10 mars 2018

Le monde selon Manon

La lettre ouverte que Manon Massé a envoyée au Devoir nous offre un fascinant aperçu de sa vision du monde. Elle mérite qu'on s'y attarde.

Voyons voir ce que nous pouvons en retirer comme information éclairante:

Depuis 30 ans, c’est la même clique qui se passe la rondelle du pouvoir. Depuis 30 ans, cette clique est majoritairement masculine. 

Lorsque Manon regarde les trois dernières décennies politiques au Québec, elle ne voit pas des individus diversifiés avec différentes convictions, différentes valeurs, différents degrés d'honnêteté et différentes motivations. Elle ne voit pas des gens sincères et idéalistes qui ont voulu servir leurs concitoyens et d'autres carriéristes et égoïstes qui voulaient servir leurs propres intérêts. Elle ne voit pas des libéraux et des péquistes, elle ne voit pas des souverainistes et des fédéralistes, elle ne voit pas des gens de gauche, de centre ou de droite. Manon ne voit rien de tout cela.

Manon voit seulement une chose: une clique d'hommes. Et comme elle considère que tous les hommes sont pareils et interchangeables, elle ne voit pas l'intérêt de différencier les hommes entre eux. Pour elle, c'est du pareil au même. Leurs différentes opinions et convictions ne comptent pour rien. Tout ce qu'elle a besoin de savoir, c'est que ce sont des hommes. Une "clique" d'hommes. C'est tout.

Et ces messieurs ne sont jamais trop pressés d’améliorer le sort collectif des femmes du Québec. 

Manon pense que les hommes ne sont pas intéressés à améliorer le sort des femmes. Elle croit que seul le sort des hommes les intéressent. C'est comme ça dans le petit monde de Manon. Il y a les hommes d'un côté qui dominent, qui contrôlent tout et qui n'ont aucune considération pour les femmes. Et de l'autre côté, il y a les femmes dominées, opprimées et humiliées qui n'ont personne pour les représenter ou les défendre.

Pour Manon, toutes les avancées du Québec modernes ne sont que des patentes d'hommes destinées aux hommes. L'électrification des villes et des villages, la construction des routes et des ponts, la caisse de dépôt, la mise sur pied des programmes sociaux, la gratuité scolaire et des soins de santé, la nationalisation de l'électricité, la modernisation du système d'éducation, la réglementation du financement des partis politiques, la création d'un réseau de parc nationaux, les réglementations qui visent à protéger l'environnement et les espèces menacées, tout ça n'aura servi qu'aux hommes. Ce sont des initiatives faites par les hommes pour les hommes. Les femmes ne profitent d'aucune façon de tout cela.

Pour elle, il est impensable que des hommes puissent vouloir améliorer le sort des femmes. Ils sont incapables d'une telle empathie. Elle croit qu'ils sont aussi obsédés par leur propre sexe qu'elle l'est avec le sien. Car au fond, tout ça, c'est de la projection. Manon est une sexiste qui ne s'intéresse qu'aux femmes et qui se fiche éperdument du sort des hommes. Elle croit donc tout naturellement que tout le monde est aussi sexiste qu'elle.

Tout simplement fascinant.

Des chefs comme Philippe Couillard, François Legault et Jean-François Lisée font partie de cette clique depuis trop longtemps pour réussir à nous faire croire qu’ils s’engagent envers nous à d’autres moments qu’en campagne électorale. 

Pour Manon, Couillard, Lisée et Legault sont interchangeables. Le fait qu'ils appartiennent à des partis différents, qu'ils aient des convictions et des valeurs différentes et qu'ils aient des personnalités différentes ne compte pour rien. Ils ont tous un pénis, alors ils sont tous pareils. Et parce qu'ils ont un pénis, on ne peut pas leur faire confiance.

Pour Manon, les femmes ne peuvent faire confiance qu'à des gens qui ont un vagin. Seuls les gens qui ont un vagin peuvent défendre les intérêts des autres personnes qui ont un vagin.

C'est simple de même.

Et puis, disons-le, les plus grands gains pour la cause des femmes depuis 30 ans, ce sont les Pauline et les Louise qui nous les ont donnés, avec les CPE à tarifs réduits, l’équité salariale, le régime québécois d’assurance parentale… On est toujours mieux servi par soi-même, dit-on.

