menou voient surgir Colin et Germain. Ceux-ci étaient partis en direction du village. Germain tend un objet à Emmanuel : la petite tête de bronze d'un enfant. « C'est tout ce qui reste. »

Plus tard, à la nuit tombée, chacun reste dans son coin prostré, sans voix. « Malevil » est un film de peu de mots. Le vétérinaire s'agite sur son banc. Au-dehors, Momo hurle. Jusque là, c'est le seul qui semble capable de faire entendre sa souffrance, sa douleur, mais comme une bête. Emmanuel : « On pourrait peut-être se remettre à parler. » Mais personne ne lui répond.

Au matin, le vétérinaire se met debout et découvre l'étendue de la catastrophe : le contraste entre un ciel bleu et un environnement ravagé, le bruit caractéristique des pas dans l'épaisse couche de cendres.

Les hommes vaquent à leurs occupations. Il faut enterrer les cadavres d'animaux. La Menou presse Bouvreuil de l'aider à évacuer le cadavre du postier. Cette femme très âgée continue à impressionner par son énergie et son bon sens paysan. C'est la première sortie de Bouvier depuis la veille. Il continue à psalmodier : « C'est dangereux, c'est dangereux ». Enfin, dehors il dit : « J'imaginais pire. »

La Menou prend la jument pour retrouver Momo, errant dans un paysage ravagé, totalement carbonisé et silencieux, avec parfois la vision d'un animal figé dans la posture de l'instant de mort.

A la ferme, on s'organise, on fait les comptes des ressources. Le retour de la Menou suscite l'irritation d'Emmanuel. Si elle était tombée, ils auraient perdu le cheval, « mon cheval ». Colin s'irrite de cette remarque. Emmanuel se reprend : « Tout ce qui est ici ne m'appartiens plus. La Pervenche est à nous tous. »

Le vétérinaire et Bouvreuil papotent dans leur coin : « Vous trouvez ça normal qu'on ne parle jamais des autres ? » « Oui, c'est mieux. »

Colin les rejoint : « Vous avez vu quelque chose ? » Pas de réponse. Il n'y rien à voir dans ce paysage lunaire, dépourvu du moindre brin d'herbe.

« On a tourné ça sur le plateau du Larzac qui est un endroit complètement désolé, raconte Jean-Louis Trintignant. L'endroit est complètement désolé et nous, en plus, on a détruit le peu de nature qu'il y a sur le plateau... Pas totalement, et puis ça a repoussé ! Mais on a vraiment tout brulé ! »
(Source : Jean-Louis Trintignant. L'inconformiste. Vincent Quivy)

Cette nuit là, la jument et un porcelet disparaissent. Le lendemain, Emmanuel et Colin se lancent à leur recherche, passant devant les restes de la 2CV à demi-enterrée. Colin apercevant quelque chose ouvre le feu. Fausse alerte : un chasseur figé dans la position dans laquelle la bombe l'a pris.

Plus loin, la jument à l'entrée d'une vaste grotte dans laquelle Colin découvre Momo nourrissant une jeune fille aveugle : Evelyne.

Au retour, on constate que la rivière a été détournée et charrie des débris. On installera un barrage.

Le soir, Evelyne demande des nouvelles de sa mère.

Emmanuel : « Il faut... il faut attendre pour savoir. »

Colin : « Tu crois qu'on saura un jour ? »

A l'unanimité – et malgré une petite réserve de la part de Bouvreuil – Emmanuel demeurera Maire jusqu'à ce qu'on ait des nouvelles.

On se préoccupe du feu – « Si un avion passait ? » Malevil est désormais une île dans l'obscurité de l'univers.

Un jour, alors que Colin remet en marche le tracteur et que Bouvreuil fait l'inventaire de la pharmacie, un nouveau miracle : au milieu de ce silence uniquement dérangé par le bruit des hommes : le chant d'un oiseau. Chacun interrompt sa tache, tentant d'identifier l'origine du chant : c'est Evelyne. Mais la déception est de courte durée. Momo vient chercher Emmanuel, le tirant jusqu'à la grange où les autres les rejoignent. Un bourdonnement caractéristique : « Elles sont revenues ». La vie est décidément faite de petits riens.

