11 février 2018

Les ayatollahs féministes


L'oeuvre ci-dessus est un tableau d'Egon Schiele intitulé "Trois femmes nues" ou "Trois femmes debout". Elle date de 1918.

Si vous croyez qu'il s'agit d'une oeuvre magnifique, détrompez-vous! C'est un humiliant symbole de la domination des femmes, une objectification éhontée du corps féminin qui suscite la colère de TOUTES les femmes! 

Le fanatisme idéologique des féministes ne cessera jamais de me renverser complètement.

La plus récente salve est signée par Pascale Navarro:

Le 7 janvier dernier, au Teatro Del Maggio à Florence, le metteur en scène italien Leo Muscato présentait sa version de l’opéra Carmen. Dans le livret original de Prosper Mérimée, Carmen finit sous les coups de son amant jaloux. Afin de faire réfléchir aux violences sexuelles, sujet de l’heure pour dire le moins, la compagnie florentine a proposé de changer la fin ; ce n’est plus José qui tue Carmen, mais l’inverse. 

Personnellement, ce choix ne me scandalise pas du tout. Au contraire même, j'aime bien qu'on nous montre que des hommes peuvent également être victimes de la violence des femmes. Bien que, dans ce cas-ci, je soupçonne que ce n'est pas le but de l'exercice. Mais comme je n'ai pas lu les justifications des gens qui sont responsables de cette pièce (et que ça ne m'intéresse pas du tout), je ne vais pas m'aventurer plus loin.

Cette entorse à l’œuvre originale a créé la polémique en Europe, et scandalisé les mélomanes. Il n’en fallait pas plus pour dénoncer la censure et la rectitude politique. On lance de gros mots comme « hystérie vengeresse » (Le Figaro) et on ridiculise le geste (La Stampa), pendant que la critique démolit la pièce.

Si les changements ont été faits dans un but idéologique, pour pervertir le sens original de la pièce et lui substituer une propagande dogmatique féministe, alors je comprends parfaitement qu'on soit outré.

Mais je le répète, personnellement, je ne le suis pas. Pour que je monte aux barricades, il faudrait qu'on tente d'effacer la version originale, qu'on la retire des tablettes pour lui substituer une nouvelle version féministe revue et corrigée. Là, je hurlerais.

Mais dans les circonstances, tout le monde sait que cette nouvelle version n'est pas l'originale et personne n'affirme le contraire. La version originale continue d'être disponible. Je ne vois pas vraiment où est le mal. Cela étant dit, l'idée ne suscite nullement mon intérêt et je n'irais pas la voir, mais je ne ressens pas le besoin de déchirer ma chemise non plus.

La modification d'une oeuvre ancienne n'est pas nécessairement un outrage. Si je décide de monter une pièce de théâtre inspirée d'une oeuvre originale, mais que j'y apporte des changements importants pour... je ne sais pas, moi... la rendre plus contemporaine par exemple, ben pourquoi pas? Si je veux raconter l'histoire d'Arthur Pendragon en le mettant dans la peau d'un politicien moderne, chef du parti de la Table Ronde, où est le mal?

Cela étant dit, on devine que Mme Navarro s'indigne de la réaction des critiques, non pas parce qu'elle veut tourner en dérision les puristes, mais plutôt parce qu'elle y voit un complot du patriarcat misogyne... il suffit de lire la suite pour s'en convaincre.

De son côté, la National Gallery of Art de Washington a choisi de reporter une exposition des œuvres du peintre Chuck Close, ainsi que du photographe Thomas Roma, le mois dernier, à la suite des accusations envers les artistes de harcèlement sexuel. Chuck Close, lui, nie les allégations, mais la galerie maintient sa décision ; parallèlement à cela, d’autres musées et galeries dans le monde sont en train de se demander quoi faire avec ses œuvres ; et la question se posera de plus en plus pour d’autres artistes sur qui pèsent des allégations.

Tout ce qu'il y a de scandaleux là-dedans, c'est qu'on fasse subir un tel traitement à des hommes qui sont uniquement la cible d'allégations et qui n'ont été trouvés coupables d'aucun crime.

M. Close nie les allégations. Et dans le cas de M. Roma, selon cet article, son accusatrice décrit elle-même leur relation comme "consensuelle".