Pour Manon, les CPE sont l'oeuvre de Pauline Marois et de personne d'autre. Tout le crédit lui revient. Aucun mérite ne revient au premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, puisqu'il est un homme. C'est Pauline Marois et elle seule qui a mis sur pied le système de CPE. Seule une femme peut venir en aide aux autres femmes. Il est inimaginable qu'un homme fasse de même.

Même chose pour la loi sur l'équité salariale ou le régime d'assurance parentale... aucun crédit ne peut être accordé aux hommes qui étaient membres du gouvernement lors de la mise sur pied de ces initiatives. Seules des femmes en sont responsables. Et seules des femmes en ont bénéficié! D'ailleurs, ce n'est pas comme si les hommes se souciaient du sort de leurs enfants! C'est bien connu! Ils sont beaucoup trop occupés à subjuguer les femmes et à s'occuper de leurs propres intérêts égoïstes pour penser à leurs enfants!

Pour Manon, seules les femmes sont capables de s'intéresser au sort des autres femmes. C'est une évidence pour elle. Elle le dit sans détour, elle n'y voit absolument rien de controversé.

Les membres de ce boy’s club abonné au pouvoir, ce sont eux qui laissent les infirmières s’épuiser et se tuer à la tâche, pour des peanuts. Ce sont eux qui donnent des milliards aux médecins spécialistes et qui refusent d’empêcher les hauts dirigeants d’entreprises financées par l’État de se voter des hausses de salaire faramineuses. 

Les affirmations de Manon sont de moins en moins divertissantes et de plus en plus monstrueuses. C'est inévitablement ce qui se passe avec des idéologues comme elle. Ils s'enfoncent de plus en plus dans le fanatisme.

Ainsi, une fois que Manon a accepté la prémisse que les hommes ne s'intéressent pas au sort des femmes, une fois que cette thèse farfelue s'est solidifiée dans son esprit pour devenir une véritable vision du monde, alors pour elle, tout en découle.

Les infirmières travaillent trop et sont trop peu payées? La raison doit être que les politiciens masculins se fichent d'elles parce qu'elles sont des femmes.

Les médecins spécialistes sont trop payés? La raison doit être que les politiciens masculins les favorisent parce qu'ils sont des hommes. Évidemment, Manon passe sous silence le fait que la moitié des médecins québécois sont des femmes et que cette proportion ne cesse d'augmenter. Elle ne parle pas de ça parce que ça ne cadre pas trop avec sa propagande victimaire.

Les chefs d'entreprise sont trop payés? La raison doit être que les politiciens masculins les favorisent parce qu'ils sont des hommes. Vous voyez comme c'est simple? C'est comme ça. Le problème, c'est les hommes, tout simplement. C'est le boy's club. Aucune autre considération n'entre dans l'équation. Les hommes favorisent les hommes et se fichent des femmes. Fin de l'histoire.

Ce sont eux qui essaient de camoufler leurs scandales sexuels tout en refusant de débloquer des budgets adéquats pour lutter contre les violences sexuelles. 

Pour Manon, les hommes sont les seuls à avoir des comportements sexuels scandaleux. Tous les hommes le font et ils essaient tous de le camoufler. Ce sont tous des prédateurs lubriques qui sont incapables de contrôler leur propre libido.

Et, comble de l'horreur, ces mêmes salopards prédateurs REFUSENT DE DÉBLOQUER DES BUDGETS ADÉQUATS pour lutter contre les violences sexuelles.

Car dans le petit monde de Manon, seules les femmes peuvent être victimes de violences sexuelles et les agresseurs ne peuvent être que des hommes.

Et comme les hommes protègent les autres hommes, c'est pour cette raison qu'ils refusent de financer ce juste combat.

On voit toujours la même conviction profonde émerger de tous ses propos: pour elle, il n'y a pas de société québécoise. Il n'y a pas une collectivité composée d'individus tous différents les uns des autres qui ont tous des désirs, des espoirs, des besoins et des intérêts variés. Non, il y a deux clans monolithiques qui s'affrontent. D'un côté, les hommes égoïstes et libidineux qui se protègent entre eux. De l'autre, les femmes valeureuses et opprimées qui doivent s'unir pour arracher le pouvoir à ce monstrueux boy's club.

C'est une vision du monde fondamentalement marxiste.