Un jour, le vétérinaire discute avec Evelyne après l'avoir examinée. Elle était l'amie d'Éric. Le vétérinaire était son père.

« Tu allais souvent jouer dans la grotte avec lui. »

« Pas seulement avec lui... »

« L'autre jour, quand la foudre est tombée, tu étais toute seule ? »

« Oui. Il n'avait pas pu venir, il était puni. »

Quelques mots suffisent, pas de pathos futile, pour exprimer la douleur sourde d'un père qui a peut-être involontairement tué son fils.

La vie se poursuit. La terre sera t-elle encore bonne ? Et la pluie, non contaminée ? Saura t-on trouver une source de nourriture au-delà des deux mois de réserves ? La vache vient à vêler. C'est un mâle. Dans un an il pourra faire un petit à sa mère. Dans un an. Le bout du monde.

Une nuit, on entend deux explosions lointaines. Le phénomène se répétera plus tard, toujours la nuit.

Momo trouve un vieux « Jour de France » pour sa mère. En couverture : « La France reçoit les souverains de Suède. »

La Menou : « Y'en a qu'on d'la chance. »

Colin construit un émetteur, qui nécessitera du carburant pour son fonctionnement. Emmanuel met la nouvelle sur la table, pointant que Colin a entamé son projet « sans en parler à personne » mais sans chercher à y opposer son véto non plus. Une fois de plus, il se pose en leader, mettant chaque décision vitale pour la communauté aux voix. En cela, il est le prototype du héros de science-fiction. Placé devant le fait accompli, il se voit contraint d'agir sans délai. C'est un personnage « fait », son caractère est achevé et son développement personnel largement inconnu (on apprend juste que sa femme a emmené leur fils en Australie). C'est le genre humain dans son ensemble.

Vient la pluie. Occasion propice à un test. On place un appareil photo sous le déluge, puis on le récupère. « Si la pellicule est noire, la pluie est pourrie. » Elle sera blanche. Pour les hommes comme pour les bêtes, c'est la fête.

Des couleurs reviennent dans ce monde gris. Evelyne réalise brutalement la réalité de la mort de  sa mère.

Vient l'hiver. Le paysage se couvre de neige. Puis le printemps. La vie reprend : le petit peuple des profondeurs de la terre, l'herbe, les plantes du potager.

Des coups de feu. D'autres survivants sont apparus. Pauvres créatures revenues à l'état sauvage dans une séquence qui n'est pas sans évoquer « Planet of the apes » de Franklin J. Schaffner. Il s'agit pour « ceux de Malevil » de les chasser, aussi pacifiquement que possible, mais de les chasser quand même. Deux hommes et une femme tombent. Légitime défense où perte des repères moraux ?

Le vétérinaire : « Tu te souviens des vieilles histoires de naufrage ? Quand il y a un radeau, tout le monde veut monter dessus, alors ceux qui sont sur le radeau leur coupent les mains. »

Un autre jour, on aperçoit un large groupe de survivants. Que faire ? On part en délégation, armée. Deux coups de feus. Mais qui a tiré cette fois ? Les traces mènent jusqu'à une vallée. Bien avant que d'y être, on perçoit une sorte de mélopée religieuse. En bas, un groupe vêtu de blanc et un homme qui s'adresse à lui. C'est Fulbert (Jean-Louis Trintignant).

Après la communauté démocratique, les sauvages, voici la communauté sur le mode quasi-tribal, dirigée par un chef charismatique et dictatorial. Jean-Louis Trintignant y apparaît sous les traits de Fulbert comme l'un de ces personnages effrayants et borderline qu'il affectionne tant.