Et de toute façon, en ce qui me concerne, même si ces types étaient de parfaits salauds, ce n'est pas une raison pour censurer leurs oeuvres.

Imaginez qu'une personne trouvée coupable et incarcérée pour meurtre découvre la peinture en prison et s'avère un véritable génie. Imaginez que ses toiles soient des oeuvres d'un calibre inégalé et d'une qualité exceptionnelle. Faudrait-il refuser de les exposer sous prétexte que l'auteur est un tueur?

La faillite morale d'un individu invalide-t-elle la qualité de toutes les oeuvres qu'il a produites dans sa vie?

Poser la question, c'est y répondre. Une oeuvre peut être appréciée tout à fait indépendamment de l'identité ou de la moralité de l'artiste qui l'a produite. Lorsque je me promène dans les galeries du Musée des beaux-arts, j'ignore tout de la vaste majorité des artistes qui ont créé les toiles que je vois, mais cela ne m'empêche pas du tout de m'extasier devant leur talent et la qualité du résultat final.

Doit-on parler de censure ? Difficile d’accoler cette étiquette aux démarches des institutions en question. Il s’agirait de censure si l’on interdisait des œuvres à cause de leur contenu. Ce n’est pas le cas. On agit plutôt sur la sélection des artistes.

N'en déplaise à Mme Navarro, il s'agit bel et bien de censure. Ce n'est pas parce qu'elle est d'accord avec les motifs que ce n'est pas de la censure.

Nous vivons dans une époque où de simples allégations sont suffisantes pour anéantir la réputation et la carrière de quiconque en est la cible. J'ai goûté à l'horreur de fausses allégations, alors je sais trop bien de quoi je parle.

Je n'ai aucune envie de prendre part à ce mouvement d'hystérie collective. Je continue à trouver les monologues de Louis C.K. hilarants, je continue à adorer les différentes performances de Kevin Spacey et je ne me gênerai pas pour apprécier les entrevues de Charlie Rose.

De la même façon, ce n'est pas parce que j'ai la scientologie en horreur que je vais m'empêcher de voir des films qui mettent en vedette des scientologues. Ce n'est pas parce que le catholicisme me répugne que je vais éviter d'écouter les pièces de musiciens catholiques. Ce n'est pas parce que le communisme m'horripile que je vais refuser de voir les tableaux de peintres communistes.

Je ne suis pas un fanatique, moi, Mme Navarro.

Et une autre question se pose alors : devra-t-on ranger aux oubliettes les tableaux de Picasso et de tous ceux dont on sait qu’ils ont brutalisé des femmes et des hommes au nom de la création ? Au pilori, les films de Woody Allen ? On n’en a pas fini ! Depuis que le monde est monde, bien des auteurs et créateurs ne passeraient pas le test de la conduite irréprochable. Le Penseur de Rodin a beau symboliser le prestige de l’art, son auteur a quand même participé à la destruction d’une femme, Camille Claudel, et de son œuvre. On peut difficilement effacer de notre culture ce qui est déjà fait.

On peut difficilement le faire, mais Mme Navarro aimerait bien qu'on s'y mette quand même!

La meilleure réponse possible à ce paragraphe délirant est signée Sophie Durocher:

Mes amis, on devrait avoir un malaise à regarder Le Penseur de Rodin, parce que le sculpteur a supposément « participé à la destruction » de Camille Claudel. Misère, il y a des limites à faire du révisionnisme historique ! Non seulement Rodin a toujours vanté les qualités artistiques de Claudel, mais il a déjà déclaré : « Je lui ai montré où trouver de l’or, mais l’or qu’elle trouve est bien à elle ».

Il faudrait qu’on ait un malaise à regarder des Picasso parce que Pablo n’a pas toujours été fin avec ses 1001 amantes ? On n’a pas fini.

Bien sûr, ces néo-féministes ne disent pas un mot sur les femmes artistes qui ont été des véritables monstres pour leur entourage. J’imagine que la grand-mère d’Anaïs Barbeau-Lavalette (dont l’histoire est racontée dans La femme qui fuit) est une sainte, malgré le fait qu’elle ait lâchement abandonné ses deux enfants en bas âge pour se consacrer à « son art » ?

Et vlan! Dans les dents!