Ce sont eux qui sabrent les services publics et qui laissent les femmes les remplacer. Ce sont eux qui laissent nos écoles moisir et nos enfants dîner dans les couloirs.

Pour Manon, seuls les politiciens masculins sabrent dans les services publics. Peu lui importe que  27,2 % des députés à l'Assemblée nationale sont des femmes. Peu lui importe que 40% des ministres du gouvernement libéral sont des femmes.

Pour Manon, seuls les hommes sont à blâmer pour les décisions qui lui déplaisent. Et seules les femmes sont à remercier pour les décisions qui lui plaisent. Les gentilles d'un bord et les méchants de l'autre. C'est aussi puérile, caricatural et manichéen que ça.

Le temps est arrivé où nous avons choisi d’arrêter de supporter la situation. Le couvercle a sauté. Le mouvement #MoiAussi en est un exemple flagrant, tout comme les ras-le-bol des professionnelles du système de santé dans les dernières semaines. Infirmières, enseignantes, préposées, ambulancières, travailleuses sociales, comédiennes ; partout, les femmes se lèvent et refusent d’en laisser passer davantage.

Pour Manon, seules les femmes souffrent. Seules les femmes ont un ras-le-bol. Seules les femmes disent que c'est assez.

Dans sa vision du monde, il est impensable qu'un homme puisse être victime de quoi que ce soit ou qu'il puisse légitimement ressentir un quelconque ras-le-bol. Après tout, il a le boy's club pour protéger ses intérêts! Alors pourquoi s'en plaindrait-il?

Comme celles avant nous, c’est en agissant, en proposant et en prenant notre place dans les officines du pouvoir qu’on va continuer à faire bouger les choses. C’est en adoptant une approche contraignante pour favoriser l’accès des femmes aux postes de pouvoir qu’on va défaire la clique. 

Manon favorise une "approche contraignante". La liberté et la démocratie, pour Manon, ça n'a pas de valeur. Manon veut contraindre. Manon aime l'approche autoritaire. Manon veut tordre des bras, enfoncer ses idées dans la gorge des récalcitrants et imposer des quotas. Manon ressemble de moins en moins à un clown divertissant et de plus en plus à un tyran.

C’est en haussant le salaire minimum à 15 $ l’heure qu’on va pouvoir agir sur notre capacité d’avancer. 

Manon n'a aucun intérêt pour les économistes qui expliquent tous qu'une hausse trop drastique du salaire minimum aura des effets néfastes sur la vitalité de l'économie, sur le coût de la vie et sur l'inflation. Manon n'écoute pas ces gens-là, ce sont des hommes du boy's club eux aussi. Manon va augmenter le salaire minimum envers et contre tous. Seuls les hommes devront payer parce que seuls les hommes sont riches. Et seules les femmes vont en bénéficier parce que seules les femmes sont pauvres.

C’est en adoptant un système universel de garderie qu’on s’assurera que le plus de femmes possible restent sur le marché du travail. 

Manon se fiche des femmes qui veulent élever leurs enfants elles-mêmes. Ces femmes-là la dégoûtent. Elles ont été brainwashées par le patriarcat. Ce sont des anachronismes et des esclaves volontaires qu'il faut mépriser. Les femmes libres doivent toutes balancer leur nouveau-né à la garderie et retourner travailler le plus rapidement possible. C'est le seul modèle acceptable pour elle et tout le monde doit s'y conformer.

C’est en investissant dans les services publics qu’on va assurer aux femmes l’équité qui mène à une réelle égalité. C’est en agissant sur le racisme systémique qu’on va s’assurer que toutes les femmes avancent. C’est en agissant que tout changera !

Présentement, les femmes bénéficient des mêmes droits et des mêmes opportunités que les hommes. En fait, dans un nombre grandissant de domaines, elles sont même privilégiées et accèdent plus facilement à des postes que les hommes. Mais pour Manon, cela est insuffisant. Pour Manon, ce n'est pas encore une "réelle" égalité.

Que faudra-t-il pour que Manon et les féministes comme elle déclarent mission accomplie? Qu'est-ce qui les satisferait une fois pour toute?

La réponse, bien évidemment, c'est rien du tout.

Avouer que le combat a été gagné serait l'équivalent d'avouer qu'elles ne servent plus à rien.