« C'est intéressant de repartir à zéro, déclare l'acteur, d'un air peu enjoué, parce que tout est à réinventer... On n'est pas embarrassé de tout ce qui existe et notamment de tout ce qui nous encombre, nous aliène, même si on n'en a pas conscience. Là, il faut vraiment survivre, donc on ne part que de choses essentielles. »
(Source : Jean-Louis Trintignant. Vincent Quivy)

« N'oubliez pas notre pacte, notre pacte avec Dieu. Dieu nous a choisi. Nous sommes les seuls survivants de la Terre, et c'est ici, et par nous, que naitrons les nouvelles souches de l'humanité. Terminé ! »

On voit le groupe gagner un tunnel. Fulbert s'ingéniant à accélérer le pas, voire courir afin de passer en tête. Bouvreuil et Colin vont à leur rencontre, en ambassade. L'alerte est rapidement donnée. L'accueil peu chaleureux. Comme si cela avait une quelconque importance, le garde à l'entrée exige de voir leurs papiers d'identité. Leur chef, c'est « Monsieur le Directeur. »

Dans le tunnel, un train. Bouvreuil et Colin sont introduits devant Fulbert : « Nous SOMMES les premiers survivants ! » Le dialogue est tendu. Bouvreuil a tendance à donner sans méfiance toutes les informations demandées. Fulbert est nettement moins loquace et visiblement des plus circonspect. Il ne semble se rassurer que lorsque l'une des passagères – Cathy – leur est amenée pour les identifier.

Bouvreuil s'offre de rester pour soigner un malade fort agité. Colin découvre la présence d'une « prison ». A l'extérieur, Germain, à travers une ouverture perçoit la présence d'une mère et de ses enfants. Tous semblent sous-alimentés.

De retour à Malevil, Colin fait son rapport, pour lui Fulbert est fou.

Quelques jours plus tard, Momo trouve Cathy, très affaiblie, qui s'est enfuie. Elle fait le récit de la dictature de Fulbert – qui s'est depuis allié à un nouveau venu, « le commandant » : sexe contre nourriture ou non-maltraitance, leitmotiv quotidien du peuple élu « seul survivant » choisi par Dieu, contrôle des vivres, enfermement des dissidents.

Un peu plus tard, Bouvreuil revient, accompagné de Fulbert à cheval et d'un individu présenté comme « gendarme ». Un système de troc est mis en place : médicaments contre lait, batteries contre cochon. Mais le face à face est tendu. Cathy refuse de retourner au tunnel et incite Colin à tuer Fulbert.

Fulbert : « Vous voulez la guerre ? »

Emmanuel : « Non, mais dites-vous que vous n'êtes plus seul. Ce sera moins simple maintenant. »

Et puis un jour, la guerre, à nouveau. Quatrième guerre mondiale ? Sous les regards de ceux de Malevil, des hommes avancent, armés, dans la plaine en contrebas.

Les premiers coups de feu sont échangés. Des hommes tombent. Ceux de Malevil ont aussi creusé des pièges.

Puis c'est le reflux. Bouvreuil est mort près de Momo qui serre son cadavre dans ses bras. Colin passe : « Tu l'aimais tant que ça ? »

Puis c'est la contre-attaque. Les survivants sont interceptés sur le chemin du retour. Trois sont tués, deux fait prisonniers dont le gendarme et un jeune homme efféminé qui explique être de la Bastide. Le « commandant » qui s'est révélé être médecin, a tué son père et l'a enrôlé. Quand au gendarme – un vrai celui-là – il obéissait aux ordres du « directeur ». Merveilleuse discipline militaire française...

Le gendarme et le jeune homme armés emmènent Emmanuel au tunnel. Confrontation avec le directeur devant son peuple décharné, aux visages émaciés. Un homme porte même une couverture rayée comme les prisonniers des camps nazis.

« Nous ne sommes pas nombreux, mais je ne te laisserais pas la vie. Tu es un homme d'avant la catastrophe. Tu ne mérites pas de vivre. »

Le gendarme sonne du cors et annonce que le commandant a demandé à ce que tous les prisonniers soient jugés en même temps. On va chercher José et Judith. Fulbert annonce à Emmanuel que s'il parvient à faire avouer à Judith ses crimes, il sera gracié.

On amène Judith, une pauvre chose aux yeux écarquillés dont on ne peut que deviner la souffrance.