Mais l’on peut faire ses propres choix. Pour moi, et je ne suis pas la seule, bien des statues sont déjà démolies. J’ai eu beau entendre pendant mes études universitaires qu’il fallait « séparer l’œuvre et l’auteur », ça ne passe plus. Je conçois que certains fans écoutent encore les chansons de Noir Désir ou vont voir les films des Allen ou Polanski, mais pour moi, c’est terminé. Je n’oblige personne à faire ce choix, c’est ma façon de protester.

Mme Navarro aimerait nous faire croire qu'il ne s'agit que d'un simple choix personnel qu'elle fait. Mais elle ment.

Lorsqu'elle écrit cet article et lorsqu'elle applaudit le fait qu'on bannisse des artistes à cause de simples allégations, ce n'est pas simplement l'expression d'un choix personnel de sa part.

C'est un geste public. Elle prend activement part à une détestable mouvance populaire qui anéantit des carrières, des réputations et des vies. Et on voit très facilement que son objectif est de convaincre ses lecteurs de se joindre à elle dans sa croisade qu'elle qualifie de "protestation".

La mauvaise foi de Mme Navarro est tout simplement choquante.

Pour ce qui est du fait qu'elle "n'oblige personne à faire ce choix", ce n'est pas là une manifestation de sa grandeur d'âme, c'est tout simplement qu'elle n'a pas le pouvoir d'obliger qui que ce soit à le faire. Si elle avait le pouvoir et l'autorité, elle n'hésiterait probablement pas à en abuser. Nommez Mme Navarro censeure officielle des arts et préparez-vous au cataclysme! Si vous croyez que les Talibans et Daech ont été impitoyables avec les oeuvres pré-islamiques qu'ils ont trouvées sur leur chemin, vous n'avez encore rien vu!

Comment savoir qu'elle abuserait de ce pouvoir? Simple, regardez ce qu'elle fait du seul pouvoir qu'elle possède présentement: sa tribune!

Elle s'en sert pour tenter de nous convaincre qu'il faut bannir les artistes qui sont la cible d'allégations, qu'il ne faut jamais séparer l'oeuvre de son auteur, que Rodin et Picasso étaient des salauds qu'il est préférable d'ignorer en guise de protestation! Et en plus, elle a la malhonnêteté de déguiser ceci en supposé "choix personnel"! Imaginez si Mme Navarro avait du VRAI pouvoir! J'en frissonne d'horreur...

Depuis que nous sommes petites, nous entrons dans des musées dont les murs sont couverts de femmes déshabillées et dont les images font la gloire de leurs auteurs. Les femmes ont servi de support à tant d’œuvres et nourri tant de génies portés aux nues, que les petites filles qui regardent (ce qu’elles deviendront ? ce qu’on attend d’elles ? leur miroir ?) sentent une colère monter. Cette colère grandira quand elles verront que ces artistes, cinéastes, génies et grands esprits sont magnifiés, entourés d’une autorité et d’une impunité qu’elles n’ont pas le droit de remettre en question.

Voilà que désormais, elles prennent ce droit.

Délirant. Tout simplement délirant.

Imaginez à quel point il faut être fanatisé pour écrire des sottises pareilles.

Imaginez si moi, en voyant la statue de David, j'y voyais un affront envers tous "les hommes"! Imaginez si j'y voyais l'exploitation du corps de ce pauvre modèle anonyme par un artiste sans scrupules qui a abusé de lui pour se créer une réputation qu'il ne mérite pas! Imaginez si j'affirmais que cette oeuvre doit mettre les petits garçons en colère et les traumatiser parce qu'ils n'y voient pas une simple sculpture, mais plutôt ce que la société souhaite qu'ils soient en tant qu'hommes!

Si je disais des conneries pareilles, on remettrait sérieusement en question ma santé mentale. Et avec raison.

Ah! mais si c'est une femme qui le dit à propos de tableaux de femmes nues, elle devient une héroïne féministe, on lui donne une tribune dans La Presse et on paye le gros prix pour aller entendre ses conférences!

Mme Navarro, en bonne féministe fanatisée, voit du complot patriarcal partout.

La réalité est toute autre et elle est toute simple. Pour un homme hétérosexuel, il n'y a rien de plus beau et de plus inspirant en ce bas monde qu'une jolie femme. Les femmes ont inspiré combien de tableaux? Combien de poèmes? Combien de sculptures? Combien de chansons? Combien de films? Combien de romans?