Alors elles cherchent toujours de nouvelles injustices à combattre et de nouvelles iniquités pour blâmer les hommes. Et lorsqu'elles n'en trouvent pas, elles en inventent, tout simplement.

Pour Manon, le Québec ne sera jamais assez parfait. Notre société sera toujours trop misogyne et raciste. Le combat ne pourra jamais se terminer. Rien ne pourra jamais la satisfaire.

En tant que seule femme qui sera au débat des chefs en octobre 2018, je m’engage à porter notre message au coeur de l’arène. Messieurs, la récréation est terminée. Mesdames, brassons la cage. Ensemble, avançons et, surtout, ne laissons personne derrière.

Manon considère que, pour les hommes, la vie est une récréation. La vie de pacha. Une existence paradisiaque.

Manon pense que les femmes, éternelles et tragiques héroïnes, sont victimes de tous les outrages et de tous les abus.

Les gentilles d'un côté, les méchants de l'autre.

Manon est une répugnante sexiste misandre qui déshumanise et méprise les hommes.

La bonne nouvelle dans tout ça, c'est qu'en crachant ainsi au visage de la moitié de la population, elle ne sera jamais première ministre du Québec.

Et c'est tant mieux!





7 commentaires:

fylouz a dit...

Désolé, tu vas être vraiment fâché, parce que je vais faire quelques citations Marxistes :

“La politique, c’est l’art de chercher les problèmes, de les trouver, de les sous-évaluer et ensuite d’appliquer de manière inadéquate les mauvais remèdes.”

“Jamais je ne voudrais faire partie d'un club qui accepterait de m'avoir pour membre.”

“Je vous céderais bien ma place, mais elle est occupée.”

“Les grandes guerres sont celles qui sont menées entre les sexes plutôt qu'entre les nations. Les hommes et les femmes ne s'aiment pas et ne se fréquentent que pour des motifs sexuels. Sinon, les hommes éviteraient les femmes comme la peste.”

“Il est difficile d'avoir tort quand on a fait soi-même les questions et les réponses.”

Groucho Marx


Prof Solitaire a dit...

Certains Marx sont plus sympas que d'autres ;-)

Guillaume a dit...

Ele a beau dire, si QS avait vraiment le sort des femmes à coeur, ils n'auraient pas cherché à torpiller le PQ quand il avait une femme à sa tête... Les jambettes qu'a subies Pauline Marois de la part des dirigeantes de QS ça te fait douter de la sincérité de leur "féminisme". Bon, le PQ et Marois étaient trop à droite pour eux, mais quand même, on est loin du boys' club que Massé dénonce. Ah oui, et c'est pas comme s'ils n'ont pas fait des mamours aux Islamistes. Il était loin, le droit des femmes, à ce moment-là.

fylouz a dit...

Au lieu d'écrire une "lettre ouverte" à tous le monde, elle ferait mieux d'en écrire une "fermée aux hommes". Au moins, on aurait la paix.

Prof Solitaire a dit...

On devrait l'attendre à la porte de son bureau en chantant ceci:

https://youtu.be/dboTHl6ELnY

fylouz a dit...

Ou celle-la, encore pire : https://www.youtube.com/watch?v=EF-JfYFaC7I

Commentaires : "remix dégueulasse", "chanson gerbante", "misogyne", "Pourquoi les femmes de ce clip sont nues ?", "qu'est ce que c'est beauf", "Quel crétin ce Sardou !", "quel trésor de misogynie !", "So all women are white ?", "Une autre idée de titre : être réac", "De la merde en barre", "quel connard ce Sardou", "navrant de misogynie", "c'est quoi cette horreur ?", "Honteux", "Sincèrement, les paroles sont à chier", "Pauvre con !", etc. etc.

Bon, y'a aussi beaucoup de commentaires positifs.

Prof Solitaire a dit...

"Et le salaire, ça va pas mieux, celui des hommes coupé en deux"...

Misère... le mythe qui ne veut pas mourir...

Cette chanson me semble être l'antithèse de la misogynie... en fait, elle plaint les femmes pour des situations de la vie que vivent aussi les hommes. Travail, stress, épuisement, etc. Mais pour eux, c'est pas grave. Pour les jolies princesses, par exemple, alors là, c'est tragique. Plus féministe que ça tu meurs.

Et franchement insupportable. Mais je n'aime pas Sardou mais là, c'est plus indigeste que jamais...