Emmanuel : « Est-ce au commandant ou au directeur que tu as désobéi ? »

Judith : « Je n'ai pas désobéi. Ils m'ont violée. »

Emmanuel : « N'as tu pas refusé... de leur sourire ? »

Judith : « Si. »

Emmanuel : « Très bien. Comment expliques-tu que le commandant n'ait pas tué le directeur ? »

Fulbert : « J'annule cette question ! »

Un homme arrive alors : « Le prisonnier ne veut pas venir. »

Cette annonce met Fulbert en rage, mais celle-ci est rapidement éteinte par de nouveaux événements. Ceux de Malevil sont là. Soudain, le peuple du tunnel jette un regard différent sur le directeur. Celui-ci n'est plus qu'une bête traquée, en quête d'une minute de vie supplémentaire. Mais José est mort et Fulbert le rejoindra bientôt.

On enterre Bouvreuil. Evelyne demande : « Qu'est ce qu'on va devenir ? », Germain répond : « Une ile. » Et puis surgit le convoi. Ceux du tunnel rejoignent ceux de Malevil.

La Menou : « On aura pas assez d'assiettes. »

Puis vient l'été et tout reverdit. C'est le temps des moissons. Colin et Judith se bécottent. Germain irrigue un potager florissant. Evelyne est enceinte. Le vétérinaire est avec Cathy. On fait cuire des cochons à la broche. Bref, la vie reprend le dessus. D'un certain point de vue, la communauté représente ici l'archétype de la famille « nucléaire », libérale, basée sur des notions de liberté et d'égalité, d'individualisme et de refus de l'autorité. Tous les hommes sont égaux et il y a un certain libre-arbitre qui réduit l'autorité divine.

Et puis soudain, un bruit étrange, artificiel au loin, qui grossit comme un orage qui se rapproche. Une nouvelle attaque ?

Par-dessus les collines surgit un essaim d'insectes géants, l'un rouge, les autres bruns. Des hélicoptères de l'armée et de la sécurité civile.

Une voix se fait entendre sur haut-parleur : « Ici Unité d'évacuation numéro 7 ». L'évacuation immédiate est ordonnée. Il est interdit d'emporter quoi que ce soit.

Les hélicoptères se posent. Des hommes en tenue antiradiation en descendent.

Ceux de Malevil se retrouvent, dans une scène pleine d'ironie macabre, assis face à d'autres survivants bien mal en point par rapport à eux, tandis qu'un haut-parleur diffuse une ridicule musique d'ascenseur.

On leur annonce que « par décision internationale, les territoires des nations détruites sont déclarés zones inhabitables. » Ces mêmes territoires seront consacrés à des « expériences scientifiques et militaires ».

Tout en bas, symbole de liberté ou de perte de celle-ci, la jument galope vers la rivière. Sur celle-ci, à travers un paysage transformé qui n'est pas sans rappeler la « zone interdite » de « Planet of the apes », vogue un radeau : le jeune homme de la Bastide, Germain et Evelyne ont refusé le diktat d'autorités inconnues qui ont brutalement mis fin à leur utopie. Cette dernière image préfigure le destin des « Samossiols », ces habitants de la région de Tchernobyl qui se sont réinstallés dans la zone interdite après la catastrophe et malgré les taux élevés de radiations enregistrés.

La fin du film laisse une question en suspens. Une question que ses protagonistes n'avaient peut-être pas eu vraiment l'occasion de se poser, vivant au jour le jour : « Et après ? » Ils avaient fondé une communauté utopiste, peut-être irréaliste, mais bien concrète. « Ceux de Malevil » étaient avant tout des paysans. C'est à leur terre qu'on les arrache. On ne peut que deviner leur angoisse et leur déchirement. Et tout cela pourquoi ? Pour être rattrapé par la « civilisation »? Celle des militaires ?Celle-là même qui a tout détruit ? Les voilà ramenés au statut de sujets administratifs, peut-être aux mains d'un autre Fulbert, plus efficace ou plus chanceux.