Depuis toujours, les hommes hétérosexuels s'extasient devant la beauté des jolies femmes et ceux qui ont du talent en font des oeuvres remarquables, parfois même immortelles. La Vénus de Willendorf aurait 24 000 ans!

Il n'y a rien de mal, rien de monstrueux, rien d'anormal et rien de sale là-dedans.

Dans le contexte actuel du #metoo, #etmaintenant, nous sommes là, justement, dans la suite. Il est « permis », maintenant, d’expliquer pourquoi les femmes en ont marre qu’on les efface derrière les privilèges et le statut des grands hommes. 

Qui êtes-vous, Mme Navarro, pour parler au nom "des femmes"? Qui êtes-vous pour affirmer que toutes les petites filles qui visitent les musées ressentent de la colère et que les femmes partagent toutes votre idéologie de cinglée?

Jamais je n'aurais la témérité et l'arrogance de m'exprimer au nom de gens qui n'y ont pas préalablement consenti. Mais apparemment, vous n'y voyez absolument aucun problème. C'est étrange, je croyais que le concept de consentement était au coeur même de ce mouvement que vous endossez. Le consentement serait-il donc seulement une obligation masculine, Mme Navarro?

Aucune femme ne vous a choisie pour parler en son nom et aucune femme n'a voté pour vous. Ne vous en déplaise, les femmes ne représentent pas un bloc idéologique homogène. Les femmes ne pensent pas toutes comme vous, dieu merci! Si vous étiez capable de reconnaître que les femmes sont des êtres humains à part entière, des adultes diversifiés, intelligents et libres qui ont des points de vue différents du vôtre pour des raisons parfaitement valides, vous les respecteriez peut-être un peu plus.

Les femmes ne sont pas de pauvres petites victimes éplorées qui ont besoin de vous comme sauveuse, Mme Navarro. Cessez de les sous-estimer, de les infantiliser et de les traiter comme de bêtes brebis incapables de réfléchir par elles-mêmes!

En prenant notre place dans la société, dans les instances culturelles et politiques, en occupant par la parole le discours public, nous imposons aussi le respect de nous-mêmes et nous gagnons nous aussi une autorité : ceci signifie pour beaucoup d’entre nous que demeurer objectifiées n’est juste plus possible.

Aucune femme n'est "objectifiée" sans son consentement. Autrement, celui qui la force se retrouve en prison.

Les femmes qui acceptent de se dénuder pour un peintre, pour un photographe, pour un cinéaste ou pour un sculpteur le font en pleine connaissance de cause. Elles donnent leur consentement à ce que leur corps soit "objectifié" comme vous l'exprimez si mal. C'est leur choix à elle, leur corps à elle. Elles n'ont pas besoin de votre approbation ou de votre permission. Elles ne font de mal à personne. Elles sont des individus à part entière, libres et émancipés. Elles continuent à se dénuder pour des artistes masculins et elles continueront de le faire tant que des fanatiques comme vous ne leur aurez pas arraché leur liberté de choisir.

Comme vous venez de le faire pour les femmes de la F1.

Que les institutions réfléchissent, que les créateurs s’interrogent sur ce qu’ils font, que le public soit plus critique, il n’y a rien là-dedans de très inquiétant pour l’art. Ça s’appelle l’évolution des mentalités.

Non, Mme Navarro. Vous dites cela parce que vous êtes complètement aveuglée par vos obsessions idéologiques. Vous êtes fanatisée au point de croire que seule votre idéologie incarne l'évolution et le progrès, alors que quiconque s'y oppose est un anachronisme embarrassant et probablement un sale misogyne phallocrate exploiteur de femmes.

Ce que vous faites, ça s'appelle de la propagande idéologique qui vise à faire des femmes non pas des individus différents les uns les autres, mais une armée de brebis fanatisées qui exigera comme vous la censure des arts, la censure des corps dénudés, la censure des gens qui sont la cible d'allégations ou qui osent vous contredire.

Vous êtes une despote en jupon, Mme Navarro.

Mais vous trouverez toujours des gens comme moi pour vous le rappeler. Des gens épris de liberté. Des gens qui n'essaient pas d'imposer leurs valeurs, leurs choix ou leurs idées aux autres. Des gens qui respectent le fait que chaque individu a le droit de faire ses propres choix.

Des gens qui s'opposeront toujours à des petites ayatollahs de carnaval comme vous.

Je vous laisse avec cette oeuvre sublime de Gustave Caillebotte réalisée en 1873 et intitulée "Femme nue étendue sur un divan":



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Comic-books sous la censure féministe

La gauche féministe facho



17 commentaires:

Anonyme a dit...

Nous vivons dans une époque où de simples allégations sont suffisantes pour anéantir la réputation et la carrière de quiconque en est la cible. C'est un constat !

J'ai, moi aussi, goûté à l'horreur de fausses allégations, alors je sais trop bien de quoi je parle.

Moi aussi, fin décembre 1993, j'ai subit (et je précise) des fausses accusations de violence et d'abus sexuels sur mes filles. En 15 jours de temps, je fus expulsé de mon foyer... et, à ce jour, je n'ai plus jamais eu de contact avec mes 5 enfants (51, 50, 41, 34 et 33 ans)...
Et j'ai perdu plus d'1 million d' €... Je tiens à préciser que les ''allégations'' restent des affirmations sans la preuve, jusqu'à ce qu'elles puissent être prouvées...

La ''PREUVE'' est indispensable dans toutes les matières de droit ! Sauf, dans certaines matières... Cherchez l'erreur...

Prof Solitaire a dit...

Votre histoire est à glacer le sang. Si seulement vous étiez un rare cas isolé, mais ce n'est pas le cas. Merci de partager!

fylouz a dit...

Bon, y'a pas mal de choses à dire là. Je vais essayer de rester clair et cohérent.
En ce qui concerne l'opéra "Carmen", j'ai entendu parler de la polémique et, de l'avis général, il semble que l'on se soit trouvé en face plus d'un choix opportuniste qu'artistique.
Tu écris que "ce choix ne me scandalise pas du tout. Au contraire même, j'aime bien qu'on nous montre que des hommes peuvent également être victimes de la violence des femmes."
Ben oui, mais ça revient à dire que ce n'est plus correct de tuer une femme DANS UNE OEUVRE DE FICTION mais que c'est correct de tuer un homme... et d'applaudir le geste.
Tant qu'à faire, si on veut être politiquement correct et sexuellement égalitaire, pourquoi ne pas finir l'opéra sur le mariage de Carmen et Don José, ou en les montrant se quittant bons amis, ou peut-être en montrant Don José se castrant afin de mettre symboliquement fin au patriarcat ?
Oh, et puis tout cela est tellement compliqué. On devrait plutôt interdire cette oeuvre qui sent le souffre. Problème réglé.
De toute manière, ce n'est pas parce que les critiques de DEUX journaux démolissent le résultat que celui-ci est inversement forcément bon. Étrange raisonnement qui fait que ton opinion négatif sur un sujet renforce mon opinion positif sur le même "juste parce que".
En ce qui concerne le retrait des œuvres de Chuck Close et Thomas Roma, oui, c'est une forme de censure, mais cela tient aussi d'un principe de précaution hélas nécessaire par les temps qui courent. La "National Gallery of Art" est un musée fédéral et on peut comprendre qu'ils y réfléchissent à deux fois avant de mettre les pieds la-dedans. Pour faire une comparaison peut-être un peu bancale, en France, désormais, le principe veut qu'un ministre mis en examen démissionne immédiatement. Coupable, innocent, tu dégages ! Ça peut paraître cruel, mais il y a eu tellement d'affaires de pourris qui s'accrochaient au pouvoir en attendant que la poussière retombe dans le passé, que ça ne passe plus.

fylouz a dit...