Le film porte au générique de début la mention « inspiré librement du roman Malevil (éditions Gallimard). » C'est que Robert Merle a peu apprécié son œuvre modifiée à ce point pour le grand écran. Mais comment placer 600 pages de textes en 120 minutes ? On peut également s'étonner d'une telle réaction de la part de Merle, surtout quand on compare son roman « Un animal doué de raison » avec ce que les américains en ont fait. En tout cas, si j'en juge par les commentaires glanés sur Internet, on peut dire que ceux qui ont aimé le film n'ont pas lu le roman et que ceux qui l'ont détesté l'avaient lu avant de le voir. Une version télévisée – telle celle de Wolfgang Petersen pour l'adaptation du roman « Das boot » d'après le roman de L. G. Buchheim – aurait pu être envisagée (film de 149 minutes et série de trois épisodes de 100 minutes chaque).

En plus du film de Christian de Chalonge, « Malevil » a fait l'objet, avec l'autorisation du fils de l'auteur d'une adaptation théâtrale en 2010 : « Ceux de Malevil ». La même année, France 3 a commandé un téléfilm à Denis Malleval avec Bernard Yerlès (Emmanuel) et Anémone (Madame Menou), Jean-Pierre Martins, Slony Sow (Thomas), Pierre Val (Colin).

Le film de Christian de Chalonge est une sorte d'O.V.N.I dans le paysage cinématographique français, non seulement par son sujet : le film post-apocalyptique, mais aussi du fait qu'il soit l'un des rares à ne pas se passer en milieu urbain. De plus, contrairement à la vague qui suivra (les « Mad Max », « Terminator »), il ne privilégie pas l'action et se concentre sur l'étude d'un petit groupe de survivants et leurs réactions à un niveau individuel. En cela, il se rapproche plutôt des films des années 50 et 60 (« Day the world ended », « The last woman on earth », « The bed-sitting room », « Zardoz », « The ultimate warrior »). Enfin, il se démarque par son aspect intimiste des blockbusters américains hyper-formatés.

La même année voit la sortie de « Le bunker de la dernière rafale » (court-métrage de de Caro et Jeunet) et « Les Maitres du temps » (dessin-animé de René Laloux). Le premier, muet, décrivant un huis-clos étouffant dans un bunker perdu au milieu d'un champ de bataille irradié.

Il faudra attendre 2003 ensuite pour voir un film traitant du thème post-apocalyptique avec « Le temps du loup » de Michael Haneke. L'année suivante sortira « Banlieue 13 » de Pierre Morel (produit et scénarisé par Luc Besson, « Nuff said »), suivi de « La possibilité d'une île » de Michel Houellebecq  en 2005, « Malevil » (version TV) de Denis Malleval en 2009, « The divide » de Xavier Gens en 2012, « Seuls » de David Moreau en 2017. Bref, à part Haneke, rien de bien nouveau sous le soleil et confinant parfois même au « nanard ».

« Le démocrate, après tout, est celui qui admet qu'un adversaire peut avoir raison, qui le laisse donc s'exprimer et qui accepte de réfléchir à ses arguments. Quand des partis ou des hommes se trouvent assez persuadés de leurs raisons pour accepter de fermer la bouche de leurs contradicteurs par la violence, alors la démocratie n'est plus. » 
Albert Camus.



5 commentaires:

Prof Solitaire a dit...

Excellent billet, une fois de plus. Je ne peux que me demander comment un type qui a vu autant de bons films que toi continue de lancer des fleurs à un truc comme Starship trooper! ;-)

Désolé, pas pu résister... mais je souligne que c'est toi qui ramène ça périodiquement sur le tapis! ;-)

fylouz a dit...

Hey, j'te rappelle que je t'ai envoyé un extrait d'article qui expliquait avec d'excellents arguments en quoi "Starship Troopers" était un excellent film.

Je pense qu'il est mal aimé parce qu'il montre comment des jeunes gens tout à fait sains d'esprit et raisonnables peuvent se faire embrigader et laver le cerveau par un système politique militariste et agressif. Tous les soldats des forces de l'axe qui ont attaqué l'Union Soviétique en 43 étaient-ils des salauds ? Probablement pas, mais ils étaient passés par des années, voire des décennies de propagande nationaliste.