Ensuite, dans ton raisonnement suivant tu inverse le problème. On parle ici d'artistes reconnus soupçonnés d'être des criminels. Toi, tu parles de criminels qui découvriraient l'art en prison. Il me semble que ce n'est pas tout à fait la même chose. C'est une question de perception. L'artiste dégage une aura lumineuse, s'il commet un crime, c'est un peu comme on découvrait soudainement qu'un cancer lui rongeait la peau, comme dans "Le portrait de Dorian Gray". Inversement, le criminel dégage une aura sulfureuse, souvent fascinante et attirante (pense à toutes ces femmes qui écrivent à des psychopathes). Si celui-ci découvre l'art en prison et se révèle extrêmement doué, ça peut se poser comme un signe de rédemption et de réhabilitation. Les atelier d'art sont d'ailleurs encouragés dans certains établissements pénitentiaires.
Maintenant, encore une fois, tout est question de perception : peut-on admirer sans une petite gène les œuvres d'un ancien braqueur de banque, dealer, violeur, escroc, assassin, pédophile ?
Nombre d'artistes de rock se sont retrouvés en prison pour des actes de pédophilie, ou simplement pour possession d'images. Michael Jackson y a échappé de peu et le mystère demeure autour de ce qu'il a fait ou pas. D'autres artistes n'ont pas caché leur homosexualité ou leur bisexualité parfois à une époque ou cela était interdit.
Autres exemples : certains artistes ont été considérés hors-la-loi en leur temps : Baudelaire, Léonard de Vinci (homosexuel, possiblement pédophile). Il y en a sans doute bien d'autres.
Camille Claudel me parait être plutôt la victime de son frère Paul que de son amant.
Savais-tu qu'Alexandre Dumas s'était conduit comme un parfait salaud avec sa première épouse, mère de son fils ?
Savais-tu que Botticelli était mort dans la misère après être "rentré dans le rang" ?
En fait, un artiste, en particulier un brillant artiste est une créature "borderline". Le résultat de son travail est à la hauteur de son côté "réfractaire" par rapport à la morale de son temps. Le résultat est d'autant plus spectaculaire qu'il se rapporte au prix du sang et de la souffrance des autres : modèles, amis, famille.

fylouz a dit...

"Depuis que le monde est monde, bien des auteurs et créateurs ne passeraient pas le test de la conduite irréprochable." écrit Mme Navarro.
Ben, en fait, je pense qu'aucun ne le passerait ce test (pas plus que des auteures ou des créatrices), pas même elle à mon avis. Le concept de "conduite irréprochable" sur toute une existence est tout simplement risible. Il faudrait que nous nous faisions tous anachorètes, et encore... je ne suis même pas sûr que ça marche.
En ce qui concerne Suzanne Meloche : c'est vrai qu'elle a abandonné ses enfants - autre exemple d'artiste "borderline" - mais son conjoint ne l'avait-il pas fait avant elle ? En la cantonnant dans une position de "mère au foyer" fidèle et sans reproches pendant que lui se tapait la traite ? En fin de compte, ce type était bien de son temps, celui de la "grande noirceur". Elle a tout laissé tomber, seulement, voilà, ça s'fait pas une mère qui abandonne ses enfants. Elle aurait dû sans doute rester, quitte à finir peut-être dans un asile comme Camille Claudel. L'un a finit sa vie couvert d'honneurs, l'autre dans l'opprobre sans même avoir eu le droit d'apposer sa signature au "Manifeste du refus global".
Il me semble que l'on a ici un superbe exemple de candidature pour nos suffragettes idolâtres.
Enfin, passons.
"Les femmes ont servi de support à tant d’œuvres et nourri tant de génies portés aux nues, que les petites filles qui regardent (ce qu’elles deviendront ? ce qu’on attend d’elles ? leur miroir ?) sentent une colère monter."
Bon ben d'accord, censurons alors. Par où commencer ? Pourquoi pas par les magazines féminins avec toutes ces femmes sublimées par des maquillages, des tenues, des coiffures, physiquement parfaites, si besoin photoshopées ?
C'est amusant, le propos de Mme Navarro me rappelle le comportement d'un ancien ministre de droite : Charles Pasqua. Celui-ci ne tenait pas les gays en odeur de sainteté. En avril 1988, ministre de l'intérieur, il avait créé un "musée de l'horreur"... dans son propre ministère (donc interdit au public). Donc, il s'agissait de prouver au bon peuple l'horreur d'une pratique sexuelle tout en la lui cachant (comprenne qui pourra).
Bon, je m'arrête là, ça me fatigue. Nous sommes dans une quête de sens. Mme Navarro est dans une quête de morale, ce qui est très compliqué et très dangereux. La morale des uns ne sera pas celle des autres et inversement, pourtant, étonnamment ils utiliseront tous des arguments similaires mais dissemblables dans leur signification. En plus, c'est marrant, c'est toujours les mêmes. Jusqu'à présent, j'avais la naïveté de croire que les cibles visées étaient "modernes" (jazz, rock, hard-rock, rapp, bande-dessinée, comic-books, télévision, dessins animés japonais, etc.) avant que celles-ci ne soient assimilées et deviennent "mainstream". Voilà que l'on se met à vouloir cacher "ce sein que je ne saurais voir" sous prétexte que c'est un homme qui l'a peint.
En France, récemment la polémique a enflé sur les cas de Charles Maurras (exfiltré des listes du Haut Comité des commémorations nationales) et de Céline (Gallimard a renoncé à republier trois de ses pamphlets antisémites), mais au moins pour le moment, pour le moment encore on est dans le cas par cas. Il n'est pas - encore - question de jeter bébé avec l'eau du bain.
En tout cas, si ça se fait, je sens qu'on va bien se faire chier :
https://www.youtube.com/watch?v=mscgLWHzbBQ

Ou alors, il faudra nous trouver quelque chose pour nous distraire :
https://www.youtube.com/watch?v=aVUxK1mNups

Guillaume a dit...

Moi, changer Carmen, ça me scandalise. C'est l'un des plus grands opéras au monde et enlever sa fin tragique où Carmen décide de mourir libre plutôt que de vivre sous le joug d'un Don José, c'est un grand moment. Et puis il y a toute une brillante ambiguité morale dans l'oeuvre qui est gâchée si elle survit. José n'est ni complètement mauvais (manipulé par elle dès le début), ni complètement bon (il est jaloux et colérique et fait mal à des gens qui ne lui ont rien fait). Qu'il se fasse tuer par Carmen, il devient un loser pathétique encore plus bête que méchant. Autant faire que Roméo et Juliette convolent en justes noces ou qu'Hamlet survive...

Prof Solitaire a dit...

Fylouz écrit: "Ensuite, dans ton raisonnement suivant tu inverse le problème. On parle ici d'artistes reconnus soupçonnés d'être des criminels. Toi, tu parles de criminels qui découvriraient l'art en prison. Il me semble que ce n'est pas tout à fait la même chose."

Tu as tout à fait raison, ce n'est pas exactement la même chose, mais dans les deux cas, on peut se poser la même question: la moralité ou les crimes allégués ou avérés de l'artiste doivent-ils être pris en compte lorsqu'on évalue la qualité de l'oeuvre? Moi je dis que non. C'est à ça que je voulais en venir avec mon exemple.

Fylouz encore: "Ben, en fait, je pense qu'aucun ne le passerait ce test (pas plus que des auteures ou des créatrices), pas même elle à mon avis. Le concept de "conduite irréprochable" sur toute une existence est tout simplement risible. Il faudrait que nous nous faisions tous anachorètes, et encore... je ne suis même pas sûr que ça marche."

Dans le mille!

Que celui qui n'a jamais péché lance la première pierre!

Prof Solitaire a dit...

@ Guillaume: Je suis d'accord avec toi, le choix de changer le dénouement de cette manière n'ajoute rien à la pièce originale, au contraire. Mais il y aurait moyen de "l'adapter" dans un genre d'hommage ou un exercice d'actualisation... mais lorsqu'on se prête à ce jeu à des fins de propagande idéologique, alors c'est perdu d'avance.

fylouz a dit...

Un conseil : arrête de te prendre la tête avec ce genre de torchon ridicule. C'est juste du remplissage d'espace, une accumulation de non-sens.
Je vois d'ici le rédac-chef de "La Presse" s'adressant à Mme Navarro : "Dis donc Pascale, il nous reste un trou à combler dans le journal. Tu pourrais pas nous pondre un truc ? Moi, j'avais pensé à une chronique sur les chats, avec photos, ça marche toujours les chats.
"Mmmh... Non, j'aurais été d'accord avec toi si j'avais eu l'idée la première mais en tant que féministe engagée, je me vois légitimement offusquée par ta suggestion. Je vais donc pondre une chronique sur les femmes victimes de harcèlement sexuel. J'aurais bien fait quelque chose sur les viols des soldates dans les tranchées de la première guerre mondiale, mais bizarrement je n'arrive pas à trouver de la doc sur le sujet (probablement pour cause de censure militaire patriarcale). Je vais donc me baser sur quelque chose de plus "tendance" : l'art. L'avantage c'est qu'on a pas besoin d'être experte sur le sujet et qu'il y a autant à dire qu'à ignorer. Le harcèlement c'est "tendance" et l'art aussi, on est gagnant-gagnant. Et si on m'attaque, je prendrais la posture dite de "martyre de la cause" :
https://s-media-cache-ak0.pinimg.com/originals/53/10/1c/53101c7d23b23f9755dfbcdcb26056c9.jpg

Et quand j'aurais fini, je te dénoncerais à la DRH. Et referme la porte en sortant.

https://www.youtube.com/watch?v=WjC_dFSsJWs

Prof Solitaire a dit...