Les Soviétiques n'étaient pas meilleurs qu'eux, ni pire. Et dans le film, ce sont les humains les envahisseurs et le film - ô sacrilège ! - s'achève sur la victoire d'un système profondément corrupteur. Je pense que c'est ça qui gène la plupart des gens. Ce n'est pas un film "à la John Ford" dans lequel de gentils et sympathiques cavaliers bleus se voient forcés à leur corps défendant de combattre de vilains sauvages qui s'obstinent à refuser les bienfaits de la "civilisation".

"Starship Troopers" n'est ni tout blanc, ni tout noir, il est là dans la zone grise, le "no man's land" de la psyché humaine qui parfois nous pousse, au nom de principes douteux à commettre des actions qu'en d'autres temps on trouverait immorales. Et c'est pour ça que je pense que c'est un grand film.

En plus, je te rappelle que "The Bomb" a été interdit pour des raisons politiques car il remettait en cause le discours ambiant de l'époque. Quand à "The Day After", il a été accusé d'être "pro-soviétique". Alors, qui a raison ? Les pros ou les antis ? Trump a-t-il raison de remettre en question l'accord sur le nucléaire avec l'Iran contre le reste du monde ? A-t-il raison de titiller Kim Jong-Un comme il le fait ? Sais-tu que Kim Jong-Il avait renoncé à son programme nucléaire et que ce sont les menaces de Georges W. Bush qui l'ont poussé à le relancer ? Et pourtant, à choisir, on préférerait tous vivre aux USA qu'en Iran ou en Corée du Nord, non ?

"Starship Troopers" nous montre une situation qui pourrait arriver n'importe où (pour rappel, la seconde guerre du golfe provoquées par une montagne de "preuves" de l'existence d'armes de destruction massive que personne n'a jamais été fichu de trouver. Ça n'a pas empêché tout un peuple d'appuyer son gouvernement les yeux fermés. Ex : on a assez reproché à Hillary Clinton d'avoir voté pour) et le truc qui fait chier tout le monde, c'est que Paul Verhoeven ne fait dire à aucun moment à un de ses personnages : "Heye, minute là, qu'est-ce qu'on est en train de faire exactement ?"

Il ne force pas le spectateur à prendre parti en plaçant les "gentils" d'un côté et les "méchants" de l'autre (façon "Independance Day, par exemple). Il met la question sur le tapis et laisse au spectateur le soin d'y répondre. Mais pour ça, il faut que le spectateur sorte de sa tour d'ivoire et cesse de jouer à "See no evil, hear no evil, speak no evil."

Mais bon, c'est sans doute le militant Trotsko-anarcho-féministo-multiculturaliste qui parle en moi...

https://www.youtube.com/watch?v=X2kfZ19x1xg

https://www.youtube.com/watch?v=wgX-RQZpJZk

https://www.youtube.com/watch?v=OthhDoQU2Eg

http://p8.storage.canalblog.com/82/79/1329284/107317815.jpg

Prof Solitaire a dit...

Je sais, je comprends l'idée, je voulais juste te taquiner.

Ta passion pour ce film devrait t'inspirer tout un billet! :-)

fylouz a dit...

D'accord SI tu jure de le revoir entièrement, sans interruption et sans cligner des yeux une seule fois !

http://www.briseg.com/wp-content/uploads/2014/02/horus2.jpg

Nyhahahahahaha...

fylouz a dit...

Dernière minute ! Arrêtez les rotatives ! Il apparaît que l'Australie N'EXISTE PAS.
La preuve ici : https://www.youtube.com/watch?v=IUY2PB03aPw
Vous êtes donc priés d'ignorer ce billet, car si l'Australie n'existe pas, les ornithorynques non plus, ergo encore moins les films de science-fiction français (perso, ça m'arrange. On ne peut donc blâmer les Français pour "Valérian". Ouf, quel soulagement)