Je soupçonne que ce torchon ridicule a beaucoup plus d'influence que tu le crois... et si on laisse des gens influents dire des conneries sans répliquer, ben on est aussi bien de capituler tout de suite...

Moi, je n'ai plus envie de me taire... ça m'apporte une grande satisfaction de dénoncer de telles bêtises.

fylouz a dit...

Bon d'accord, chacun prend son plaisir là où il le peut. Mais après faudra pas revenir critiquer les gars qui se font mettre une cage à pénis.
Sur ce, je retourne dans mon donjon, Maîtresse m'attend, et elle n'aime pas attendre.

fylouz a dit...

Un article qui pourrait t'intéresser : http://www.huffingtonpost.fr/yael-k/mon-pere-est-un-homme-battu-et-personne-ne-le-prend-au-serieux_a_23357415/?utm_hp_ref=fr-homepage

fylouz a dit...

JésusMarieJosephetouslessaints...

Une féministe se fait rembarrer par... une ministre. La malheureuse a de toute évidence été contaminée par l'horrible propagande masculiniste patriarcale.

http://www.huffingtonpost.fr/2018/02/19/marlene-schiappa-repond-a-la-feministe-caroline-de-haas-apres-sa-declaration-1-homme-sur-2-ou-3-est-un-agresseur_a_23365069/?utm_hp_ref=fr-homepage

"Non, fermement non ça ne peut d'aucune manière être un homme sur deux dans la mesure où ça voudrait dire qu'il y a plus d'agresseurs sexuels que de femmes qui auraient été violées, explique Marlène Schiappa. Cela veut dire que tous les viols qui sont survenus seraient à chaque fois des viols en réunion."

"Je trouve inopérant et contre-productif de jeter comme ça en l'air des chiffres. Ou on a une parole construite étayée par des études, des recherches, ou alors on lance des interrogations et on lance un grand débat public sur 'comment pouvons-nous quantifier'", juge la secrétaire d'Etat, ajoutant que ce genre d'affirmation est "complètement dangereux" et "ça brouille le message qu'on essaie de faire passer".

Le tout avant de conclure: "il y a aussi des hommes victimes de violences sexuelles et je pense que c'est l'un des ultimes tabous que l'on n'a pas abordé".

Au dernières nouvelles la pauvre femme a été kidnappée pour être soumise à une intense cure de rééducation égalitaire (dit XX, 'cause two is company and three's a crowd).


fylouz a dit...

Et encore une femme victime du lavage de cerveau patriarcal. Elle n'a tout simplement pas compris - la malheureuse - que son corps lui appartient, tant et pour autant que cela va dans le sens du discours féministe.

http://www.huffingtonpost.fr/2018/02/21/cette-tenue-de-jennifer-lawrence-fait-debat-elle-reagit_a_23367368/

"Sur-réagir à propos de tout ce que fait ou dit une personne crée des polémiques sur des choses sans importance comme ce que j'ai choisi ou non de porter. Ça ne nous fait pas avancer. Cela nous détourne des vrais problèmes. Ressaisissez-vous! Tout ce que vous me voyez porter est un choix. Si je veux avoir froid, C'EST MON CHOIX!"

La pauvre chose ne sait manifestement plus ce qu'elle dit.

Question : met-elle sa carrière en danger par ses propos ? Hummm...

François a dit...

http://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/201802/21/01-5154742-montreal-veut-ameliorer-les-services-aux-femmes-itinerantes-en-hiver.php

Les femmes ont-elles plus froid / plus faim que les hommes?

fylouz a dit...

@François : Elles mangent moins de steaks. Et l'air conditionné dehors est à fond.

fylouz a dit...

https://youtu.be/MsCtfr6Dfa0